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Nantes incendie cathédrale
©Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

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Incendie de la cathédrale de Nantes : faudra-t-il créer des réserves pour les catholiques français ?

Edouard Husson revient sur l'incendie de la cathédrale de Nantes. Il rappelle également les nombreux incendies ayant ciblé des édifices religieux (des églises et des cathédrales) ces dernières années. Cet incendie nous réveillera-t-il de notre torpeur collective ?

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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L'incendie de la cathédrale de Nantes nous réveillera-t-il de notre torpeur collective? 

Un samedi matin au réveil,  au creux de la pause estivale, nous avons appris que la cathédrale de Nantes brûlait. Il y avait eu trois départs de feu et les pouvoirs publics n'ont pas pu nier le caractère criminel de l'incendie. Cela ne veut pas dire que l'enquête aboutira. Quinze mois après les faits, on ne sait toujours rien sur le départ de feu à Notre-Dame de Paris en avril 2019. Comme si le gouvernement et les médias "mainstream" ne jugeaient pas qu'il soit nécessaire de présenter une information cohérente sur la dégradation accélérée de notre patrimoine catholique. 

Il est tout à fait frappant qu'en ce samedi 18 juillet, la plupart des réactions aient été, comme on dit familièrement, à côté de la plaque. Il y a d'abord les laïcards habituels qui se sont étonnés que le gouvernement marque son intérêt pour l'incendie dans un pays qui vit sous le régime de la séparation entre l'Eglise et l'Etat. Comme si l'Etat n'avait pas, depuis 1905, la responsabilité d'entretenir les édifices du culte. Il y a les gens qui ont déclaré: pourquoi en parler autant? Il n'y a pas eu de victimes; comme si la volatilisation en fumée dune orgue du XVIIè siècle et la destruction de vitraux du XVè siècle n'était pas un drame pour le pays. Il y a les évêques de France dont, sauf exception, le silence est assourdissant. Ou bien il y a eu celui d'entre eux qui s'est offusqué d'un article, dans "Le Figaro" qui rappelle que nos cathédrales sont aussi de véritables musées, abritant des trésors culturels; comme si nos hommes d'Eglise s'acharnaient à décourager ceux qui veulent défendre la culture catholique dont le pays est encore si dépendant, même à son insu.  

Une immense torpeur s'empare de la France officielle lorsqu'il s'agit de l'héritage catholique français, du patrimoine religieux. Aucun des réflexes habituels ne joue. Le plus étonnant, c'est l'absence totale de sentiments de sympathie envers les catholiques. On a beau dire que la pratique est devenue très minoritaire et invoquer la baisse de la croyance, l'émotion au moment de l'incendie de Notre-Dame de Paris avait bien montré combien les Français restent attachés à une partie du passé chrétien, même quand ils ne croient plus. Et les foules qui se pressaient autour de Notre-Dame, le soir du 15 avril 2019 comptaient bien des jeunes fidèles à la religion de leurs ancêtres, retrouvant spontanément les gestes de la prière. Pensons aussi à cet aumônier des sapeurs pompiers, le 15 avril 2019, qui eut le réflexe qu'aurait eu un de ses confrères prêtres deux ou cinq siècles plus tôt: bénir avec le Saint Sacrement la Tour Nord de Notre Dame menacée d'écroulement; il y a des gestes, des rites, des certitudes spirituelles qui se transmettent toujours dans la France de 2020. 

Tout est fait, d'un côté, y compris avec la complicité d'une partie du clergé (qui a surenchéri sur la volonté de confinement des pouvoirs publics lors du Coronavirus avec une absence totale de clairvoyance), pour émousser la mémoire du passé chrétien; mais une partie du corps social résiste: nombreuses ont été les pétitions réclamant la publicité du culte au printemps dans des conditions sanitaires raisonnables; jamais l'attrait exercé par les communautés fidèles à la tradition catholiques n'avait été aussi fort. Certains rêvent sans doute de mettre les catholiques dans des "réserves". Et dans ce cas pourquoi leur laisser tant d'édifices religieux? Mais la mollesse de notre hiérarchie épiscopale, l'absence de boussole d'un certain nombre de prêtres, l'obstination de plusieurs médias catholiques à pratiquer "l'enfouissement", cette lubie pourtant éculée des années 1970, ne doivent pas empêcher de voir qu'il subsiste une minorité active pour qui le patrimoine cultuel et culturel est tout à fait vivant. 

Peut-être, cependant, faudrait-il être plus explicite, nommer les choses, rappeler les faits sans se lasser. Qui se rappelle qu'avant l'incendie de Notre-Dame, en avril 2019, il y avait eu 18 autres églises incendiées: Sainte Foy de Lyon (mai 2018, criminel); Notre Dame des Grâces de Revel (Haute-Garonne, juin 2018, criminel); Saint Vaast de Béthune (juin 2018, criminel); Sainte Brigitte de Plappeville (en Moselle, juin 2018, criminel); Sainte Thérèse de Rennes (juillet 2018); l'église de Villeneuve d'Amont, dans le Doubs, en août 2018; Saint-Pierre de Neuilly (août 2018, criminel); chapelle du Péré à Saint-Sever (Landes; incendie criminel); église de La Tour du Pin (Isère, septembre 2018, criminel); chapelle du Sacré-Coeur aux Sables d'Olonne en octobre 2018; église Saint-Jean de Bruel (octobre 2018); Sainte-Madeleine à Toulouse (octobre 2018); Saint Epvre de Nancy (novembre 2018); Saint Maclou de Pontoise (novembre 2018); église de Sélestat (criminel, janvier 2019); Saint Jacques de Grenoble (revendiqué par un groupe anarchiste, 2019); cathédrale de Lavaur (février 2019); Saint Sulpice à Paris, en mars 2019. Quand ces incendies n'ont pas été identifiés comme volontaires, il est pour le moins étonnant qu'il n'y ait pas une mobilisation plus forte, en général, de l'Etat et de l'Eglise, pour mieux protéger les églises. Quelle que soit son origine, l'incendie de Notre-Dame de Paris a surgi dans un contexte de singulière négligence. 

Notons bien que rien n'a changé, il n'y a pas eu de "monde d'après le 15 avril 2019". On recense pas moins de 9 incendies entre Notre-Dame de Paris et la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes: à l'église Saint-Pierre d'Equihen-Plage dans le Pas-de-Calais en mai 2019; à l'église Saint-Christophe de Tourcoing (criminel, juillet 2019); à Saint-Amand sur Sèvre (août 2019); à la cathédrale Saint Luperc d'Eauze, dans le Gers, en novembre 2019 (criminel); à l'église Saint-Jean de Tarbes (novembre 2019, criminel); à Saint Laurent de La Salanque (janvier 2020); à l'église Saint-Germain de Marais la Chapelle, dans le Calvados (criminel, mai 2020); à la chapelle des Saints de Schweyen (Bitche); et à la cathédrale Saint-Pierre de Rennes, en juin 2020, moins d'un an après l'incendie de Sainte-Thérèse.  Mais il faudrait prendre conscience qu'il existe un contexte dans lequel se déploient ces incendies: prenons simplement le moi de mai 2020, mois de deux incendies d'église. On recense, ce même mois, des tags sur l'église Sainte Hélène à Hourtin, un vol à la chapelle Sainte-Anne de Sentheim, une tentative d'effraction dans la chapelle Nacqueville-Haut à La Hague, une autre à la chapelle Saint Laurent d'Urville-Nacqueville dans la Manche, des vols à l'église Notre-Dame des Pins à Cannes, à l'église Notre-Dame de Ramatuelle. Enfin, des profanations d'hostie et des scènes de satanisme à l'église Saint Jean des Cordeliers de" Bergerac, à l'église Saint Pierre de Montricoux et à l'église du Pilou (Montpezat-de-Quercy). 

Il serait temps de dire qu'il règne en france un mélange de déchristianisation avancée, d'anticatholicisme militant, de pratiques satanistes, lesquelles confrontées à la passivité des pouvoirs publics et au "catholicisme honteux" d'une partie de la hiérarchie ecclésiastique créent un climat de grande vulnérabilité pour notre patrimoine religieux. Si vous ajoutez le manque de moyens de l'Etat, le manque de bon sens organisationnel de beaucoup de paroisses derrière le jargon et la réunionite des conseils paroissiaux, calqués sur la pratique bureaucratique de la Conférence des Evêques de France, on en arrive à une situation de véritable danger pour l'héritage cultuel et culturel de la religion qui a fait la France, que nous le voulions ou non. L'incendie de Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes nous a cueilli au réveil samedi 18 juillet: nous fera-t-il sortir de notre torpeur collective?         

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