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©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Bonnes feuilles

Immigration : au coeur du choix des pays de destination pour les réfugiés

Didier Leschi publie "Ce grand dérangement : L’immigration en face" chez Gallimard dans la collection Tracts. La question du sort réservé aux migrants est cruciale. De nombreux observateurs considèrent que la France devient une passoire exposée à l'invasion d'étrangers indésirables, d'autres veulent "suspendre l'immigration". Extrait 1/2.

Didier  Leschi

Didier Leschi

Didier Leschi est préfet et directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).

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Il se dit qu’en 2015, au moment où plus d’un million de migrants se sont dirigés vers l’Europe pour y demander l’asile, la France aurait fermé ses portes, qu’elle n’aurait pas été « fraternelle ». Cette déploration ne correspond pas aux faits.

En réalité, sur ceux qui sont entrés récemment en Europe, peu sont venus jusqu’à nous. C’est avant tout parce qu’ils avaient une appréciation négative des possibilités offertes par notre pays. À l’époque des Trente Glorieuses et du plein-emploi, les entreprises allaient se pourvoir en travailleurs en Espagne, au Portugal, au Maroc, en Algérie ou en Pologne, leur faisant miroiter monts et merveilles pour les attirer avec l’aide de l’Office national de l’immigration.

Créé en 1945 par une ordonnance du général de Gaulle, l’ancêtre de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) était chargé aussi de recruter et disposait de nombreux bureaux dans les pays de départ. Aujourd’hui, les migrants nous choisissent plus qu’on ne les choisit. Il en va ainsi tout particulièrement pour les demandeurs d’asile. Ils rêvent de pays qui ont la réputation d’être plus riches que d’autres, d’avoir un chômage plus faible que d’autres et des communautés d’accueil plus importantes que d’autres. L’immigration va à l’immigration. Il y a donc chez les Syriens, les Afghans, les Turcs un désir fort d’Allemagne, de Suède ou d’Autriche. Comme il y a un désir de France chez les Algériens, les Tunisiens, les Maliens, les Guinéens.

Les Tunisiens, première nationalité à s’échouer en Italie, se dirigent ensuite pour beaucoup vers la France. Les Algériens, comme les francophones subsahariens qui débarquent en Espagne, aussi. Héritage de la France coloniale à travers les migrations du présent. Comme il y a un désir de Grande-Bretagne chez les Indo-Pakistanais, les Iraniens, les Irakiens, héritage de ce que fut l’Empire de Sa Majesté. À Calais ou Grande-Synthe, quoi que fassent les autorités, la volonté de traverser la Manche au péril de sa vie met l’administration en échec. Plutôt que d’accepter de déposer une demande d’asile en France et d’espérer ainsi un hébergement, les migrants font tout pour rejoindre un pays où il n’y a pas d’inspection du travail, où la dérégulation libérale permet des mini-jobs pour quelques shillings et où l’on parle le globish, connu de tous contrairement au français.

En 2019, nous avons accordé 274 000 nouveaux titres de séjour à des personnes qui souhaitaient s’installer dans notre pays. Il y a des travailleurs qualifiés venant du Maghreb ou d’Afrique francophone à qui des contrats sont offerts pour pallier notre absence de main-d’œuvre dans des «métiers en tension» ou pour être employés pendant la saison des récoltes. En 2019, 38000 titres de séjour ont ainsi été délivrés au titre du travail, 15 % de plus qu’en 2018. Nous favorisons ainsi la fuite de « talents et de compétences », ce que les opinions publiques comme les pouvoirs publics de certains pays nous reprochent. C’est le cas des médecins puisque nous pallions notre pénurie liée au numerus clausus grâce à l’arrivée de médecins étrangers. Sur 215 000 médecins exerçant en France, plus de 30000 le font avec un diplôme obtenu à l’étranger. Chaque année, le tiers des médecins formés au Cameroun, au Congo, au Sénégal s’expatrient d’abord en France, ce qui est compréhensible, la langue des études dans ces pays étant le français. Mais c’est le Maghreb qui fournit la grande part de nos médecins étrangers. 25 % viennent d’Algérie, 12 % du Maroc et 8 % de Tunisie. Ce sont des pays où cette fuite renforce les déserts médicaux pour combler les nôtres. En 2019, 4000 médecins algériens ont entamé des démarches pour rejoindre la France.

Il y a également les arrivées pour les études. En 2019, 90 000 étrangers ont obtenu le droit d’étudier en France, ils étaient 83000 en 2018. C’était avant la crise de la Covid. Ils viennent principalement du Maghreb et de Chine. Nos universités ne sont pas de mauvaise qualité, sont moins onéreuses et moins sélectives qu’en Amérique du Nord, en Australie, en Angleterre et même en Chine. Un tiers de ces étudiants décideront, après l’obtention d’un diplôme, de rester dans le pays où ils auront trouvé l’amour, où ils pourront accéder à un emploi correspondant à l’effort de qualification qu’ils auront accompli. Mais l’essentiel des flux migratoires vers la France vient du regroupement familial, en particulier du rapprochement de conjoints de Français. Depuis des années, entre 80000 et 100000 personnes obtiennent un titre de séjour pour raison familiale. Cela a concerné, en 2019, 90000 personnes.

c. Editions Gallimard, 2020.

Extrait du livre de Didier Leschi, "Ce grand dérangement : L’immigration en face", publié chez Gallimard dans la collection Tracts

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