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Comment la génération de vieux la plus riche de l'histoire plombe l’économie.

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Ils ont gagné au loto de la vie mais ne rendent rien de ce qu'ils ont reçu : comment la génération de vieux la plus riche de l'histoire plombe l’économie en ne dépensant pas

Ils ont tout eu. Les taux de croissance de 5% et le plein emploi pour fêter leur arrivée dans la vie active. La baisse des taux et la disparition de l'inflation pour faire gonfler les comptes épargne et les actifs immobiliers. Mais les baby boomers constituent une génération dorée, aujourd’hui à la retraite, qui empêche la reproduction de ce qui a fait sa fortune.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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En 1989, aux Etats Unis, le sénior moyen disposait d’un patrimoine neuf fois plus élevé que celui d’un "jeune" de moins de 35 ans. Depuis, ce ratio a explosé. Désormais une personne de plus de 60 ans dispose d’un patrimoine 18 fois plus élevé que celui d’une personne de moins de 35 ans. Cette période de 24 ans qui sépare les deux dates correspond tout simplement à une génération, et à la progressive montée en puissance des personnes nées après 1945. Une génération économiquement dorée; les baby-boomers.

Et cette constitution patrimoniale des baby-boomers aura eu lieu en deux étapes, entre les bienfaits des revenus du travail dans les premiers stades de la vie active jusqu’aux bienfaits des revenus du capital à partir des années 80. Une fête permanente.

En effet, et pour revenir en France, une personne née en 1945 et arrivant sur le marché de l’emploi en 1965 aura pu bénéficier d’une quarantaine d’années de croissance économique, avec une moyenne totale de 3%.  Pour les 15 premières années, c’est-à-dire entre 1965 et 1985, cette moyenne plafonne à 4.3%, et jusqu’à 5.3% pour les 9 premières années (voir graphique ci-dessous).

Croissance économique. 1965-1974. France

Malgré la naissance du chômage, les revenus salariés ont le vent en poupes et l’intégration de cette nouvelle génération dans le marché du travail aura été une franche réussite. Une situation qui se confirme à la vue de l’évolution de la part des revenus dévolue aux salariés dans la valeur ajoutée. En effet, entre 1965 et 1985, cette part progresse de près de 8 points.

Revenus des salariés dans la valeur ajoutée. Source Insee

Ainsi, la forte croissance économique va se combiner avec une distribution de plus en plus forte aux salariés. Cette "chance" qu’ont connue les baby-boomers au cours de la première moitié de leur vie a été parfaitement résumée par Arthur Burns, Président de la FED entre 1970 et 1978, dans un discours prononcé en 1979. Arthur Burns confirme ici que la politique inflationniste menée dans le courant des années 70’ était consciente de la part des autorités, son seul but était de parvenir au plein emploi. Un défi considérable à mener en raison d’un grand nombre d’arrivants sur le marché de l’emploi et une participation de plus en plus soutenue des femmes à la vie économique.

"Et j’en viens enfin au rôle des banquiers centraux dans le processus inflationniste. Les tendances philosophiques et politiques alors en cours à travers le monde ont inévitablement affectées leurs attitudes et leurs actions. Dans la plupart des pays, la banque centrale (…) met en œuvre la politique monétaire, en fonction des souhaits du chef du gouvernement ou du ministère des finances. Certaines démocraties industrielles ont des banques centrales substantiellement indépendantes, ce qui est certainement le cas des États-Unis. La Réserve fédérale avait le pouvoir d'annuler l’inflation à son stade initial il y a quinze ans ou à tout moment ultérieur (…). Elle ne l’a pas fait parce que la Réserve fédérale a elle-même été prise dans les courants philosophiques et politiques qui transformaient la vie et la culture américaine" "La loi sur l'emploi prévoit qu’il est de la responsabilité politique du Gouvernement fédéral de mener continuellement ses actions, ses ressources et ses plans à la promotion de l'emploi maximal"

Aucun doute. La "philosophie" alors en cours était de faire entrer l’ensemble de la population dans la marché du travail. Un prix inflationniste a été payé, mais ce choix a été fait consciemment.

Suite au départ d’Arthur Burns, l’arrivée d’une nouvelle doctrine à la tête de la FED va changer considérablement la configuration économique des pays occidentaux. Désormais, c’est la lutte contre l’inflation qui va devenir une priorité. Une lutte qui va avoir pour effet de permettre une très forte appréciation des actifs financiers au cours des années qui vont suivre, mais également des actifs immobiliers.

En effet, les politiques anti-inflationnistes vont provoquer une forte baisse des taux d’intérêts à partir du milieu des années 80, comme cela est observable dans le graphique ci-dessous.

Taux d’intérêts à 10 ans France. 1960-2014

C’est ainsi que l’épargne constituée par les baby-boomers au cours de leurs premières années d’activité va pouvoir s’apprécier dans les décennies suivantes. Et venir expliquer la confortable amélioration du patrimoine des seniors entre 1989 et 2013. Ici aux Etats-Unis.

 

Patrimoine des familles par groupe d’âge/ 1989-2013. Etats Unis.

Des seniors "riches" qui ont pu bénéficier de conditions optimales afin de constituer leur patrimoine économique en deux temps. Et qui font aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises. Car, problème, les seniors ne consomment pas, ou du moins, pas autant que les autres classes d’âges.

Source CGSP

En 2010 en France, le Commissariat Général à la stratégie et à la prospective estimait à 424 milliards d’euros le revenu disponible des plus de 60 ans. Une "manne" d’ores et déjà identifiée et convoitée par le gouvernement.

Pourtant, selon une étude menée par le CREDOC, ces comportements seraient actuellement en train d’évoluer. Les baby-boomers ont été biberonnés à la consommation, contrairement à leurs ainés, ce qui pourrait permettre une amélioration marginale des statistiques au cours des prochaines années.

Mais ce qui interpelle le plus au sein de nos sociétés vieillissantes est la peur panique que peut encore générer l’inflation. C’est ainsi qu’en Allemagne, la hausse du coût de la vie est la première source d’angoisse d’une société (pour 58% de la population) comptant 16 millions de plus de 65 ans.). Une attitude paradoxale qui conduit à refuser politiquement aux nouvelles générations le cercle vertueux qui a pu bénéficier aux baby-boomers. Non pas l’inflation pour l’inflation, mais la relance de la croissance et de l’emploi, à tout prix.

A lire également, le nouveau livre de Nicolas Goetzmann : Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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