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Une émouvante correspondance

Il s’est trouvé des avocats pour adresser une lettre d’amour au tueur de Romans-sur-Isère

Leur texte est dégoulinant de tendresse. En cela il est abject.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Alors que les troupes franquistes étaient aux portes de la capitale espagnole, un de leur généraux lança une phrase devenue célèbre : « quatre colonnes marchent sur Madrid, une cinquième nous y attend ». La cinquième colonne était née. Elle connut de multiples avatars en différents pays et en différents moments de l’Histoire. Il y en a une dans dans la Drôme. 

Au début du mois, un migrant soudanais, Abdallah Ahmed-Osman assassinat au couteau deux personnes dans les rues de Romans-sur-Isère. Afin de ne laisser aucun doute sur ses motivations, il accompagna son couteau d’un « Allah akbar ». Puis aux enquêteurs il confia qu’il s’était ainsi « mis en phase » avec la religion. 

Abdallah Ahmed-Osman a été mis en examen pour « assassinats en liaison avec une entreprise terroriste ». Il va donc avoir besoin d’avocats. Il n’aura aucune difficulté à en trouver. En effet, ils sont nombreux à réclamer cet honneur. 

Dans un texte publié dans une revue juridique, plusieurs robes noires de la région lui ont fait, en des termes passionnés, une offre de service. Elle est rédigée avec des intonations shakespeariennes. 

Cet homme-là, Abdallah Ahmed-Osman, est l’un de nous. Il nous ressemble. Nous sommes fait de la même chair, des mêmes os et le même sang que le notre coule dans ses veines. C’est notre frère.

Reportons nous au Shylock de Shakespeare. Remplacez le mot « juif » par celui de « musulman » et vous verrez d’où les avocats de la Drôme tirent leur inspiration. Tout accusé, tout justiciable à le droit d’être défendu. Tous, y compris les pires assassins ! 

Landru a eu des avocats. Dutrou également. Tout comme Buffet et Bontemps que Badinter accompagna jusqu’à la guillotine. Leurs avocats mirent tout leur talent oratoire, pour épargner à leurs clients la peine capitale. Mais aucun d’entre eux ne se serait hasardé à dire en parlant des assassins : « C’est mon frère ».

Le texte des avocats, sous des dehors fallacieux d’humanisme, est purement politique et idéologique. Jusqu’au verdict, Abdallah Ahmed-Osman est présumé innocent. Pour eux, il est présumé sympathique. Ils comprennent - sans l’excuser espère-t-on - les motivations du tueur de Romans-sur-Isère. Il menait une vie difficile et précaire en France… Il ne trouvait pas de travail… Sa religion était persécutée…

Comment ne pas l’aimer et ne pas l’embrasser fraternellement ? Écoeuré par ce texte le bâtonnier de la Drôme, Thierry Chauvin, a démissionné de ses fonctions. Avec ces mots : « Abdallah Ahmed-Osman n’est pas mon frère ». Ce n’est pas le mien non plus. 

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