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Ce que la hausse continue du chômage depuis le mois de mars 2018 nous apprend de la politique d’Emmanuel Macron
©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Ré-inversion de la courbe

Ce que la hausse continue du chômage depuis le mois de mars 2018 nous apprend de la politique d’Emmanuel Macron

Si le gouvernement a choisi de ne plus commenter les chiffres mensuels du chômage publiés par la Dares, ceux-ci existent malgré tout. Et depuis le mois de mars 2018, le nombre de chômeurs est bien reparti à la hausse en France.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Avec un total de 3.462 millions de personnes au chômage à la fin du mois de juillet 2008 - selon les chiffres de la DARES (dont le commentaire gouvernemental mensuel a été aboli) - la France connaît une augmentation continue du nombre de sans emploi depuis le mois de mars 2018, soit une période de 5 mois. Un résultat d'une "France qui va mieux" un peu amer, puisque l'inversion de la courbe du chômage, amorcée en février 2016 n'aura abouti qu'à une baisse totale de 122 900 chômeurs. Un chiffre qui mérite d'être comparé

En prenant en compte le total de la hausse du chômage depuis le début de la "grande récession" c'est à dire en partant du creux du mois de février 2008 - 1.975 million de chômeurs – au sommet de février 2016 - 3.584 millions- la hausse totale a été de 1.6 millions de personnes. La baisse constatée depuis lors n'a finalement corrigé que 7.64% du problème accumulé lors de ces 10 années de crise. Il reste donc 90% du problème à traiter.

 

Cette hausse du chômage qui peut se constater depuis mars dernier n'est pas non plus une surprise au regard des chiffres publiés concernant la croissance économique du premier semestre 2018. Après des taux de croissance honorables pour 2017, les 1er et 2nd trimestres de cette année se sont montrés décevants; soit 0.2% pour chacun, et ce malgré le "réformisme" à l'œuvre. Edouard Philippe peut prétendre, comme il le fait une nouvelle fois à l'égard du Budget 2019, mener une "politique pour l'emploi", les résultats ne sont pas au rendez-vous. La croissance 2018 sera largement inférieure à celle de 2017, et celle de 2019 ne s'annonce pas meilleure selon les diverses prévisions publiées, soit par le gouvernement lui-même, soit par la Commission européenne.

 

Mais le fait est que le ralentissement que connaît la France depuis le début de cette année n'est pas la conséquence de la politique d'Emmanuel Macron. Ceci pour une raison simple, c'est que les réformes mises en place ne font que corriger des mécanismes franco-français de l'emploi alors que le chômage est un problème de dimension européenne. Les dirigeants du pays continuent de se bercer d'illusions en pensant pouvoir avoir un impact sérieux sur le chômage en restant cantonnés aux fameuses réformes "dontlaFranceabesoin" sans se rendre compte du problème global.

 

Cette attitude se révèle d'ailleurs au travers des déclarations d'Emmanuel Macron qui indiquait, en août 2017 que la France était la "seule grande économie européenne qui n'a pas gagné face au chômage de masse".  Malheureusement, les grandes économies européennes sont au nombre de 5. Et parmi elles, l'Italie, L'Espagne et la France n'ont pas "gagné face au chômage de masse". Reste l'Allemagne, qui y est parvenue en surfant sur ses exportations vers l'étranger, ce qui est quand même – il faut le rappeler - à l'origine de la guerre commerciale initiée par un Donald Trump fatigué de financer la croissance allemande. Et reste le Royaume Uni qui a atteint son meilleur niveau d'emploi depuis 1975 en s'appuyant sur une politique de relance monétaire massive. Une politique menée également par les Etats-Unis et le Japon, tous deux au plein emploi.

 

En Europe cette politique a également été menée depuis le début de l'année 2015, avec la mise en place d'un "assouplissement quantitatif" européen. Avec 5 ans de retard sur les autres pays. Et c'est bien celle-ci qui a permis l'inversion de la courbe du chômage connue en fin de règne de François Hollande. Cependant, cette belle parenthèse s'est grippée dès le mois de juin 2017, lorsque Mario Draghi a imprudemment débuté une rhétorique d'arrêt de ce même programme de soutien monétaire à l'économie de la zone euro (Discours de Sintra – Juin 2017). Suite à ce discours, l'euro passait rapidement de 1.13$ à 1.25$, soit une progression de 10% en quelques mois. Une hausse qui était annonciatrice du ralentissement de l'économie européenne pour l'année 2018. Une configuration très défavorable à la France puisque le pays fait figure de champion démographique du continent; dès que la croissance ralentie, le nombre d'embauches se grippe, comme ailleurs, mais la croissance de la population active continue, entrainant la hausse du chômage dans son sillage.

 

Le président français a donc débuté son mandat avec un resserrement monétaire qui n'a apparemment pas été remarqué par le gouvernement. L'exécutif débutait alors  ses "réformes" en fanfare. On peut encore voir ici le décalage existant entre les effets d'une politique monétaire et les effets d'une politique découlant d'une pensée datant du rapport Attali de 2007. Le monétaire écrase le reste et le rend insignifiant.

 

Il est tout de même possible d'espérer un lent tassement du nombre de chômeurs en France, si la croissance venait à en revenir à son rythme modéré dont semble se contenter Paris. Mais le chômage Français est toujours supérieur à 9% de la population active et Emmanuel Macron ne s'est toujours pas emparé de la seule question qui pourrait changer les choses : la stratégie économique européenne qui , institutionnellement, ne fait pas du plein emploi un objectif prioritaire. Au contraire des Etats-Unis et de leur taux de chômage de 3.9% quand l'ambition d'Emmanuel Macron est de parvenir à un taux de chômage de 7% à la fin du quinquennat. La question du chômage n'est pas plus prioritaire en France qu'elle ne l'est en Europe. 

 

 

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