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Grève des transports : mais au fait qui sont vraiment les Français qui risquent d’être empêchés de passer Noël en famille ?

Alors que le mouvement de protestations contre la réforme des retraites devrait continuer jusqu'en janvier, certains syndicats ont annoncé qu'ils s'opposaient à une trêve de Noël. Les transports seront tout aussi perturbés durant cette période.

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico : Ces derniers jours nous entendons fréquemment que Noël sera fortement perturbé puisque bien des trains ne circuleront pas, et il en est de même pour les avions. Qu'elle est la proportion des Français à bouger durant cette période ? Dans un premier temps, pour rejoindre leur famille puis à nouveau ensuite pour d'éventuelles vacances ? 

Laurent Chalard : Selon les données les plus récentes, fournies l’année dernière par le baromètre Mondial Assistance/Opinion Way, dont le quotidien Le Figaro s’était fait l’écho, seulement une petite minorité de personnes partent en vacances au moment de Noël, en l’occurrence 20 %, soit beaucoup moins que pour les vacances d’été, qui concernent une majorité de français, en l’occurrence 56 % à l’été 2019 selon un sondage Odoxa-FG2A pour RTL, d’où la grande transhumance estivale, source d’embouteillages monstres sur les autoroutes menant vers les plages de l’Atlantique et de la Méditerranée. Contrairement à ce que pourrait laisser penser un certain imaginaire parisiano-centré, la majorité des français passent donc leurs vacances de Noël, pour ceux qui en ont, bien au chaud dans leur maison ou leur appartement, ce qui est assez logique en cette période de l’année peu propice pour se balader dans la nature, d’autant que dans les zones rurales, la plupart des sites touristiques sont fermés. En règle générale, au moment de la fête de Noël, la majorité des départs concernent des déplacements d’ordre familial, les français se réunissant pour s’offrir des cadeaux, avec, dans la plupart des cas, parents, enfants et petits-enfants. Puis, le reste des vacances s’effectue, pour ceux qui partent, soit à la montagne, puisque c’est le début de la saison hivernale dans les grandes stations alpines, même si la fréquentation est moins importante qu’en février, l’enneigement étant, bien souvent, moindre en cette période, soit vers une destination étrangère, une grande ville européenne, en particulier pour le Réveillon du Nouvel An, ou une destination ensoleillée sous les tropiques pour ceux qui ne supportent pas le froid.

Qui sont les Français qui se déplacent le plus durant cette période ? Quelles différences observe-t-on en fonction des classes sociales et de la région ou de la taille de la ville habitée ? 

Laurent Chalard : Si pour les déplacements familiaux, toutes les catégories sociales sont concernées, il n’en demeure pas moins que les classes sociales les plus favorisées ont tendance à se déplacer plus et sur des distances plus importantes du fait de réseaux familiaux plus distendus sur le plan géographique, comme, par exemple, dans la configuration où les jeunes actifs habitent dans une grande métropole et leurs parents retraités résident en bord de mer ou à la campagne. En effet, dans les classes populaires, les familles sont moins dispersées géographiquement. Mais, c’est surtout pour les autres types de déplacement que la différence est la plus criante. Le ski est très largement réservé aux catégories sociales aisées, originaires des grandes métropoles, et, plus particulièrement, des « beaux quartiers » de l’ouest parisien (Paris, Hauts-de-Seine et Yvelines), étant donné son coût prohibitif. Passer ses vacances au ski chaque année reste un fort marqueur de distinction sociale pour les habitants des régions éloignées de la haute-montagne (c’est moins vrai pour les populations locales puisqu’elles n’ont pas besoin de payer de frais d’hébergement). Il en va de même pour les voyages au long cours sous les tropiques, qui, s’ils se sont démocratisés, grâce à l’abaissement du coût des billets d’avion, n’en demeurent pas moins plutôt des destinations de classes sociales supérieures en cette saison car le reste de la population ne peut guère se permettre d’effectuer plusieurs voyages lointains en avion dans l’année, privilégiant ce type de déplacement pour la période estivale.

Comment cette division entre ceux qui peuvent bouger et sont amenés à le faire et ceux qui n'ont pas à le faire ou n'en ont pas les moyens peut-elle impacter le conflit sur la réforme des retraites ?   

Laurent Chalard : Etant donné que les classes populaires partent très peu en vacances à Noël, et si c’est le cas, pas très loin de leur domicile, elles n’ont guère besoin d’utiliser les transports collectifs, que sont le train ou l’avion. Il s’ensuit que la poursuite de la grève pendant la période des fêtes de fin d’année les gêne potentiellement beaucoup moins, ce qui peut expliquer la volonté de ne pas appliquer de trêve pendant les vacances chez les employés les moins qualifiés, souvent surreprésentés à la CGT, et l’adoption de comportements qui peuvent être perçus par les salariés plus diplômés comme témoignant d’un certain jusqu’au-boutisme. A contrario, pour les catégories sociales moyennes et supérieures, la poursuite de la grève pendant les fêtes constituerait une gêne importante, venant perturber leurs vacances, puisqu’elles utilisent plus souvent le train, pour aller au ski, ou l’avion, pour se rendre à l’étranger. Cela peut expliquer qu’un syndicat comme la CFDT, plutôt composé de professions intermédiaires, souhaite qu’il y ait une trêve de Noël. Plus globalement, si le conflit concernant la réforme des retraites devait se durcir pendant les vacances, on peut penser que des tensions sociales vont émerger en France, comme au moment de la crise des gilets jaunes, avec une « bourgeoisie » au sens large faisant corps avec le pouvoir, c’est-à-dire avec le gouvernement d’Edouard Philippe, pour contrer les revendications des classes populaires, qu’elles considèrent comme exagérées.

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