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Crédits Photo: JACQUES DEMARTHON / AFP

Election

Grand oral au Medef : la victoire du favori Geoffroy Roux de Bézieux n'est pas acquise

Le Conseil Exécutif du MEDEF a auditionné les six candidats encore en lice pour la présidence du MEDEF. Il devrait exprimer son choix le 11 juin. L'UIMM vient, sans surprise, de déclarer qu'elle soutenait Alexandre Saubot, son ancien président. La bataille risque d'être serrée entre les familles du patronat français.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Sur le papier, Geoffroy Roux de Bézieux est le favori du scrutin. D'abord, parce qu'il avait déjà remporté une majorité de voix lors du précédent vote il y a cinq ans (avant de se rallier à son "second" Pierre Gattaz). Ensuite, parce qu'il a mené une campagne en profondeur, avec des soutiens clairs de patrons en tous genres, notamment ceux de la nouvelle économie. Enfin, parce qu'il est plus charismatique et plus politique que son rival immédiat, Alexandre Saubot.  
 
Toutefois, il ne faut jamais oublier que l'élection est faite et défaite par les grandes fédérations du MEDEF. A ce jeu-là, Alexandre Saubot dispose de certains atouts. Le poids de l'UIMM ne se limite en effet pas aux seules voix qu'elle détient en propre. Il faut aussi compter avec son effet d'entraînement sur les MEDEF territoriaux (où certains électeurs sont des métallurgistes masqués) et sur les autres fédérations industrielles. On a vu un premier aperçu avec le ralliement de la fédération des travaux publics (FNTP) à sa candidature.  
 

Le vote indicatif du 11 juin ne décidera pas de l'élection finale

Qui plus est, le vote du 11 juin, consécutif aux auditions d'aujourd'hui, est très loin de faire le résultat final. Il est une étape importante dans la mesure où il donne une indication forte sur la tendance générale du MEDEF. Mais le conseil exécutif n'est pas l'exacte représentation des rapports de force interne. Roux de Bézieux le sait, puisqu'il s'était désisté au profit de Pierre Gattaz en 2013. Tout laissait alors à penser que le favori du conseil exécutif serait battu au round final par son challenger, soutenu par les puissantes fédérations industrielles, Serge Dassault en tête.  
 
Il faut donc tempérer la portée de l'exercice d'aujourd'hui. Celui-ci est plus une répétition pour chauffer l'ambiance et mettre les candidats en condition. Il devrait ouvrir une phase décisive dans les négociations en coulisse pour les ralliements divers et variés que certains espèrent. Selon nos informations, Roux de Bézieux et Saubot ont des attitudes très différentes sur ce sujet. Alexandre Saubot patiente, sûr de sa victoire sans ralliement, quand le favori, plus politique, multiplie les promesses à ceux qui s'allieraient à lui. Deux personnalités, deux styles, deux logiques.  
 
Patrick Martin, quant à lui, ne désespèrerait pas de créer la surprise en suggérant des alliances bien senties.
 

Les chantiers du futur président du MEDEF

Le prochain Président devra, pour le reste, affronter quelques sujets épineux. Le plus important est celui de la réforme des retraites, que prépare actuellement le président de la République. En l'état, le MEDEF participe, comme tous les autres syndicats représentatifs, à la gestion du système paritaire: CNAV, partagé avec l'État, mais aussi AGIRC et ARRCO, les régimes complémentaires où ne sont présents que les partenaires sociaux. Dans le système de demain, la situation pourrait être différente. Un grande régime systémique universel ne devrait plus accorder beaucoup de place aux syndicats. 
 
Dans la pratique, le MEDEF devrait donc perdre e-de son influence dans la gestion paritaire, dont le champ de compétences risque d'être singulièrement réduit. Ce mouvement l'obligera à réinventer sa fonction de lobbying auprès du gouvernement. Ce sera l'enjeu majeur de la prochaine présidence. 
 
Parallèlement, le MEDEF devra accompagner le gouvernement dans une refonte de la fiscalité qui pèse sur la production. Ce sujet compliqué nécessitera une attention de tous les instants, tant Bercy est allergique à cette évolution. Le MEDEF devra ici faire preuve d'imagination et d'énergie. Cette énergie semble avoir relativement manqué aux présidents qui se succèdent depuis plus de dix ans à la tête de cette institution. 
 

Vers une nouvelle conception de l'entreprise ?

On la voit poindre dans la loi Pacte, la nouvelle conception de l'entreprise qui ne se limiterait plus à dégager du profit, mais qui entendrait mener des "missions" sociales. Sur ce sujet, le MEDEF est étonnamment absent et relativement coincé par l'intervention du patron de Michelin, Jean-Dominique Sénard, en son temps poussé par l'Élysée pour prendre la succession de Pierre Gattaz. Il n'est pas sûr que beaucoup de patrons aient eu le temps de se pencher sur la question. De (mauvaises) surprises sont donc à venir...
 
Il appartiendra au prochain Président d'éclairer les lanternes et de déminer ce terrain difficile. L'exercice sera d'autant plus périlleux que Danone (entreprise bien connue de Muriel Pénicaud) sert de modèle à cette transformation, qui n'a pas vraiment été discutée avec les entrepreneurs. Le débat est en outre largement préempté par "l'empire du bien" qui assimile volontiers le profit à la spoliation. On souhaite bonne chance au successeur de Pierre Gattaz sur ce dossier!

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