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Manuel Valls.
©Reuters

Balle de Match

Gouvernement 1, frondeurs 0 : Manuel Valls gagne la 1ère manche mais gagnera-t-il la deuxième ?

Le PLFR (Projet de loi de finances rectificative) a été adopté par 307 voix, soit une large majorité. Le Premier ministre Manuel Valls semble avoir réussi pour un temps à dompter les députés PS frondeurs.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Le  PLFR (Projet de loi de finances rectificative) a été adopté par 307 voix avec une large majorité. Manuel Valls a gagné. Il a fait plier les Frondeurs et a pu apporter un démenti à l'opposition qui ironisait sur ce "Premier Ministre qui a perdu sa majorité" (Christian Jacob dixit ). Au terme de longues palabres et réflexions, les Frondeurs qui occupent le devant de la scène à l'Assemblée nationale sont rentrés dans le rang et le Premier ministre a remercié "la majorité pour son soutien franc loyal et massif ". Manuel Valls peut se targuer d'avoir remporté un joli succès face à ces turbulents élus qui lui mènent la vie dure à l'intérieur du PS.

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Un seul d'entre eux, le député des Ardennes Christophe Léonard, s'est abstenu :"Je m’étais abstenu sur le pacte de stabilité du 29 avril, il m’a semblé cohérent et naturel de m’abstenir" a-t-il déclaré, pointant ainsi en creux "l'incohérence" de ses camarades, qui se consolent en expliquant qu'ils "ont posé un certain nombre d'actes politiques forts". Quant à l'un des principaux opposants internes à la politique économique du gouvernement, l'élu de Paris Pascal Cherki, il se trouvait opportunément absent de l'hémicycle au moment du scrutin et n'a donc pas voté. Les autres députés signataires de "l'appel des Cent" avaient  fini par trouver le texte "votable", puisque 3,7 millions de ménages vont bénéficier de réductions d'impôts, ce qui était prévu au départ ; les Ecologistes se sont divisés et les Radicaux de Gauche ont approuvé le texte.

Mais pour le gouvernement, la bataille du pacte de responsabilité et de solidarité n'est pas encore gagnée pour autant. Il a déjà fait des concessions en revenant sur un certain nombre de mesures sociales, telles que le non gel des petites retraites et n'a pas réussi à imposer la discipline interne aux députés socialistes. Un observateur avisé s'en étonne d'ailleurs en notant que "le gouvernement a déjà beaucoup cédé" et s'il se refuse à chiffrer le montant que représente ces concessions, il note "qu'avant, lorsqu'un gouvernement lâchait cent millions, c'était énorme ! Aujourd'hui cela se chiffrerait plutôt en milliards". Et ce seront autant d'économies de plus qu'il faudra faire si la France veut rester dans les clous ! Peut-être, car la logique du pacte (baisse des charges pour les entreprises afin de favoriser l'emploi), ne change pas et c'est précisément ce que contestent les frondeurs. Ils ne s'avouent pas vaincus et ont déjà fait savoir qu'ils ne voteront pas le Projet de Loi de finances Rectificatives de la Sécurité Sociale (actuellement en débat) "en l'état ".

Autrement dit, on prend les mêmes et on recommence (ra) mardi prochain jour du vote solennel. Et d'ici-là, ceux qui contestent les aides massives aux entreprises insuffisamment contrebalancées par une hausse du pouvoir d'achat des plus modestes n'ont cure du règlement interne du groupe et continuent de défendre leurs propres amendements en séance pour marquer leur différence. Manuel Valls, qui dénonce "les risques d'enlisement et de blocage" et ne veut pas être "le chef d'un gouvernement qui n'avance pas", est sur ses gardes, mais il est aussi bien épaulé : Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, lui prête main forte lors des réunions de groupe et le président de l'Assemblée Nationale n'hésite pas non plus à venir à sa rescousse, sur le mode direct : "Est-ce qu'on veut renverser le gouvernement ?" a-t-il lancé hier. Et à un député qui exprimait ses doutes sur l'efficacité de la politique économique a concédé, sous les applaudissements : "Tu crois que moi aussi, je n'en ai pas quelquefois ?", mais qui met aussi en garde contre ceux qui envisagent une dissolution: "Moi, je n'ai pas peur de la dissolution", a lancé Malek Boutih en réunion de groupe. "On ne joue pas avec ces mots", a commenté le président de l'Assemblée qui estime que "le pays a besoin de stabilité et de confiance et que notre attitude ne participe pas à ce besoin".

Autrement dit, tout le monde est dans le même bateau et les Frondeurs n'ont d'autre choix que de suivre le gouvernement, car, appuie Bruno Le Roux, "nous réussirons ou nous échouerons ensemble". Cruel dilemme pour ces élus de la majorité qui font une analyse diamétralement opposée à celle de leurs dirigeants aujourd'hui rangés sous la bannière social-libéralisme, mais qui ne peuvent s'en désolidariser sous peine de faire éclater le système. Quant à Manuel Valls, qui se veut l'homme qui n'a pas peur des réformes, il tente de foncer à travers les écueils et veut ignorer ceux qui au PS dénoncent la réponse "consternante" du patronat qui menace de ne pas participer à la conférence sociale la semaine prochaine. A Matignon, on a bien entendu les protestations assorties de menaces des patrons puisque le Premier ministre annonce le report partiel du compte pénibilité pour le calcul des retraites, et le gouvernement cherche à supprimer l'amendement augmentant la taxe sur les nuitées d'hôtel votée la semaine dernière. L'épreuve de force larvée n'est pas terminée. Et si Manuel Valls remporte la deuxième manche, celle du PLFSSR, il n'est pas écrit que la vraie bataille, celle de l'emploi et de la croissance, sera couronnée de succès .

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