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Gilets jaunes, black blocks et délinquants : une répression à géométrie variable
©Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Dichotomie

Gilets jaunes, black blocks et délinquants : une répression à géométrie variable

Les manifestations de Gilets jaunes ont été durement réprimées. Les autres fronts de la sécurité sont, eux, abandonnés.

Gérald Pandelon

Gérald Pandelon

Universitaire et avocat à la Cour d'appel de Paris, Gérald Pandelon est docteur en droit et docteur en science politique. Diplômé de Sciences-Po, il est également chargé d'enseignement. Il est également l'auteur de L'aveu en matière pénale ; publié aux éditions Valensin, ainsi que de La face cachée  de la justice (Editions Valensin, 2016). David Reinharc.

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Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Atlantico.fr : Un des enjeux de la mobilisation contre la réforme des retraites hier et qui se continue aujourd'hui, est la gestion de la violence dans les manifestations. La gestion de la sécurité sera-t-elle, comme lors de la crise des Gilets jaunes, considérée comme disproportionnée, si le mouvement venait à se durcir ? 

Quel est le bilan de la gestion policière des Gilets jaunes, le mouvement social que tout le monde a en tête au début de cette mobilisation contre la réforme des retraites ? 

Gérald Pandelon : Excepté quelques dérapages qui ont accrédité, chez certains, toujours les mêmes, la thèse d'une violence aveugle des forces de l'ordre, n'oublions toutefois pas que ce sont ces dernières qui sont depuis un an le plus mises à l'épreuve par les violences qu'elles subissent, le caillassage, les insultes à répétition, les menaces proférées, etc. À telle enseigne qu'il est possible de se poser la question de savoir si nous sommes encore dans un État de droit lorsque des émeutiers voyous professionnels qui se moquent totalement de nos institutions s'attaquent avec un sentiment d'impunité à nos forces de ordre. C'est vrai que les temps ont changé... Aujourd'hui ce ne sont plus les policiers qui attaquent les voyous mais les voyous qui s'attaquent aux forces de l'ordre, dans un contexte définitif de crise de l'autorité et de crise de l'Etat. Nous assistons, au fond, moins à une crise politique qu'à une politique de la crise, à sa simple gestion,  qui est, à mon sens, encore plus grave. 

Xavier Raufer : Urgences, médecine légale, familiers des traumatismes et accidents, ils sont médecins légistes ; professent la neurochirurgie ou l'ophtalmologie. "Extrêmement choqués" par la répression des Gilets Jaunes sur la voie publique, leurs mots sont forts : "boucherie" dit l'un ; "Du jamais vu" renchérit l'autre. Inouï pour un mouvement social, concluent-ils.

Voici ce qu'ils constatent, entre novembre 2018 et 2019 : "crânes fracassés, yeux éclatés, artères coupées, visages lacérés, rates explosées" ; encore, "vision très amoindrie, éclatement du globe oculaire, hémorragies sévères, multiples fractures des os". 2 450 blessés ; 24 manifestants éborgnés, 5 à la main arrachée ; 12 sont mutilés (pied écrasé, mâchoire cassée, etc.) : un massacre.

Pas mieux côté répression judiciaire : 10 000 gardes à vue, 5 300 suivies de poursuites ; 2 000 comparutions immédiates ; 3 100 condamnations, 1 000 peines de prison ferme, dont 400 avec mandat de dépôt et prison immédiate.

Tout cela vise de modestes citoyens de la France périphérique, étranglés par Macron-Philippe. Ce quand pour l'essentiel, les Black Blocs coupables des pires ravages s'en sortent bien.

Le gouvernement a-t-il géré, depuis le début du quinquennat, la question de la violence avec un biais politique particulier ? 

Gérald Pandelon : S'agissant de la question de la violence, je crois que le gouvernement a su faire preuve de mesure. Il ne faut quand même pas faire preuve d'angélisme en évacuant systématiquement, par idéologie, le réel, à savoir que ce sont quand même les blacks blocs qui ont agressés les forces de l'ordre et non l'inverse. Il faudrait tout de même dire de temps en temps la vérité. La violence, qu'elle soit ou non légitime, est d'abord du côté des voyous qui ont pour seule finalité de casser sans se préoccuper à aucun instant des revendications souvent justes des Gilets Jaunes et de la plupart aujourd'hui 5 décembre 2019  des 860000 manifestants.  Il faudrait en effet admettre que le désordre politique est une aubaine pour les casseurs et que les forces de l'ordre doivent faire face à des personnes qui souhaitent attenter à leurs vies, sous couvert de revendications légitimes.  Où est d'ailleurs la grandeur d'une cause quand on saccage la tombe du Maréchal Juin ? La seule vérité c'est que les casseurs sont guidés et animés que par la haine, la haine de la France, la haine de tous les gens qui, au fond, ne sont pas haineux.  Enfin, il convient d'observer même si le propos pourra apparaître comme politiquement incorrect que certains manifestants sont plus facilement enclins à manifester qu'à aller proposer, a casser qu'à travailler, même si ces derniers sont sans doute minoritaires. Je peux comprendre qu'un jeune de 18 ans puisse manifester contre le système annoncé d'un système à points qui se substituerai à celui existant, admettons. Mais avant de penser à sa retraite avec près de 40 années d'avance, sans doute devrait-il commencer à se retrousser les manches...

Xavier Raufer : Efficace pour mater les Français modestes, la triade Macron-Philippe-Castaner est moins vaillante sur les autres fronts de la sécurité :

ÉCOLE : dans les quartiers hors-contrôle, des guerres de bandes éclatent à tout instant - 20 à 30 "incidents graves" par jour autour des lycées et collèges - voire dans les classes. Armés de barres de fer, machettes ou poignards, des voyous terrorisent ou lynchent des élèves ; des enseignants sont gazés et frappés ; deux morts récents en Seine-Saint-Denis. Côté arrestations ou condamnations après ces violentes razzias, c'est quasiment zéro. D'ailleurs (IFOP, octobre 2019) 67% des Français n'ont pas confiance en M. Philippe et ses ministres pour mettre fin aux violences à l'école.

QUARTIERS CHAOTIQUES : chaque jour, des meutes de voyous cagoulés déclenchent des émeutes visant à protéger leurs fiefs et y sécuriser les trafics (drogue, etc.). Bâtiments publics incendiés, tirs de mortiers d'artifices sur la police, commissariats attaqués. Récemment à Mantes-la Jolie, aux Mureaux, à Trappes à La Courneuve, Bobigny, Clichy-sous-Bois, Épinay-sur-Seine ; ailleurs, de Roubaix à Marseille, de Nantes à la banlieue lyonnaise, le scénario est le même : parfois, cent "voyous organisés, cagoulés et équipés de produits inflammables" piègent les forces de l'ordre, les bombardent d'un "déluge de projectiles" ; sur une vidéo faite au Val-Fourré, les bandits hurlent "tuez-les" aux policiers.

Dans un quartier chaud de Béziers, une école est réduite en "cendres et débris calcinés". En deux nuits, à Chanteloup-les-Vignes, 19 attaques de policiers, un cirque incendié, plus 53 poubelles et 7 véhicules. Commentaire d'un syndicat de police : "ces quartiers sont laissés à l'abandon ; ils n'ont pas peur de s'en prendre à nous, la justice ne suit pas".

ANARCHISME PRÉ-TERRORISTE : Depuis 2017 autour de Grenoble, des anarchistes ont incendié 11 bâtiments : une salle de la mairie de Grenoble, une église, des locaux de la gendarmerie et d'un parti politique, des édifices de sociétés publiques, 17 véhicules. Du pur terrorisme à bas coût.

Or sur ces trois fronts, la répression est quasi-nulle. Litanie après chaque émeute : "pas d'interpellation". Par miracle, un émeutier est-il arrêté ? Son cas est laissé "à la discrétion du parquet" donc d'une justice qui, sous la molle Mme Belloubet, est aux abonnés absents (Gilets Jaunes exceptés).

Y a-t-il un manque d'outils juridiques adaptés à la gestion de la violence en France, que ce soit celle des manifestants ou celles d'autres groupes ? 

Gérald Pandelon : Nos outils juridiques sont parfaitement adaptés à la situation. Devant les tribunaux correctionnels, les peines qui sont infligées sont souvent sévères lorsque les faits le justifient ; en revanche, lorsque les faits ne relèvent pas d'une exceptionnelle gravité, les peines sont clémentes et très rarement assorties de mandats de dépôts. Notre arsenal juridique est suffisamment riche pour permettre une personnalisation des peines lorsque les infractions reprochées  sont de faible gravité. Pour le dire encore autrement il est inexact de dire que ce serait à la fois l'arbitraire policier puis l'arbitraire judiciaire qui se seraient manifestés dans le cadre de ces manifestations ; la réalité est fort différente. Quand substituera-t-on la vérité au mensonge permanent ? Quand osera-t-on dire que les prévenus les plus sévèrement sanctionnés sont ceux qui ont adopté les comportements les moins acceptables ? Pourquoi faire preuve d'angélisme envers des jeunes racailles qui font fi de toutes nos valeurs ? Faire preuve d'angélisme envers des voyous chevronnés ń'est-ce pas l'apanage d'une certaine idéologie qui prospère précisément sur le désordre ? 

Xavier Raufer : Cette paralysie judiciaire provient-elle d'un manque d'outils juridiques adaptés ?

Non, l'arsenal est bien là :

- Depuis 2006, l'infraction de "guet-apens sur forces de l'ordre" existe,

- Depuis 2017, la loi sur la sécurité publique réprime les violences, rébellions et outrages sur dépositaires de l'autorité publique.

Délibérément (ou par ineptie), le gouvernement laisse donc agir les casseurs, voyous et anarchistes. Ce jeu dangereux revient au fond à opposer les deux catégories de la population ayant le plus besoin l'une de l'autre :

- les forces de l'ordre, issues du peuple et vivant en son sein,

- les Français modestes, les plus touchés par l'insécurité et rêvant d'un retour à l'ordre.

Gare à la réaction populaire, le jour où cette honteuse manigance éclatera au grand jour.

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