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La paix

Gaza : Le Hamas et le Fatah esquissent un rapprochement mais qui sera vraiment gagnant ?

Le Hamas et le Fatah ont annoncé qu'ils comptaient renouer le dialogue, après une très longue période de tensions vives entre les deux mouvements palestiniens. Un retour à la table qui s'explique par l'évolution du contexte régional.

Atlantico : Le rapprochement entre le Hamas et le Fatah s'il se concrétise pourrait-il prendre les atours d'un accord gagnant-gagnant ? Quel serait l'intérêt des deux partis dans la conclusion de cette entente ?

Khattar Abou Diab : Les relations entre le Hamas et le Fatah ont connu beaucoup de conflits depuis 2006-2007. Plusieurs accords conclus auparavant comme au Caire, à Doha, à la Mecque et ailleurs n'ont pas abouti. Cette fois, cependant, une autre perspective compte tenu des situations problématiques que connaissent les deux partis, et surtout le gros problème touchant le mouvement Hamas. Avec la crise du Golfe, le Qatar, principal bailleur de fond de ce mouvement ne fournit plus les services habituels à la bande de Gaza. Il y a avec tout ce qui se passe dans le monde arabe un arrêt des aides en ce moment, même de la part de plusieurs organisation dont l'Iran à un moment donné. Maintenant, malgré une petite reprise des aides iraniennes et des aides du Hezbollah, les aides qataris se sont arrêtées.

On observe aussi un petit changement idéologique dans le mouvement Hamas. Il a déclaré se détacher de l'Organisation internationale des Frères Musulmans. En plus, le mouvement Hamas n'a plus sa logique de rupture, compte-tenu que le blocus avec la situation imposée par Israël d'un côté et l’Égypte de l'autre n'est plus tenable. Tout ceci a conduit le mouvement Hamas a tenter une ouverture vers l’Égypte. C'est l’Égypte qui a beaucoup insisté pour que tout rapprochement avec le Hamas soit lié à un rapprochement entre Hamas et Fatah. L’Égypte ne veut pas accorder de droit de passage sans avoir l'Autorité palestinienne comme interlocuteur. Elle ne reconnaît pas le Hamas comme interlocuteur. Et de son côté, le Fatah, craint que Mohamed Dahlan, un homme fort du parti en conflit avec Mahmoud Abbas prenne l'ascendant, étant donné qu'il bénéficie aujourd'hui du soutien des Émirats Arabes Unis. Pour cela, le Fatah a trouvé son intérêt dans cette expérience, afin de voir si pour une fois la bonne volonté du Hamas pourrait se réaliser sur le terrain. Tous ces changements régionaux, les conditions de vies dans la bande de Gaza, la pression sur le Hamas et aussi sur le Fatah font qu'ils ont intérêts aujourd'hui à se rapprocher.

Mahmoud Abbas semble de plus en plus isolé sur la scène internationale mais aussi au sein du Fatah depuis les sanctions adoptées contre Gaza. Est-ce que ce rapprochement permettrait de redorer son blason ou est-ce qu'au contraire cela l'isolera encore plus ?

 

Mahmoud Abbas, continue à être le chef de son pays, la Cisjordanie, bien entendu selon les accords trouvés avec les Israéliens et donc sans grande reconnaissance internationale. Mais pour autant il parvient à faire des percées internationales, comme avec la récente intégration de l'Autorité palestinienne à Interpol, ou précédemment à l'Unesco.

Et il est vrai que sur le plan interne, Mahmoud Abbas est rejeté dans la bande de Gaza et est devenu le symbole de l'incapacité de renouvellement du mouvement Fatah malgré l'émergence de personnalité comme Mohammed Dahlan. Mahmoud Abbas joue donc le jeu, pour la première fois depuis longtemps avec Gaza, pour légitimer son poste. C'est donc une sortie d'une période d'embarras et même un point marqué de sa part.

 

Quel est l'intérêt pour l’Égypte d'aider à la conclusion d'un accord qui n'a pour l'instant rien de certain ? Est-ce que le gouvernement de Sissi espère de cette manière couper l'aide de l'EI dans le Sinaï égyptien ?

 

L’Égypte depuis 2013 souffre énormément de l'installation de foyers terroristes dans le Sinaï, malgré l'acceptation par Israël d'augmenter les effectifs des forces de l'ordre égyptiennes dans cette région. Et compte-tenu des possibles liaisons avec la bande de Gaza, il y avait toujours une échappatoire pour les terroristes. La séparation entre les foyers terroristes et la bande de Gaza représenterait pour Israël une réelle avancée. Cet arrangement entre l’Égypte et le Hamas apporte plus de sécurité pour l’Égypte et réponds aux besoins économiques du Hamas nécessaire à sa survie. C'est un échange pragmatique. Al-Sissi a bien fait comprendre lors de son discours à l'ONU que l’Égypte voudrait récupérer son rôle de médiateur avec Israël, et sa place comme leader arabe qui fait la paix, même pour la Palestine, et non plus un leader dans les conflits.

 

Quels acteurs pourraient perturber cette réunion des deux mouvements ?

 

Ce qui a mon avis pose un grand problème pour le Hamas comme pour le Fatah sont deux forces régionales qui pourraient saboter l'accord. L'Iran d'abord qui a toujours des liens avec le Hamas et qui pourrait donc entacher cet accord en essayant de contrôler certains membres de Hamas contre l'accord.

La Turquie pourrait aussi jouer un rôle d'influence compte tenu de la liaison de certains leaders de Hamas avec les organisations internationales des Frères Musulmans et le Qatar.

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