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Fusillades, émeutes et insécurité : le gouvernement pompier pyromane ?
Fusillades, émeutes et insécurité : le gouvernement pompier pyromane ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

Stratégie efficace ?

Fusillades, émeutes et insécurité : le gouvernement pompier pyromane ?

Alors que l'actualité a été marquée par des fusillades à Pantin et devant l’hôpital Henry-Dunant, dans le 16e arrondissement de Paris, beaucoup de questions se posent sur l'efficacité de la politique déployée par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et par le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, pour lutter contre la délinquance et l'insécurité.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Indifférent aux fafaronnades officielles, un tueur assassine le gangster Hamza Dj. de­vant un hôpital parisien. Un vrai pro : cinq balles dans la tête puis départ en scooter, tran­quille comme Bap­tiste. Peu après, rebelote à Pantin (en prime, une fillette gravement blessée).

Futiles coups-de-poing, rodomontades et saupoudrages de CRS, en mode je déshabille Pierre pour habiller Paul : M. Darmanin et son équipe cavalent partout, vitupè­rent à défaut d'em­pêcher et finalement, incendient un quartier après l'autre de la France entière.

Quartier... Incendie ? Foin des abstractions, soyons concret.

Voici le coupe-gorge du Banlay à Nevers. Du 30 mars au 8 avril, émeutes nocturnes en con­tinu. À Nevers ? Oui, comme à Alençon, Thionville, etc., jadis si calmes. Pourquoi ? Depuis 2015, nos gouvernants croient camoufler la pression migratoire en la ventilant dans la France profonde, par petits paquets. Résultat, des émeutes partout.

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Retour à Nevers, quartier du Banlay : véhicules incendiés, policiers attaqués, cent mortiers d'artifices tirés chaque nuit (qui paie ?). Face à vingt voyous, une puis­sance publique désar­mée. Écoutons-la. Le préfet veut désormais "Ne plus rien lais­ser pas­ser". Dé­codeur : après un demi-siècle de laxisme. La procureur-fantômette "Les forces de l'ordre doivent avoir une réponse adaptée". Décodeur : je refile la patate chaude aux flics. Le maire enfin : "L'État de droit doit régner". Décodeur : c'est le fou­toir et je n'y peux rien.

"Politique de la ville" : restaurera-t-elle le fameux "vivre ensemble"à Nevers ? Jugeons-en : 100 000 euros investis voici peu dans un "poulailler collectif" et un "parc de cueillette".

Ainsi de suite, les dix premiers jours d'avril 2021, à Angoulême, Carcassonne, Grenoble & alentours, Montpellier, Saint Raphaël, région Lyonnaise, Essonne et Val d'Oise, Évreux, Tou­louse, Creil, Saint-Nazaire, Rennes, Tours, etc.

[Fact-checkers soucieux de détails, bienvenue !].

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Sur le terrain, les élus et sous-fifres de MM. Darmanin et Dupond-Moretti titubent entre bravades, bluff et constat d'impuissance. À Bordeaux-Lormont, la meute de voyous course les policiers hors de "son" fief. Un policier local : "Une tendance forte depuis des mois... Une sorte de guerre de territoire".

Trois jeunes morts en un trimestre dans l'Essonne, par guerres de gangs. En 2020, 186 ba­tailles entre bandes en Île-de-France (une tous les deux jours). Les braquages à domicile (comme celui subi par B. Tapie) ? 2 par jour en 2020 à Paris et petite couronne (92-93-94).

Autre preuve de ce que M. Darmanin parle dans le vide : il dissout récemment les "Loups Gris" turcs, mais ensuite, ces bien vivaces "dissous" lynchent les occupants d'un local kurde de Lyon (eux-mêmes inféodés à un groupe terroriste interdit dans l'Union européenne). Pour­quoi se gêner ? En Europe, le chien répressif n'a pas de dents...

Des anarchistes sabotent ou incendient 174 équipements de télécom en 2020, sans émou­voir M. Dupond-Moretti ni son ministère. 300 de ces at­tentats forcément politiques en 3 ans, nulle qualification terroriste en vue. Les arresta­tions ? Moins de 30. Les condamna­tions dissuasives pour ces crimes ? Aucune.

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Donc, M. Darmanin n'y arrive pas.

Deux motifs à cela.

Souvent illéttrés, les racailles et nomades criminalisés ont des avocats et regardent la télé. Ils ont vu le candidat Macron promettre pour son quinquennat 15 000 places de prison (leur seule hantise), on en aura 7 000... aux calendes 2022-2024. Ils sa­vent aussi avoir un copain à la Justice (applaudi dans les prisons, pas par les gardiens) : sont-ils arrêtés par ha­sard, ils sortent vite, mashaAllah ! Ima­ginons qu'ils restent en prison, Macron re­gnante, une loi après l'autre leur y assure la quié­tude. Le 9 avril encore, au Jour­nal offi­ciel, la Loi 2021-403 garantit "le droit au respect de la dignité en détention".

Second motif. Seul allié réel de l'activiste M. Darmanin : la presse "d'information", dan­seuse de milliardaires Macron-compatibles. Des médias désormais dis­crédités. (fin 2020, derniers sondages) : "J'ai confiance dans les médias", 22% des Français ; "tout à fait" ? 2% ; "Pas du tout confiance" ? 32%. Aussi : "il faudrait qu'il soit plus question de sécurité dans le débat public" : plus 88%, dont "beaucoup plus" 38%.

Car l'opinion veut s'informer sur ce réel criminel, hystériquement occulté par des journa­listes-antifa si aimables envers les bandits. Voici peu, trépasse aux États-Unis un voyou-rap­peur-toxicomane, dont le grand tube s'intitule (soyons pudiques) "Je vais te la mettre bien profond". Pour la presse américaine, l'homme meurt d'une sur­dose de stu­péfiants. Or nos "médias d'infor­mation" évoquent une "crise cardiaque".

Jusqu'à quand ce branlant attelage fera-t-il illusion ? Voilà la vraie question.

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