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Le pape françois est à nouveau dans la tourmente.
Le pape françois est à nouveau dans la tourmente.
©Reuters

Troisième assaut

Fuites au Vatican : l’affaire qui révèle l’atmosphère suffocante au sein de la Curie et qui pourrait affaiblir le pape

Ce vendredi 6 novembre seront publiés les ouvrages "Chemin de Croix" et "Avarice", qui révèlent plusieurs secrets concernant la gestion financière du Vatican. Deux personnes ont été arrêtés, soupçonnées d'avoir communiqué les informations nécessaire à ce troisième coup porté au pape en un mois.

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé, historien, spécialiste de l’histoire du christianisme. Il est rédacteur dans la revue de géopolitique Conflits. Dernier ouvrage paru Géopolitique du Vatican (PUF), où il analyse l'influence de la diplomatie pontificale et élabore une réflexion sur la notion de puissance.

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Atlantico : Des documents secrets quant à la gestion financière du Vatican ont été dévoilés à des journalistes et sont à la base de deux livres qui seront mis en vente demain 6 novembre,  "Chemin de Croix" et "Avarice". Deux livres, qui font trembler le Vatican et remettent en question la relation de confiance établie entre le Pape et ses différents collaborateurs. Deux d'entre eux qui seraient à l'origine de la fuite ont été arrêtés dimanche 1er novembre par la gendarmerie vaticane. Qui sont-ils ?  Que cherchent-ils ? Plus largement, qu'est-ce que cette trahison révèle sur les tensions au sein du Vatican. Comment pouvons-nous décrire le climat ?

Jean-Baptiste Noé : Avant toute chose, il faut préciser deux points : nous sommes au début de l’enquête, il est donc difficile de connaître tous les tenants et aboutissants de cette affaire. Les choses vont s’éclaircir dans les semaines à venir. Ensuite, les deux personnes arrêtées doivent bénéficier de la présomption d’innocence, et donc être considérées comme innocentes tant que leur culpabilité n’a pas été démontrée.

En l’état actuel de l’enquête, nous ne savons pas pourquoi ces deux personnes auraient volé ces documents pour les transmettre aux journalistes : est-ce pour déstabiliser le Pape, et un de ses collaborateurs qui est pris pour cible, est-ce pour des raisons strictement vénales (l’échange d’une somme d’argent contre ces documents) ? L’enquête devra préciser cela.

Enfin, l’affaire actuelle est différente de Vatileaks. Ce qui pose problème dans ce dossier, c'est la façon dont sont choisis certains collaborateurs du Pape. Mme Chaouqui a un passé plutôt curieux, qui ne semblait pas la prédisposer à occuper les fonctions qui furent les siennes au sein du Vatican. Quand Benoît XVI était pape, elle a relayé des tweets disant qu’il était atteint d’une leucémie, ce qui était faux. Elle a posé à demi-nue pour des publications assez licencieuses, et elle était amie de Gianluigi Nuzzi, le journaliste qui a reçu les documents de Vatileaks et qui les a publiés. Tous ces faits sont publics. Ils ont été rappelés au moment de sa nomination par Sandro Magister, un vaticaniste renommé. Le Vatican a manqué de prudence en validant sa nomination.

Ces deux arrestations est le 3ème mauvais coup porté au Pape en moins d'un mois. Nous nous souvenons le 5 octobre peu avant l'ouverture du synode, du coming-out de Monseigneur Chamramsa qui avait affirmé haut et fort son homosexualité, puis du 11 octobre, où 13 cardinaux avaient co-signés une lettre privée envoyée au Pape et dévoilée mystérieusement, qui avait dénoncé le caractère peu démocratique du synode. Comment est reçu ce troisième coup par le Saint-Siège, et par le Pape lui-même ?

Ce sont des affaires qui sont concomitantes, mais qui n’ont pas de lien entre elles. Les deux premières cherchaient à influencer le synode de l’extérieur, celle-ci vise plutôt à affaiblir des personnes de la Curie. Cela risque de créer un climat de suspicion qui n’est pas propice au travail et à la poursuite sereine de la réforme de la Curie. Cela affaiblit aussi le Pape, car ces personnes ont été nommées par lui, contre l’avis de plusieurs membres de la Curie. 

Une stratégie de déstabilisation du Pape François semble être en cours. Qui en sont les acteurs ? Que veulent-ils ?

Dans le cas du synode, le courant progressiste a voulu manipuler les médias contre les évêques opposés aux changements de doctrine. Dans le cas des fuites, on retrouve une ambiance de collusion et de microcosme propre au petit monde romain. Des membres de la Curie semblent vouloir affaiblir certains de leurs collègues, déstabiliser le Pape et empêcher le travail serein du Vatican. Pendant le synode, de fausses rumeurs ont couru sur la maladie du Pape et aujourd'hui ce sont ses collaborateurs qui le trahissent.

Est-ce une stratégie qui cherche à attaquer le Pape François lui-même ou le symbole du Pape, l'image qu'il représente et l'institution en elle-même ?

En l’état actuel de l’enquête, il est difficile de se prononcer. Il sera notamment intéressant de connaître le rôle précis et les mobiles des deux personnes arrêtées. Mais, une nouvelle fois, c’est la Curie qui est salie, alors que la plupart de ses membres font un travail de grande qualité, et avec beaucoup moins de personnel que dans les ministères des pays occidentaux. Ce scandale pose la question du discernement dans le recrutement du personnel curial, et aussi de la prudence du Pape. Il semble que Via Crucis publie des conversations téléphoniques du Pape réalisées sur téléphone portable. Dorénavant, il devra peut-être éviter ce type d’objet de communication pour transmettre des informations sensibles. 

Enfin, il ne faut pas négliger le coup médiatique de cette affaire. Parler des scandales du Vatican fait vendre, c’est un sujet porteur. Il est tentant d’exagérer ce qui peut se passer au sein de la Curie pour acquérir de la visibilité médiatique, faire un scoop et vendre beaucoup d’ouvrages. 

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