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Fraude sociale : comment l'Etat (pas le libéralisme) organise la loi de la jungle
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Bataille de chiffres

Fraude sociale : comment l'Etat (pas le libéralisme) organise la loi de la jungle

Sur le sujet de la fraude sociale et après le rapport de la sénatrice Nathalie Goulet et de la députée Carole Grandjean, des erreurs d'interprétations ont été commises notamment sur la question du "chiffrage impossible".

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Concernant la question de la fraude sociale qui vient de faire l'objet d'un rapport de la Sénatrice (UCI ) de l'Orne Nathalie Goulet et de la députée (LREM ) Carole Grandjean, plusieurs erreurs d'interprétation se sont glissées dans certains médias.

Au risque de fausser les termes du nécessaire débat sur cette fraude sociale.

Le rapport est limpide, il refuse d'énoncer un chiffrage et considère que ceci n'aurait pas été " opportun ". Dès lors, plusieurs journalistes en ont déduit que le chiffre de la fraude devait être explosif et que les deux parlementaires avaient calé devant le mur de la vérité. Par crainte ou opportunisme partisan de mauvais aloi. 

Au plan factuel, c'est mal connaître l'opiniâtreté des deux rédactrices. Pour ma part, ayant été auditionné au Sénat par Madame Goulet au titre de la Commission des finances sur le sujet des engagements hors-bilan de l'État, je peux – en toute indépendance – affirmer qu'elle appartient au cercle souvent plus restreint qu'on ne le pense des personnes qui ont les moyens intellectuels de leurs convictions. Mais, pour étayer mon propos de manière encore plus nette, je suggère aux lecteurs de se rapporter à l'émission  PerriScope ( diffusée sur LCI ) du Mercredi 6 Novembre courant.

Interrogée avec précision par Pascal Perri, Nathalie Goulet a affirmé que son travail avait été entravé par plusieurs administrations. Pour faire un récit totalement fidèle et approprié, il faut savoir que la sénatrice a parlé "d'obstruction " (sic ) de la part notamment de la CNAV ( Assurance-vieillesse ).

On peut alors se dire que les médias ont raison de balancer des chiffres au doigt mouillé : 20 milliards ici, 45 mds là, etc.

En fait, je voudrais insister sur un point : si le tandem Goulet-Grandjean n'a pas été en mesure de conclure, c'est par prudence méthodologique d'où le recours au terme de " chiffrage impossible ". Mais justement, ma conviction est qu'impossible n'est pas français !

Les deux parlementaires ont buté sur les coupables silences d'État qui sont hélas trop présents. Prenons le nucléaire. On nous aura promenés d'évaluations minorées en approximations quantifiées. Même la Cour des comptes n'a pas parfaitement été mise en capacité de chiffrer le drame de l'EPR de Flamanville. Il a fallu, comme toujours avec cet État social-démocrate agonisant, attendre que la situation soit fort complexe pour que l'on donne les moyens de travailler à Jean-Martin Folz qui vient de remettre un rapport tristement accablant loin des coups de menton que donnaient Madame Anne Lauvergeon au temps de sa splendeur désormais contestable, pour ne pas dire plus.
Moins de trois personnes auront coûté, par leurs erreurs stratégiques, plus de 5 milliards d'euros.

Pour la fraude sociale, Nathalie Goulet verse au débat le cas d'une personne qui a effectué 70 reconnaissances de paternité avec la kyrielle d'aides sociales qui en découle.

Nous vivons un pays inouï où une carte bleue a une durée de vie limitée, une carte nationale d'identité aussi. Idem pour votre passeport. Mais rien pour la carte vitale qui de ce fait s'auto-expose à la fraude surtout lorsqu'elle est dépourvue de photo d'identité.

Près de 5 millions de cartes vitale poseraient problème.

Quant le président Macron cherche des pouillèmes avec ces 5 euros sur les APL, il laisse seules face aux mauvais vents deux parlementaires intrépides qui auraient pu faire avancer la situation.

Un jour le tandem Goulet-Grandjean devra être aussi soutenu que Folz. C'est grotesque de penser que des serveurs informatiques de la CNAV sont pilotés et muselés par des fonctionnaires d'État qui subissent et finissent par plier. Probablement à leur corps défendant.

Il parait que le silence est d'or. C'est la règle chez certains types de bandits.

Parfois, on dit aussi que le libéralisme est la loi de la jungle. Brillant raccourci d'archéo-keynésiens souvent rémunérés par la sphère publique. Pour ma part, je suis heurté d'apprendre par les deux parlementaires que 28% des personnes éligibles à telle ou telle aide ne sont pas mises en capacité d'en bénéficier.

Près de 30% hors-cible : bravo Messieurs les socio-démocrates ! Et parmi les plus fragiles de notre Nation. Et parallèlement, une fraude organisée et enkystée faute de travail sérieux comme le réclame Charles Prats avec autant de vigueur que de lucidité.

Au terme de ce chiffrage impossible, une phrase me revient à l'esprit. Elle fût écrite par l'économiste Alfred Sauvy : " Décidément, l'économie c'est la science du sordide ". Oui, il avait vu juste sur plus d'un aspect de notre vie collective. Ce dossier noir de la fraude sociale est tristement éclairant au pays des Lumières.

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