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France / Ukraine : 1/1 Qualification Coupe du Monde 2022. Les bleus commencent sur une fausse note
France / Ukraine : 1/1 Qualification Coupe du Monde 2022. Les bleus commencent sur une fausse note
© Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Football

France Ukraine : Fausses notes bleues sur un océan d’ennui

Pour leur premier match des éliminatoires, les Bleus ont calé médiocrement contre l'Ukraine. Malgré un but splendide de Griezmann en première mi-temps, sans idées individuelles ou collectives, ils ont été rejoints sur un but marqué par Kimpembe contre son camp. La France et l'Ukraine ont fait match nul (1-1) dans le cadre de cette rencontre pour les qualifications pour la Coupe du monde 2022.

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez est entraîneur de tennis et préparateur physique. Il a coaché des sportifs de haut niveau en tennis. 
 
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Il parait que c'est l'printemps... C'est forcément vrai puisqu'ils le disent à la télé. Pourtant, dans cette période morose où il fait encore frisquet, où les barbiers rasent parfois les murs et où tous les jours semblent se lever du pied gauche, vous admettrez qu'il est sérieusement permis d'en douter. C'est dans cette atmosphère tristounette que l'équipe de France débutait hier soir sa campagne de qualification pour la Coupe du monde 2022... autrement dit, pendant que nos idées noires étaient à la recherche d'un sourire, Didier Deschamps, lui, recherchait autant une équipe type qu'un groupe à peaufiner.
Disons-le tout de suite, cette entrée en matière face à l'Ukraine a été particulièrement mal négociée. Un but marqué sur une frappe "enroulée frappée" limpide de Griezmann (18è), quelques éclairs de Coman et l'activité de Pavard n'auront donc pas suffi pour plier l'affaire face à des adversaires bien regroupés devant leur défense à cinq. Des adversaires globalement timorés, souvent dépassés mais repartis avec ce qu'ils étaient venus chercher : un résultat nul obtenu sur un malentendu. Le but qu'ils ont inscrit (un csc de Kimpembe à la 57è sur un tir non cadré !) a beau être aussi involontaire qu'un lapsus, il est tout autant signifiant. 
Évidemment, avec dix champions du Monde en titre sur le terrain au coup d'envoi, vous vous doutez bien que le compte n'y est pas. Loin s'en faut. C'est souvent comme ça quand une seconde période très insuffisante succède à une première peu enthousiasmante. En manque de rythme, de réalisme, d'idées, de complicité et d'agressivité, l'équipe de France, candidate déclarée à sa propre succession, n'a donc pas développé ce que l'on est en droit d'attendre d'elle. Hier soir, pour le dire simplement, si les Bleus avaient le statut, ils n'avaient pas la stature. Il faut dire qu'avec 12 tirs tentés (dont 3 cadrés), une envie en berne et une léthargie généralisée, les champions du monde n'ont pas produit grand-chose... Même pas une bonne impression. Sans jamais passer la vitesse supérieure, sans jamais se procurer une occasion franche après l'égalisation Ukrainienne, ils auront proposé jusqu'au bout une conservation aussi géante que stérile. Inutile de vous dire que le 7/1 du 7 octobre dernier face à l'équipe C de ce même adversaire paraissait bien loin au coup de sifflet final... Comme un symbole de ces insuffisances (de cette suffisance ?), la prestation d'Mbappe interpelle. Car au-delà de sa passivité et de son manque d'engagement évident sur le but encaissé, son attitude générale aura été particulièrement irritante tout au long de la soirée. Comme si ce joueur, étrangement, était aigri par le succès... Si nous le mettons autant à l'index ce matin, c'est qu'il a été à deux doigts d'aider son équipe pendant toute la rencontre et que le Mbappé d'hier soir n'avait pas grand-chose à voir avec celui de dimanche dernier. 
Alors, dans cet océan d'ennui, qui sauver ? Comme évoqué précédemment, à part Coman et Pavard, franchement, on ne voit pas. Même s'il a beaucoup raté, le premier mérite d'être cité pour son activité, ses percussions et sa capacité à casser les reins de ses adversaires directs... D'où l'étonnement relatif qui a pu suivre son remplacement par Dembélé à la 63è. On dit bien relatif, car il est évident qu'il s'agissait-là d'un choix beaucoup plus politique que sportif. On peut le regretter mais manager un groupe composé de stars dont il faut ménager les susceptibilités implique parfois ce genre de décision... Quant au second, (hors-jeu sur le but de Griezmann) c'est pour sa disponibilité, son pressing et son apport offensif qu'il mérite quelques compliments. C'est tout. Même en cherchant bien.
Évidemment, caler à ce point pour débuter les éliminatoires n'est pas très engageant pour une équipe de France pourtant grande favorite de son groupe. Ça fait tache comme qui dirait. Cela dit, elle aura l'occasion de rectifier en partie les choses dès dimanche prochain à l'occasion de son long déplacement au Kazakhstan (5600 kilomètres !). Au cœur d'un groupe également composé de la Bosnie-Herzégovine et de la Finlande, ce match nul, s'il ne compromet heureusement pas leurs chances de qualification, oblige toutefois les bleus à récupérer au plus vite ces deux points de perdus. Cette mésaventure nous rappelle combien les éliminatoires ont, de toutes époques, toujours été délicats à négocier pour eux et combien ces épreuves d'endurance n'ont jamais rien d'un long fleuve tranquille.  
Même si ce match ne nous aura pas aidé à passer une bonne soirée, comme toujours, ça nous fait quand même des choses à raconter... Et ce matin, sur les réseaux sociaux, au boulot, pour les copains qui s'en foutent plus ou moins, ou encore pour la compagne qui n'a pas voulu voir le match parce qu'elle a préféré faire autre chose dans la pièce d'à côté (en faisant trop de bruit quand même), chacun ira de son petit commentaire, bienveillant ou acide, de son petit résumé. Un exercice aussi délicat qu'illusoire car essayer de retranscrire, de restituer l'ennui ou la saveur des émotions qui naissent d'un match, de la beauté d'un geste ou d'un but est quasiment peine perdue. S'il s'agissait de parler d'amour, le résultat serait identique. Pourquoi ? Parce que tout récit est une déperdition, parce que les sentiments éprouvés les plus futiles ou les plus prégnants sont quasiment inexprimables et donc en partie perdus à jamais. Au mieux, par quelques paroles, quelques gestes ou onomatopées, nous ne pouvons en restituer que leur abstraction, certains détails, certaines généralités. Et au fur et à mesure que l'on écrit ou que l'on raconte aussi mal que l'on mime, on sent cette impuissance, cette frustration à ne pas pouvoir restituer un réel qui ne date pourtant que d'hier. 
Et nous voilà coincés entre deux impasses : notre incapacité à capturer le présent dans son ensemble et notre impossibilité à le restituer à une autre personne. Au fond, le supporter, le passionné, le journaliste ou l'amoureux transi se cognent tous la tête contre le même mur : comment exprimer l'incommunicable ?
À dimanche prochain.

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