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Crédits Photo: FRANCK FIFE / AFP
France Portugal Ligue des Nations

Ligue des Nations

France/Portugal : 0/0, voyage au bout de l'ennui

Face au tenant du titre, les Bleus n'ont pu faire mieux qu'un (petit) match nul au Stade de France. Ce matin, ils restent deuxièmes du Groupe 3, devancés par le Portugal à la différence de buts.

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez est entraîneur de tennis... et préparateur physique. Il a coaché des sportifs de haut niveau en tennis. 
 
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Depuis la dramaturgie exceptionnelle d'un certain soir de juin 1984, les matchs qui opposent la France au Portugal possèdent une saveur toute particulière et convoquent l'histoire. Tandis que certains souvenirs se parent de la plus belle des nostalgies (les courses de Tigana, le but de Platoche, la moustache de Chalana, mais là je vous parle d'un temps que les moins de vingt dents ne peuvent pas connaître), d'autres plus récents (le poteau de Gignac ou le tir fatal d'Eder), nous reviennent comme un repas qui ne passe pas. Si la Ligue des Nations n'était pas le cadre rêvé pour voir l'équipe de France championne du Monde affronter l'équipe de Cristiano Ronaldo, championne d'Europe, l'affiche avait tout de même une allure folle. Entre la solennité d'une tradition à maintenir et la belle impatience qui précède les proches retrouvailles, nos cordes sensibles étaient pincées, nos espérances étaient grandes...

Seulement, à la place du match de gala souhaité, nous avons eu droit à une rencontre semblable à une bouteille de vin classée mais bouchonnée. Comme quoi il y a parfois quelques coups de pieds au cru qui se perdent... Pourtant, dire qu'il y avait du beau monde sur le terrain est un euphémisme. C'est bien simple, en plus de stars mondiales à tous les étages, les deux équipes nous avaient souhaité leurs meilleurs vieux et tous les records qui vont avec. Entre les sélections (101 pour Giroud, 112 pour Pepe, 117 pour Lloris et 124 pour Moutinho) et le nombre de buts marqués (Ronaldo 101), le moins que l'on puisse dire est que les centenaires étaient de sortie. Les deux sélectionneurs prouvant par-là, si besoin en était, que l'expérience est une richesse irremplaçable et qu'on n'a jamais mieux que ses vétérans pour renforcer une équipe. D'où l'expression que vous connaissez tous : "la fin justifie les doyens"... Malheureusement, lorsque deux équipes aussi solides l'une que l'autre se neutralisent en même temps que les défenses prennent le pas sur les attaques, le spectacle devient le parent pauvre de la soirée. Résultat, l'addition de talents exhibés hier soir aura accouché d'un match un peu ennuyeux durant lequel les deux équipes auront failli marquer en de rares occasions.

Bizarrement, malgré la présence de deux des plus grands attaquants actuels, les plus beaux gestes de la soirée furent assurément des sauvetages de défenseurs. Avec une mention spéciale attribuée à Lucas Hernandez pour une intervention exceptionnelle devant Cristiano Ronaldo. Pour le reste, quand on aura évoqué un tir de Griezmann (31e), une tentative d'Mbappe (46e), une frappe de Pogba (75e) et une autre de Ronaldo à la fin du temps réglementaire, on aura tout dit.

La faute à qui ? À quoi ? On invoquera des tas de choses pour en expliquer d'autres. Comme un manque de folie côté Bleu, d'audace, de vitesse, de jeu en première intention ou encore le système de jeu adopté... Il est vrai qu'il qu'animer un 4/4/2 en losange est compliqué quand on n'a pas spécialement la possession du ballon (50%). On parlera aussi d'une adversité de grande valeur, hyper bien organisée et dont Cristiano Ronaldo est le symbole. Voir ce joueur immense, immortalisé de son vivant, travailler autant pour son équipe aura forcé le respect. Ensuite, on déplorera l'absence d'un public capable d'aider une équipe à se sublimer autant qu'un calendrier qui en demande beaucoup à des joueurs qui ont été sevrés d'activités durant des mois avant de tomber dans les cadences infernales. Globalement, les deux équipes se seront tout partagé jusqu'au bout : le match, les points et les mi-temps. Pour la maîtrise démontrée, la première aux Lusitaniens... pour les (petites) velléités offensives affichées, la seconde aux Gaulois... Pas de jaloux.

Au final, le tableau général n'est pas noir mais gris, car il faut quand même insister sur la solidité d'une équipe de France dont le niveau moyen le plus bas est tout de même très élevé depuis des mois. Relevons également les prestations satisfaisantes d'un Pogba qui a su soigner sa rentrée en équipe de France, d'un Kante toujours précieux au milieu de terrain et d'un Lloris dont la constance est exemplaire.

Ce matin, les Bleus sont seconds du groupe 3 et le match contre la Croatie, mercredi prochain, nous en dira peut-être davantage sur une équipe de France dont on n'en sait pas toujours plus après l'avoir étudiée.

Convenons que ce France/Portugal aura tout de même été un tantinet soporifique et qu'il y a fort à parier que dans les canapés de l'hexagone les borgnes n'étaient pas les seuls à ne dormir que d'un œil. Enfin, nous pouvons être certain que le style de cette équipe de France n'a pas fini d'alimenter les débats dans les semaines et les mois à venir...

Le style... Pour finir, arrêtons-nous un peu sur cette idée. Le style... voilà mot fourre-tout, flou... En littérature, en cinéma, dans le monde de la mode comme en sport, si tout le monde en parle, personne ne sait ce que c'est. On s'en sert souvent pour désigner ce que l'on ne sait pas nommer, pour combler une sorte d'insignifiance verbale. Pourtant, pour les passionnés, le style du grand Ajax, celui du Milan de Capello, la classe et le fair-play de Scirea, des coups francs en feuille morte de Platini, d'un pénalty tiré à la Panenka ou encore celui d'un col relevé à la Cantonna renvoient à des images précises et immédiatement identifiables. On pourrait parler d'une signature, d'une marque de fabrique, d'une certaine façon de faire qui se montre à tous. Pour parler pompeusement, il s'agirait d'une exploitation particulière des possibles, d'une autre utilisation du même qui impliquerait une récurrence. Si le style évoque l'organisation ou les principes de jeu d'une équipe ou d'un entraîneur (dans ces cas-là il est choisi en tant que recherche d'efficacité et ce n'est pas Didier Deschamps qui nous dira le contraire), il est en revanche souvent synonyme d'une dimension subjective, esthétique, voire artistique, lorsqu'il concerne un joueur dans son expression technique (dans ce cas-là, on ne le choisit pas). Dans tous les cas, il est plus un moyen qu'une fin et ajoute toujours un quelque chose qui peut aller jusqu'à la poésie.

Paradoxalement, qu'il soit apprécié ou décrié, le fait même d'avoir un style semble inévitable. Au fond, on voudrait ne pas en avoir qu'on ne pourrait pas. Pourquoi ? Tout simplement parce que comme l'absence de superstition peut être assimilé à une forme de superstition, le fait de ne pas avoir de style revient automatiquement à en avoir un, même moche. 

Amis lecteurs, vous n'aurez peut-être pas totalement perdu votre temps en parcourant cet article lorsque vous aurez lu cette citation du grand Buffon qui résume tout : "Le style, est l'homme même". Que voulez-vous rajouter à ça ?

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