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©SERGEI CHUZAVKOV / AFP

Front de l'Est

Forum économique Allemagne-Ukraine : la France et l’Allemagne jouent elles les mêmes cartes ?

Ce 29 novembre, Angela Merkel prononcera un discours au forum économique Allemagne Ukraine, à Berlin dans un contexte de situation tendue en Ukraine.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Atlantico: Au regard de la situation actuelle en Ukraine, comment mesurer les positions respectives de la France et de l'Allemagne, leurs divergences et leurs convergences ? 

Cyrille Bret: En matière d’Ukraine, le couple franco-allemand a agit comme un ciment pour l’Union dans son entier, malgré les forces centrifuges.

Depuis le début de la crise en Ukraine, en 2013, les observateurs redoutent (ou espèrent) un désalignement entre Berlin et Paris. Or ce désalignement ne s'est pas produit. La Chancelière Merkel a trouvé dans les présidents Hollande puis Macron, des partenaires fidèles. La France et l’Allemagne sont à l’origine des sanctions prises contre la Russie par l’Union européenne lors de l’annexion de la Crimée en mars 2014 et en raison de l’ingérence russe en Ukraine depuis lors. C’est le couple franco-allemand qui a fédérer les Etats-membres autour de la politique de sanctions au nom du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats du continent. Pourtant, l’Europe était loin d’être unie sur la question : si la Pologne et les Etats baltes étaient hostiles à tout apaisement avec la Russie, les Etats membres proches culturellement de la Russie comme Chypre, la Grèce, la Bulgarie, etc. étaient sur des positions plus souples. Quant à la Hongrie et à l’Italie actuelle, elles prônent ouvertement une fin des sanctions par les voix de MM. Orban et Salvini. Dans les négociations de Minsk en vue d’un cessez-le-feu, Paris et Berlin ont également été unis pour réclamer un cessez-le-feu, un désarmement, un contrôle de la ligne de front par l’OSCE, une réforme de la constitution ukrainienne pour garantir les droits des citoyens russophones. Fermeté envers la Russie et exigences envers Kiev, telles ont été les priorités partagées de l’Allemagne et de la France depuis 2013.
 

Si les positions entre Paris et Berlin sont unies, peut-on réellement parler d'un alignement des intérêts entre les deux pays ? Si les intérêts français sont moindres dans le pays, comment comprendre un tel alignement ? 

L’alignement franco-allemand sur l’Ukraine vient d’un véritable esprit européen. Les intérêts de l’Allemagne pourrait la conduire à se dissocier de la fermeté française. En effet, sur le plan énergétique, la santé économique de l’Allemagne dépend d’approvisionnements bon marché en hydrocarbures russes notamment via le gazoduc Nordstream. Il n’en va pas ainsi de l’économie française où la place du nucléaire permet de réduire la dépendance à l’égard de la Russie. Sur le plan politique, l’Allemagne a des intérêts plus marqués que la France dans la région. Sa présence diplomatique est plus forte et son lien avec toute la Mitteleuropa plus fort. Mais l’Allemagne a suivi Paris dans la fermeté envers la Russie. C’est par esprit européen et par intérêt bien entendu que cette communauté d’approche s’est réalisée. L’Allemagne sait qu’elle ne peut résister seule à la puissance russe et a besoin de la puissance militaire française.

En quoi la position américaine a-t-elle pu, ou pourrait-elle modifier les bases de cet alignement ?

La position américaine sur le dossier est plus radicale que la position européenne car, quand les Etats-Unis sanctionnent économiquement la Russie, ils s’exposent à des contre-sanctions russes peu sensibles pour eux. Alors que l’Europe entre dans un cycle de sanctions et de contre-sanctions avec son principal fournisseur énergétique, un client important de son industrie agro-alimentaire et avec un débouché essentiel de son complexe pharmaceutique, les Etats-Unis ne considèrent la Russie que comme un adversaire militaire et diplomatique en Syrie, en Iran, en Méditerranée orientale et dans l’Atlantique Nord. Mener une nouvelle guerre froide contre la Russie ne nuit pas directement aux intérêts américains. Pour les Européens, les Russes sont des voisins, des clients et des fournisseurs. Ils sont sur la porte du même palier. Les Etats-Unis peuvent être tentés actuellement de suivre la présidence Porochenko sur une ligne très dure et de renforcer son dispositif militaire sur place.
Le point d’achoppement entre les Etats-Unis et le couple franco-allemand sera pour longtemps la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Pour certains responsables américains, c’est souhaitable. Mais pour les Européens, ils l’ont explicitement déclaré, ce n’est pas une perspective.

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