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L’usine Nissan de Sunderland, en Angleterre, était dans le creux de la vague en 2008.
©Reuters

Conseil d'ami

Flexisécurité : quand l’expérience britannique de Nissan prouve que l’accord national interprofessionnel peut vraiment être bon pour l’emploi

L’usine Nissan de Sunderland, en Angleterre, était au plus mal en 2008. Sa santé et sa productivité sont aujourd'hui excellentes, à raison de 510 000 véhicules par an contre 532 000 dans les cinq usines Renault françaises. Ces résultats seraient dus à une bonne gestion des relations avec les syndicats.

Jean-Louis Levet

Jean-Louis Levet

Jean-Louis Levet est économiste.

Son dernier livre est Réindustrialisation j'écris ton nom, (Fondation Jean Jaurès, mars 2012).

Il est également l'auteur de Les Pratiques de l'Intelligence Economique : Dix cas d'entreprises paru chez Economica en 2008 et GDF-Suez, Arcelor, EADS, Pechiney... : Les dossiers noirs de la droite paru chez Jean-Claude Gawsewitch en 2007, et de Investir : une urgence absolue pour la France et l'Europe à télécharger chez la Fondation jean Jaurès (en libre téléchargement).

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Atlantico : L’usine Nissan de Sunderland, en Angleterre, était dans le creux de la vague en 2008. Elle est aujourd’hui en excellente santé, mettant en avant que le secret de sa réussite vient de sa productivité (118 voitures par heure contre 45 dans l’usine Renault de Flins). Celle-ci aurait été obtenue grâce à une bonne gestion des relations avec les syndicats. Faut-il y voir un signe encourageant pour les entreprises françaises qui pourront bientôt bénéficier de l'accord national interprofessionnel ? Pour quelles raisons ?

Jean-Louis Levet : Le cas de l’usine Nissan de Sunderland située dans le nord-est de l’Angleterre est intéressant car son succès repose sur un ensemble de facteurs complémentaires, indispensables pour tout site automobile performant : d’abord le plus important, l’innovation et son succès commercial avec le modèle du Qashqai (un modèle crossover) et sa version compacte, le Juke mise en production en juillet 2010 ; l’organisation de la production misant sur la réduction maximale de tout gaspillage d’énergie, de mouvement et de temps ; une automatisation flexible avec par exemple des petits robots filoguidés qui apportent les pièces afin qu’elles soient assemblées rapidement ; un dialogue social permanent avec notamment des négociations salariales tous les deux ans ; de plus, une localisation dans un territoire qui a subi les fermetures des mines de charbon et des chantiers navals dans les années quatre-vingt et donc où la création d’emplois nouveaux est vitale pour le territoire et sa population.

En France, l’accord signé en mars dernier chez Renault, confronté à une baisse de ses ventes, après plusieurs mois de négociation entre direction et organisations syndicales, prévoit à la fois une réorganisation du temps de travail, une modération salariale et le maintien de la production sur les sites français pour les quatre prochaines années : donc un accord équilibré. D’un côté les salariés travailleront 6,5% de plus pour un salaire identique, de l’autre, la sécurisation de l’emploi pour tous les salariés de Renault et la possibilité redonnée aux sites de production français de se voir affecter de nouveaux produits, à la condition bien entendu que le constructeur français innove. Donc à la fois une compression des coûts pour résister à la crise et un pari sur l’avenir par l’innovation.

Plus globalement, l’accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier dernier sur la sécurisation de l’emploi signé par le Medef, la CGPME et l’UPA et trois organisations syndicales (CFDT, CFTC et CGC) combine davantage de flexibilité pour les entreprises (accords de maintien dans l’emploi, mobilité interne, refonte des procédures de licenciements) avec de nouveaux droits pour les salariés (accès élargi aux mutuelles, droits rechargeables au chômage, limitation des temps partiels subis, favoriser les parcours professionnels des salariés). C'est très important dans une période où le chômage de masse et la précarité ne cessent d’augmenter et où bon nombre de PME sont confrontées à une baisse considérable de leurs marges.

D'ici là, l’accord de compétitivité signé en mars avec les syndicats permet-il à Renault d'envisager l'avenir plus sereinement ?

Oui, compte tenu de ce que nous venons de dire. Mais deux facteurs clés doivent être au rendez-vous à moyen et long terme : la créativité du groupe se traduisant par le succès de nouveaux modèles et la croissance de la zone euro, ce qui signifie une stratégie résolument focalisée sur l’investissement. Les usines françaises retrouveront leur compétitivité si elles tournent à 100%. En dessous, le poids des frais fixes constitue un handicap de taille.

Qu'en est-il des autres grands secteurs industriels français? L'accord interprofessionnel va-t-il favoriser l'adaptation des entreprises et des employés aux évolutions économiques à venir ? En quoi ?

D’une façon générale, l’ANI mise sur la nécessité d’anticiper afin de ne pas subir les évolutions conjoncturelles négatives. En France, l’adaptation sous contraintes par les plans sociaux a très souvent primé sur l’anticipation des mutations et des restructurations désormais permanentes. Il est de l’intérêt des dirigeants d’entreprise et des salariés que le processus d’information-consultation s’appuie sur une base d’informations économiques et sociales passées et prévisionnelles. Il vaut mieux étudier une situation difficile qui se prépare que d’y répondre en catastrophe. Dans ces cas là, ce sont toujours les salariés qui trinquent et les cellules dites de reconversion laissent souvent sur le carreau bon nombre de salariés : le temps passant, les médias ne s’intéressent plus à ce qu’ils deviennent.

Il reste que la situation est aussi différente suivant les secteurs. Des secteurs comme par exemple celui des transports aériens, ou encore ceux du ferroviaire, de l’aéronautique ou de l’énergie, bénéficient d’une croissance mondiale forte, tirée par celle des pays émergents. Le dialogue social doit y être tout aussi important, il bénéficie cependant d’un environnement économique plus favorable.

Le gouvernement peut-il gagner le pari du dialogue social ?

De nombreuses études empiriques ont montré que le dialogue social est un facteur clé de la compétitivité d’une nation, compétitivité au sens où celle-ci contribue au bien-être social et à la réduction des inégalités. La France doit développer cette pratique du dialogue social. Certes il y a des intérêts divergents entre les différents acteurs de l’entreprise ; pour autant, sans solidarité économique, a fortiori dans une période de transition très difficile entre notre modèle des Trente Glorieuses et celui d’un nouveau régime de croissance fondée sur une économie de la qualité et des services rendus à fort rendement énergétique, il ne peut y avoir de redressement économique durable. L’ANI constitue un premier exemple de dialogue social ; il s’agit maintenant que celui-ci se poursuive avec les autres grands dossiers qui nous attendent (retraite, formation professionnelle, etc).

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