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©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Urgence sanitaire

Face à la Covid-19, finissons-en avec l’amateurisme public ! Le diagnostic implacable de fonctionnaires de la santé

Après la crise des masques au début de la pandémie, le gouvernement a été vivement critiqué ces dernières semaines sur la lenteur de la stratégie vaccinale. Deux hauts fonctionnaires du secteur sanitaire ont tenu à réagir face à la gravité de la situation en signant cette tribune.

Jean X.  et Daniel Y.

Jean X. et Daniel Y.

Jean X. et Daniel Y. sont des hauts fonctionnaires du secteur sanitaire que la gravité de la situation pousse à prendre la parole.

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Agents des administrations sanitaires, nous observons avec consternation une administration sanitaire à la dérive. Animés par l’esprit de devoir que nous devons à nos concitoyens, nous ne pouvons rester muets.

La France est une grande nation en matière d’expertise scientifique et sanitaire, reconnue jusque-là sur les plans européen et international. Le spectacle actuel de la gestion désastreuse de la crise sanitaire n’en est que plus cruel et désolant.
Si les premières semaines après l’émergence du virus chinois se sont appuyées sur une organisation méthodique de la veille et de la réponse sanitaire, un processus implacable de désorganisation de l’appareil de l’État est à l’œuvre depuis fin février. Loin d’être délibéré, il est le symptôme d’un amateurisme flagrant en matière de décision publique.

Alors qu’il est demandé aux agents du ministère de la santé de travailler d’arrache-pied, de l’extérieur l’administration semble comme en état de sidération. A l’image du rongeur dans sa roue, les ordres et contre-ordres l’épuisent sans pour autant faire avancer la préparation du pays à la crise. 

Dès le début, et de toute ses forces, la direction générale de la santé a tenté de conserver la direction de crise au lieu de donner les orientations sanitaires et laisser leur mise en œuvre opérationnelle aux ministères experts en gestion de crise que sont l’Intérieur ou encore les Armées. Nul besoin d’un bataillon de cabinets de conseil pour savoir que la logistique ne peut que précéder l’action.

L’exclusion des services de Bercy dans le dispositif a également été une occasion manquée. L’acmé de cette situation ubuesque fut la charge du ministre de la santé contre les acteurs de la grande distribution qui, en anticipation du déconfinement de mai, avaient réussi à se procurer des masques à destination du grand public.

Durant cette crise, ce sont également les territoires qui ont souffert de ces organisations hasardeuses. Nos collègues ont souvent été livrés à eux-mêmes sans directives, ou à l’inverse avec des notes déconnectées des réalités des besoins du terrain qui arrivaient le jour pour le lendemain, voire plusieurs semaines après une annonce ministérielle. Comment construire avec les élus locaux lorsque l’État territorial n’est pas même dans la confidence des décisions prises ? Comment s’organiser avec les acteurs de terrain et les professionnels de santé lorsqu’on apprend des directives en direct des plateaux télévisés ?

Comme si les expériences n’avaient plus valeur d’enseignement, l’amateurisme a perduré au fil des crises : la pénurie de masques et le manque de transparence ; le fiasco de la stratégie de tests, au départ rejetés, sacrifiée sur l’autel de la politique du chiffre dans l’obsession de communication de « faire mieux que l’Allemagne » ; les contrôles tatillons contre les entreprises, comme un plaisir méchant ; le deuxième confinement qui a consacré Ubu Roi et sa liste de produits essentiels ; l’excès de normes, les cohortes de comité théodule, le surplus de règles excessives ; enfin le retard pris sur la campagne de vaccination et un virage à 180° réalisé en quelques jours. La faute à la bureaucratie diront certains. Peut-être. Mais l’administration met en œuvre une politique. Et cette politique refusait jusqu’à son volte-face récent, sous la pression du débat public, la création des fameux centres de vaccination. Il faut dès lors tout reconstruire sur cette hypothèse alors que nous avions des mois pour préparer cette campagne de vaccination, seule à même de nous sortir durablement de la crise.

Lorsqu’en Une du Journal du Dimanche c’est la foudre olympienne qui s’abat sur une technocratie incapable, la ficelle apparaît un peu grosse. Une telle mise en scène peut prêter à sourire quand on connaît la proximité directe entre certains directeurs généraux d’administration centrale avec l’Élysée, sans s’embarrasser de l’intermédiaire du ministre. Jamais la ligne de partage entre la haute administration et le politique n’a en réalité été aussi ténue.

Aujourd’hui, si la Covid-19 a mis en lumière des faiblesses dans nos organisations par temps de crise, elle a surtout été le révélateur cruel de décisions prises à la hâte, fréquemment contradictoires, au gré des sondages, souvent sans vision stratégique.

Nous avons voué nos vies et nos carrières au service de la santé des Français. Si nous pouvons prendre notre part de responsabilité, il serait inconcevable de nous faire porter le chapeau de mauvaises décisions ou d’arbitrages non pris faute de courage politique.

La vaccination de la population contre la Convid-19 est une étape décisive pour sortir de la crise. Finissons-en avec l’amateurisme, la France mérite mieux que la deuxième division.

Jean X. et Daniel Y. sont des hauts fonctionnaires du secteur sanitaire que la gravité de la situation pousse à prendre la parole.

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