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Le passe sanitaire a été prolongé au 28 février 2022.
Le passe sanitaire a été prolongé au 28 février 2022.
©Pascal GUYOT / AFP

Etat d'urgence permanent

Extension du pass sanitaire : pourquoi les risques d’accoutumance aux restrictions de liberté sont loin d’être virtuels

Les sénateurs ont ramené au 28 février 2022 la fin du passe sanitaire, et non au 31 juillet comme le souhaitait le gouvernement. Mais cette prolongation n'est pas sans risques.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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Atlantico : Après son instauration cet été, le passe sanitaire est prolongé cela jusqu’au 28 février 2022. Y a-t-il un risque d’accoutumance aux restrictions de liberté ?

Nathalie Meyer : L’accoutumance est déjà là… Nombreuses sont les personnes qui considèrent le pass sanitaire comme dispositif vertueux, généreux, solidaire. Elles présentent le fameux sésame en pensant faire un geste citoyen qui a une connotation positive pour la collectivité.

Le pass sanitaire n’est pourtant pas une arme si efficace que cela pour lutter contre l’épidémie. D’une part, du point de vue de son application et des contrôles, on observe de nombreux « trous dans la raquette » - une forme d’Absurdistan qui en réduit la logique et l’efficacité sanitaire, à supposer qu’il en ait une.

Or il semblerait bien que les personnes vaccinées, effectivement protégées contre les formes graves de la maladie, sont néanmoins susceptibles de transmettre le virus du Covid19. Dans ces conditions - qui demandent à être éclaircies, je vous l'accorde - on voit mal à quoi il sert.

Doit-on craindre que cette stratégie, efficace sur le plan sanitaire, soit étendue à d’autres sujets ?

Comme je viens de vous le dire, l’efficacité du pass sanitaire dans la lutte contre la pandémie n’est nullement prouvée.

En revanche, il est certain que ce dispositif de coercition peut préparer la population à d’autres mesures du même type. C’est une pente glissante en direction de la réduction des libertés, donc extrêmement dangereux. On a d’ailleurs vu des députés ou des sénateurs faire des déclarations hallucinantes à ce propos, sur le fait que l’on pourrait étendre ce système de contrôle à d’autres événements pour maîtriser d’autres pandémies, d'autres comportements non souhaitables.

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On se rapproche peu à peu d’un contrôle social à la chinoise, qui n’a plus aucun rapport avec la réalité de la pandémie, qui s’avance masqué derrière le doucereux prétexte d’assurer la protection des individus, qui joue sur les peurs, génère de la dépendance chez les citoyens et n’a que faire des libertés publiques.

Rappelons que pour Anne Genetet, député LREM, "le pass sanitaire a été mis en place dans le cadre d’une loi d’urgence, et il a démontré son efficacité. Aujourd’hui, il pourrait rentrer dans le droit commun, comme le carnet de vaccination pour les enfants ou le permis de conduire, c’est-à-dire comme un outil qu’on doit avoir sous la main, et qu’on peut sortir en cas de besoin."

À partir de là, tout est envisageable, et le pire ne peut pas être exclu. Le gouvernement envisageait récemment de conditionner la validité du pass sanitaire à une troisième dose de vaccin dont la nécessité demande encore à être prouvée.

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Par le passé, a-t-on déobservé cette installation de mesure d'exception dans la loi courante ?

Dans un passé récent, l’état d’urgence terroriste de 2015 a bien été intégré dans le droit commun par Emmanuel Macron en 2017. Durant la campagne électorale pour la présidentielle de 2017, plus il était loin d’accéder au pouvoir, moins il était en faveur du maintien de l’état d’urgence, et plus il se rapprochait du pouvoir, plus il était pour. Après son élection, il y a presque cinq ans, il a intégré les dispositions les plus marquantes de cet état d’urgence dans le droit commun.

Autrement dit, des dispositions d’exception qui aboutissent à la réduction des libertés sont bel et bien entrées dans le droit commun. Même si elles ont été annoncées comme ne devant servir que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, elles sont là et on peut être sûr qu’elles serviront.

Du reste, en 2015, l’état d’urgence terroriste qui comprend des assignations à résidence a été utilisé par François Hollande afin d’empêcher un certain nombre d’écologistes radicaux de venir perturber sa précieuse COP 21 sur le climat qui se tenait à Paris en décembre 2015. Rien à voir avec la menace terroriste, donc, et pourtant …

Aujourd’hui, un risque politique fort pèse sur les citoyens car le droit commun comprend de plus en plus de dispositions qui sont en réalité des mesures d’exception.

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