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©LUDOVIC MARIN / AFP

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Européennes : le Centre dans tous ses états

Alors que Les Centristes de Hervé Morin ont choisi de s'allier avec les LR, pendant que le Modem est intégré à la majorité, tout comme Agir ou certaines personnalités des LR comme Jean-Pierre Raffarin, l'UDI semble faire le choix d'une position indépendante.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, « Territoires du politique ». Il a publié une dizaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à l’analyse localisée de la vie politique mais également à l’histoire politique sous la Vè République. Le dernier, à paraitre début octobre 2019, est un livre d’entretiens réalisés avec Philippe Madrelle qui fut président du département de la Gironde pendant 36 ans et parlementaire plus de 50 ans.

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Atlantico Comment comprendre ces différentes variations autour du centrisme ? Au-delà de l'opportunisme politique, quels sont les moteurs profonds de ces choix ? 

 Jean Petaux : Je pourrais vous répondre : « des choix profondément opportuns » mais cela ne serait pas très charitable. Plus que l’opposition entre des orientations politiques, des clivages socio-économiques, les querelles de personnes, les mésententes, mais aussi les trop grandes proximités, ont souvent joué un rôle majeur dans la construction, au sein des partis du Centre, de clans, de groupes antagonistes, de fractions dissidentes, etc. Cela n’a rien de nouveau. En 1969 par exemple, une partie de l’ex-MRP, le grand parti chrétien-démocrate qui se forme au sortir de la seconde guerre mondiale, se scinde en deux groupes rivaux : le CDS (Centre des Démocrates Sociaux) dirigé par Jean Lecanuet, candidat contre de Gaulle à la première présidentielle au suffrage universel fin 1965 et, d’un autre côté, très minoritaire, le PDM (Parti Démocratie Moderne) dirigé par des personnalités qui se rallient à Georges Pompidou derrière Jacques Duhamel par exemple (le père d’Olivier Duhamel, professeur de Droit constitutionnel, actuel président de la Fondation nationale des Sciences politiques. On pourrait, même s’il ne s’agit pas cette fois des chrétiens-démocrates, dire la même chose des radicaux-socialistes qui ont sous la IVè République parcourus de haines recuites entre des personnages comme André Mayer ou André Morice d’un côté, et, de l’autre un Pierre Mendes France ou un Maurice Faure. Pour ce qui concerne la situation des actuels centristes c’est vrai que son l’on regarde ce que fait Hervé Morin, ses choix et ses ralliements par exemple à la liste Bellamy  pour les européennes, on peut avoir le sentiment que ce qui le guide à tout prix c’est la recherche d’une maximisation de ses gains politiques à partir d’une mise initiale relativement faible. On peut ainsi se demander si les convictions européennes d’Hervé Morin, allié de circonstance à Laurent Wauquiez.

 

Pourrait-on également expliquer ces décisions par les structures, aussi bien sociologiques que territoriales des différents électorats qui composent le centrisme ? 

 Incontestablement… Il y a, par exemple, dans le sud-ouest une tradition radicale-socialiste qui est encore bien réelle de nos jours.  Les quelques centristes venus en politique sur cette opposition à de Gaulle que l’on connait et qui va s’incarner dans la figure d’un jeune et brillant professeur de philosophie, lui-même résistant, originaire de Rouen, Jean Lecanuet, étaient opposé à de Gaulle au plan national, mais se retrouvaient, à Bordeaux, aux côtés de Jacques Chaban-Delmas au sein du conseil municipal. En fait le centrisme se caractérise par une « plasticité » forte qui lui permet de se « couler » dans des configurations politiques très différentes, selon les situations, les contextes, les histoires de tel ou tel territoire… . A Bordeaux par exemple avec le départ du fauteuil de maire d’Alain Juppé pour le Conseil constitutionnel, le MODEM a réaffirmé son alliance avec LR et le nouveau maire, Nicolas Florian, toujours adhérent au parti « Les Républicains » et secrétaire général adjoint du parti de Valérie Pécresse. Alors qu’au plan national le MODEM soutient l’exécutif et fait partie de la majorité à l’Assemblée nationale.

 

Quelles sont les valeurs, les lignes politiques, perçues chez LREM ou LR par les centristes, qui justifient ces choix ? 

Les valeurs sont plurielles, et leur expression tient à tel ou tel statut, à telle ou telle configuration politique locale, régionale, nationale voire européenne. Cela ne veut pas dire que les valeurs affichées sont de purs alibis, ou des « toges prétextes » et que les gens qui se réclament de tel ou tel territoire pour défendre leurs idées le feraient par cynisme et/ou par esprit manipulateur exacerbé. Les valeurs que recherchent les centristes sont bien connues : le travail, l’Europe, la liberté d’entreprendre, l’école laïque et obligatoire mais surtout le « libre choix » de l’école entre publique et privée. Il est donc normal que certaines de ces valeurs se retrouvent dans le corpus idéologique de LREM ou de LR. Pour autant, la campagne européenne risque clairement de « cliver » les positions des uns et des autres rendant chaque fois plus compliquées les retrouvailles. Sauf à décréter la « séparation » des situations et à abaisser des cloisons étanches entre « national » et « local », comme dans des coques de paquebots ou de super-cargos. Dispositif idéal « anti-naufrage ». Encore que l’on a vu ainsi le Titanic, équipé de ce dispositif, sombrer corps et bien lors de son voyage inaugural… A bon entendeur (centriste) salut !

 

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