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Et si l’ardoise laissée par le loup revenait au ministère de la Transition écologique et solidaire ?

Aujourd’hui, ce sont les agriculteurs qui paient l’essentiel de la facture du coût du loup en France. Alors que les décisions sont prises au ministère de la transition écologique et solidaire...

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture.

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Selon les derniers chiffres officiels connus, le coût du loup en France ne cesse d’augmenter. Il s’agit d’indemniser les éleveurs dont les troupeaux sont victimes d’attaques, mais aussi de financer des mesures de protection pour le moins élevées. Pour l’année 2016, l’ardoise était précisément de 3,2 millions d’euros pour les indemnisations, et largement supérieure à 25 millions d’euros (dernier chiffre officiel : 23 millions d’euros en septembre) pour les mesures de protection.

Ces dernières ont vu leur coût exploser, puisqu’il était de 1,8 million d’euros en 2004, 3,2 millions en 2005, 7,4 millions en 2010, 14,7 millions en 2014... Et donc un chiffre avoisinant les 26 millions d’euros pour 2016 !

Le pastoralisme en danger

De quoi s’agit-il en fait ? Bien que des statistiques parfaitement fiables manquent, il apparait clairement que le nombre d’individus (de loups) a grandement augmenté ces dernières années. Selon la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) Rhône-Alpes, nous serions passé de 55 individus en 2004 à 360 en 2017, il ne s’agit cependant pas d’un comptage sur le terrain, mais par rapport aux victimes recensées (et il arrive que, dans le doute, des victimes soient attribuées à des chiens errants). Au-delà de la précision des chiffres toutefois, la tendance est là.

Le discours des bergers et autres gardiens de troupeaux consistent à dire que la pratique du pastoralisme est en danger. Le pastoralisme, ce sont ces troupeaux libres dans de grands espaces montagneux, qui évitent leur transformation en friches, pour conserver d’agréables paysages. Pour que vivent ces troupeaux, il faut une activité économique, les bergers vendent le lait des brebis ou des chèvres et sont des éleveurs comme les autres d’un point de vue économique. Or le loup change la donne.

"Au fur et à mesure que les attaques se sont multipliées sur les troupeaux, il a fallu s’organiser, explique Christine Valentin, présidente de la Chambre d’agriculture de Lozère et en charge du dossier "montagne" à l’APCA (assemblée permanente des chambres d’agriculture). Ce qui signifie poser des clôtures, organiser des brigades loup (Ndlr : des rondes menées par plusieurs chasseurs près des troupeaux, avec uniquement des tirs de défense autorisés), embaucher des gardiens de troupeau pour ne jamais laisser les animaux seuls..." C’est toute cette liste que l’on appelle les "mesures de protection".

Après les arguments humains, place au portefeuille

La tendance sociétale étant au respect de la biodiversité et donc à apprécier la présence du loup, le combat des bergers pour obtenir leur éradication a échoué, l’espèce reste protégée par la convention de Genève, et l’augmentation des effectifs n’a été prise en compte que pour un nombre limité de tirs depuis 2004. Pour autant, puisque cohabitation il doit y avoir, celle-ci doit s’opérer aussi en tenant compte de leur présence et de celle des troupeaux, lesquels participent aussi (certains diront "davantage") à cette biodiversité à travers leur présence et aussi par leur travail sur le paysage, les pâtures des estives étant tout de même plus belles à voir que des friches. Or, jusqu’à présent, les arguments humains des bergers n’ont pas été entendus : leurs nuits blanches passées près des troupeaux, leur stress et celui des autres animaux du troupeau après une attaque, etc. Tout cela n’a jamais été pris en compte.

D’où l’idée d’aller toucher au portefeuille. Aujourd’hui, les indemnisations sont réglées par le ministère de la Transition écologique (soit 3,2 millions pour 2016), mais les mesures de protection (26 millions) reviennent à celui de l’Agriculture. 26 millions qui font partie de l’enveloppe globale de près d’un milliard d’euros que le gouvernement précédent a oublié d’inscrire au budget (lire l’épisode précédent). Dans le plan du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert de combler ce trou de presque un milliard, près d’un tiers devrait venir du premier pilier de la Pac, comprenez de la partie "aides à la production" dont bénéficient essentiellement les céréaliers mais aussi certains laitiers. Or, la ligne "mesures de protection loup" figure dans ce transfert du premier au second pilier de la Pac ; en d’autres termes, non seulement les bergers, mais en fait tous les agriculteurs doivent payer aujourd’hui les décisions favorables au loup.

Au niveau des Chambres d’agriculture, le raisonnement est le suivant : puisque que c’est le ministère de la Transition écologique qui est à l’origine de ces mesures, qui est responsable du dossier, alors c’est à lui de les régler. Cela ferait autant de moins à la charge des agriculteurs, en cette période de crise qui n’en finit plus.

Avec derrière une autre idée : si le ministère de la Transition écologique trouve cela trop cher, alors qu’il se demande comment font les bergers avec leurs revenus...

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