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Pour Anglea Merkel, la coexistence avec un François Fillon se révélerait beaucoup plus compliquée qu'une coexistence avec Alain Juppé.
Pour Anglea Merkel, la coexistence avec un François Fillon se révélerait beaucoup plus compliquée qu'une coexistence avec Alain Juppé.
©TOBIAS SCHWARZ / AFP

Suspense...

Et pendant le grand ménage de la droite, Angela Merkel brigue un 4e mandat... mais qui tirera les marrons du feu au niveau européen ?

L'une des principales craintes de la chancelière allemande à l'issue du premier tour de la primaire de la droite pourrait résider dans le positionnement pro-Russe de François Fillon.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Atlantico : Ce dimanche, alors qu'a lieu le premier tour de la primaire de la droite et du centre en France, Angela Merkel officialisait sa candidature à un quatrième mandat à la chancellerie. S'agit-il là d'une simple coïncidence de calendrier ? L'élection d'un président français de droite, quel qu'il soit, permettrait-il de relancer la dynamique du couple franco-allemand, dans l'éventualité où Angela Merkel serait elle-même réélue ? 

Eric VerhaegheLa question est un peu prématurée. D'un point de vue budgétaire, on peut penser qu'Angela Merkel se retrouvera dans les lignes globalement orthodoxes ou monétaristes des candidats de droite. Pour elle, l'élection d'un Juppé ou d'un Fillon constituera donc un appoint inattendu.

Reste entière, toutefois, la question de la politique étrangère. On a vu qu'Angela Merkel était profondément atlantiste et russophobe. Cette ligne n'est pas celle de François Fillon, qui prend ici la dimension du plus plausible prochain président de la République, porté par une vague venue de la base. Pour Merkel, la coexistence avec un Fillon se révélerait beaucoup plus compliquée qu'une coexistence avec Juppé. A de nombreux égards, pour l'Allemagne, il serait plus compliqué d'avoir un président monétariste mais russophile qu'un président français moins rigoureux budgétairement, comme Alain Juppé, mais plus atlantiste. La gestion de la situation sera en effet plus compliquée pour elle. En outre, Angela Merkel ne semble pas avoir entendu le mouvement global qui se dessine d'un renouvellement profond du personnel politique. Nous assistons quand même à des changements majeurs un peu partout, en France y compris. Il serait surprenant que l'Allemagne ne soit pas touchée par le phénomène même s'il est vrai que la technique de l'union nationale et du gouvernement qui va avec épuise autant la gauche que la droite. 

Dans quelle mesure pouvons-nous comparer la droite allemande, dont Angela Merkel est la chef de file, et la droite française ? Y-en-a-t-elle une plus stable que l'autre ? Font-elles face aux mêmes difficultés ? 

C'est évidemment une croyance très française que de miser sur l'existence de l'Allemagne, qui est un fake historique. Il suffit d'écouter les Bavarois parler des Prussiens pour comprendre que l'Allemagne est infiniment divisée entre ses régions. La cohésion idéologique a très peu de sens outre-Rhin. Elle passe après des marqueurs différents, très moraux d'ailleurs, qui effraieraient beaucoup de Français. Il faut entendre les chrétiens bavarois de la CSU parler de la place des femmes dans la société pour comprendre ce que cela signifie: gauche et droite se divisent peu sur les fondamentaux économiques, mais s'affrontent plus volontiers sur des questions de société. C'est quand même très différents de ce qui se passe en France où la droite se divise aussi sur les questions économiques.

Sur le fond, la droite allemande procède d'une autre vision que la droite française. En France, être de droite est un équilibre parfois compliqué entre des familles très différentes. En Allemagne aussi, au moins en partie, mais il existe un substrat idéologique commun à la droite allemande: le dogme de la monnaie forte, de la puissance économique allemande, qui n'a pas cours en France. Rappelons que l'Allemagne est née en 1870 de deux actes majeurs: l'extension de la zone mark au territoire allemand proche de celui d'aujourd'hui, en 1870, et la proclamation du Reich à Versailles. Sans l'écrasement de la France, l'Allemagne n'existe pas, et la droite allemande encore moins. Cette leçon mériterait d'être répétée et étudiée calmement en France.

Selon un sondage de l'institut Emnid paru ce dimanche, 55% des Allemands souhaitent qu'Angela Merkel reste chancelière, soit 5 points de plus qu'en août. Sa réélection est-elle réellement envisageable, compte tenu des réactions hostiles qu'elle a pu susciter à cause de sa politique migratoire, et alors que son propre parti, la CDU, n'est crédité que que de 32 à 33% des intentions de vote (dix point de moins que lors de l'élection de 2013) selon l'hebdomadaire Die Zeit ? Par ailleurs, cette réélection est-elle souhaitable à la fois pour l'Allemagne, mais également pour l'avenir du projet européen ? 

L'événement Fillon d'hier soir nous montre, s'il en était encore besoin, que des sondages menés à un an des élections sont nuls et non avenus. Si Angela Merkel s'y fie, elle a bien tort. Sur le fond, la situation mondiale est en train de changer à une vitesse accélérée, et personne ne peut savoir à quoi ressemblera l'Allemagne de septembre 2017. Ainsi va le monde! Nous assistons à une accélération de l'Histoire. Dans ces conditions, laissons le temps à l'élection de Trump de produire ses premiers effets en Europe. Laissons le temps à l'élection française de produire ses autres premiers effets, et nous en reparlerons.

Sur le fond, j'ai par ailleurs toujours pensé que Merkel était un produit toxique pour l'Europe. La chancelière allemande pratique un germanocentrisme assumé en Europe, qui manque d'imagination et de souffle. En ce sens, Merkel est très prussienne. Elle n'a aucun panache. Elle compte les intérêts prussiens à court terme et les défend sans état d'âme, asséchant l'Europe comme une vieille éponge. L'Allemagne gagnerait à changer de monture, si les Allemands veulent éviter de mauvaises surprises dans les années à venir. Nous sommes, en effet, allés très loin dans la soumission de l'Europe à l'Allemagne et rien ne nous prouve que les peuples européens pourront rester longtemps très patients vis-à-vis de cette politique hégémonique. 

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