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Certains clients veulent plus que du sexe.
©Reuters

Bonnes feuilles

Escort girl : ce qu'elles apportent de plus que les simples prostituées

Sabrina raconte sa vie d'escort girl et le chemin qui l'a menée jusqu'à la prostitution volontaire. Extrait de "Escort" (2/2).

Sabrina Sabrina

Sabrina Sabrina

Sabrina est une escort girl.

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GFE ? Est-ce que vous savez de quoi il s’agit ? C’est un terme qu’il importe de connaître quand vous voulez jouer les escorts, une notion importante qui permet de satisfaire les demandes de certains clients, souvent généreux et intéressants. GFE, c’est-à-dire Girlfriend Experience, comme le titre du film de Steven Soderbergh. Certains clients souhaitent vivre plus que des relations sexuelles. Ils veulent que vous vous comportiez comme leur petite amie, que vous passiez du temps avec eux, que vous les accompagniez dans leurs voyages, leurs loisirs, leurs activités, que vous partagiez leur table, leur appartement, et pas seulement leur lit. L’intitulé « escort » laisse supposer que ce type de demande serait la norme et les rapports sexuels, une exception, ou une possibilité de fin de soirée hypothétique. C’est évidemment l’inverse qui se passe. Il est rare de se voir proposer une GFE et cela n’arrive pas à toutes les filles.

Il faut faire jeunette décontractée et pas trop bimbo outrageusement carrossée, étudiante studieuse plutôt que supernova aux appâts lunaires. Ou alors si la demande tourne plus autour de la trentenaire, il vaut mieux avoir l’air d’une secrétaire de direction, d’une artiste un rien bohème ou d’une mère au foyer en rupture de ban que d’une mangeuse d’hommes à l’allure assez chienne. Ce qu’il faut, c’est que le couple arrangé paraisse crédible et puisse faire illusion dans les situations les plus quotidiennes, à une terrasse de café, lors d’une promenade le long des quais ou dans la file d’attente d’un multiplexe de ciné.

Des observateurs attentifs peuvent toujours percer à jour ce genre de comédie. Ce n’est pas bien compliqué de pointer du doigt une forte différence d’âge, un éloignement social avéré, une différence de look criante. Mais, au-delà du fait que des couples mal assortis se marient tous les jours, ce qui compte avant tout c’est que le client y croit. D’où le talent de comédienne que doit posséder l’escort qui tente une GFE.

(...)

Il me traite comme une petite fille naïve et sincère tout en sachant pertinemment que je peux être rouée, vénale, menteuse. Il veut me voir ainsi, innocente, rêveuse, heureuse, et il est vrai que je peux le redevenir si l’on me fait confiance. Et puis, excusez du peu, c’est lui qui m’achète mes premières chaussures Chanel. Ces souliers de reine à la discrétion haut de gamme saluée par les initiés font passer pour des pouffes has been les filles en Louboutin avec leurs stilettos de 15 centimètres à rayures rouges. Après quelques rendez-vous, comme cela peut arriver dans une relation classique, on finit par faire l’amour. Je refuse le sexe anal, il n’insiste pas. Il est compréhensif. Comme il prend de la coke, il tient longtemps, ce qui parfois me fatigue. Là encore, il n’insiste pas, me propose de me faire une ligne pour que je le rejoigne dans son délire, que je sois dans le même état. Je n’y tiens pas et il me laisse décider.

Le sexe avec lui est assez agréable. J’aime surtout pouvoir lui dire ce que j’aime et ce que j’aime pas, ce que j’accepte et ce que je n’accepte pas, sans qu’il le prenne mal, sans qu’il me parle de ce que je suis censée faire pour ce prix-là. Parfois, dans la rue, il me passe le bras autour de la taille et je le laisse faire. Ou bien j’accepte qu’il me prenne la main. On a l’air de deux amoureux qui se promènent tranquillement le long des avenues. Ça lui fait plaisir et ça ne me perturbe pas exagérément. J’ai bien compris que cela fait partie du deal. En mode GFE, je ne peux pas tout avoir, l’argent, le respect, la belle vie, sans lui accorder un peu de cette tendresse pour laquelle il paye bien plus cher que pour le sexe. Et puis humainement, je l’apprécie, je le trouve charmant, attentionné, caressant. Je ne suis pas amoureuse de lui, mais j’ai de l’estime et de l’amitié pour lui.

J’accepte de l’embrasser sur la bouche, des petits bisous de-ci de-là, des smacks. Je tente d’éviter qu’il mette la langue. Il ne faut pas exagérer. Parfois, je bloque et il ne comprend pas bien. Je le sens sur le point de me faire valoir que nous ne sommes pas dans un rapport traditionnel, où la gagneuse réserve ses lèvres et son anus à son mac et où le micheton doit se contenter de se reculotter si ça ne lui convient pas et de prendre la porte sans demander son reste, sinon gare, on fait donner les gros bras. Nous évoluons dans une zone incertaine où tout se mélange, où il m’arrive de perdre pied et où il me faut parfois reprendre de la distance, restaurer un quant-à-soi menacé par ce contrat ambigu qui nous lie sans nous attacher.

Extrait de "Escort", Sabrina, (Editions Grasset), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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