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Macron n'échappera pas à cette nouvelle difficulté, même si on peut considérer que, voulant représenter le courant "ni gauche ni droite" ou "gauche et droite" soit une sorte de candidat du centre-gauche, il devrait obtenir l'aval des maires sans étiquette
©Reuters

Pari risqué

Entre Emmanuel Macron et le "système", qui est le mieux placé pour avoir la peau de l’autre ?

Alors qu'Emmanuel Macron a officialisé ce mercredi 16 novembre sa candidature à l'élection présidentielle, de nombreux obstacles risquent de se dresser sur son chemin... pas tous insurmontables.

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : Alors qu'Emmanuel Macron a officialisé ce mercredi 16 novembre sa candidature à l'élection présidentielle de 2017, dans quelle mesure pourrait-il avoir des difficultés à recueillir les 500 parrainages d'élus nécessaires à sa candidature, lui qui n'a l'appui d'aucun parti politique ?

Bruno Jeudy : C'est probablement une réelle difficulté pour Emmanuel Macron. Ça l'est aussi pour presque tous les candidats à l'élection présidentielle de 2017, sauf peut-être pour ceux qui représentent les plus grands partis : le candidat LR ne rencontrera pas de problèmes, Marine Le Pen non plus, parce que le FN a obtenu de bons résultats, notamment aux élections régionales, et il n'y aura pas de problèmes non plus pour le candidat du Parti socialiste, qui garde de nombreux relais dans les territoires.

Ce sera en revanche une vraie difficulté pour tous les autres candidats, qu'ils soient candidats de petits partis ou candidats hors parti. A ce jour, Jean-Luc Mélenchon dit lui-même qu'il a de vraies difficultés avec ses 500 signatures, Nicolas Dupont-Aignan aura également des difficultés alors qu'il est crédité de plus de 5% dans les intentions de vote, et le candidat des écologistes investi après la primaire (Yannick Jadot) admet que ce sera extrêmement compliqué pour les écologistes d'être présents à la présidentielle. Enfin, à mon sens, il n'y aura pas de candidat d'extrême-gauche compte tenu des nouvelles règles de publication mais aussi de collecte des 500 parrainages.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron n'échappera pas à cette nouvelle difficulté, même si on peut considérer que, voulant représenter le courant "ni gauche ni droite" ou "gauche et droite" - c’est-à-dire une sorte de candidat du centre-gauche -, il devrait obtenir l'aval des nombreux maires sans étiquette qui pourraient être intéressés par sa démarche hors parti.

En réponse à cette candidature, le Parti socialiste a menacé de retirer l'investiture PS pour les prochaines législatives à tous les candidats (ou ceux qui ambitionnent de l'être) qui soutiendraient Emmanuel Macron à la présidentielle. N'est-ce pas un obstacle de plus (et de taille) pour l'ancien ministre de l'Economie ?

Jean-Christophe Cambadélis veut faire peur aux députés socialistes tentés par Macron avec un sabre de bois. Le Parti socialiste n'est plus en état d'exclure quiconque : ce parti vit aujourd'hui l'une des plus graves crises politiques de son histoire, une véritable hémorragie chez les militants et a perdu des centaines d'élus depuis le début du quinquennat. Par ailleurs, le PS n'a pas mis à exécution l'exclusion de Jean-Pierre Masseret, l'ex-président du Conseil régional de Lorraine, qui s'était affranchi des menaces du PS lors du deuxième tour des dernières régionales. A ma connaissance, il figure toujours officiellement parmi les militants socialistes de Lorraine. C'est simplement la démonstration de la perte d'autorité non seulement de François Hollande mais aussi du Premier secrétaire du PS. Je vois mal Jean-Christophe Cambadélis exclure Gérard Collomb, maire de Lyon, François Patriat, ancien ministre et sénateur socialiste de Bourgogne, et bien d'autres députés et sénateurs bien installés dans le paysage politique français. 

Le Parti socialiste est aujourd'hui dans le registre des menaces et sera dans le registre classique de la non-exécution des menaces. 

Alors que la vie politique française de la Vème République est dominée par le bipartisme depuis des décennies, le mode de scrutin de la présidentielle et des législatives est-il favorable selon vous à Emmanuel Macron, qui part de zéro en termes de formation politique ?

Depuis le début du quinquennat et même depuis les cantonales 2011, on a quitté le bipartisme pour le tripartisme : le Front national est installé aujourd'hui comme la première ou la deuxième force politique du pays. Il n'est pas sûr que le PS soit encore la troisième force politique du pays. Aux élections législatives de 2017, il n'est pas certain qu'il y ait beaucoup de triangulaires car il est envisageable que les candidats socialistes soient éliminés dès le premier tour.  

Le verrou du bipartisme ou du triparisme est effectivement un obstacle à surmonter pour Emmanuel Macron, mais je ne suis pas sûr que le Parti socialiste soit forcément mieux placé dans certains endroits du territoire, vu son état de déliquescence.

Qui du système ou d'Emmanuel Macron va vraiment déstabiliser l'autre ? Quelles sont les conséquences de la candidature d'Emmanuel Macron sur le seuil de qualification au second tour de la présidentielle ? 

La difficulté pour Emmanuel Macron est de trouver un espace politique pour installer une candidature qui ne soit pas qu'une simple candidature de témoignage d'un aimable candidat centriste, mais une candidature en mesure d'accéder au second tour. Or, cet espace politique paraît aujourd'hui assez mince, au regard de l'échiquier politique : le Front national est entre 25 et 30%, le candidat LR - quel qu'il soit - sera autour de 25%, le candidat Mélenchon sera autour de 13-15%, le candidat socialiste, même si selon son identité le score peut varier, est entre 10 et 15%. Cela laisse peu d'espace à Emmanuel Macron qui va devoir tirer des bords à gauche et à droite pour élargir l'espace central et espérer dépasser les 15%. Il faut qu'il morde soit sur sa gauche soit sur sa droite. Pour cela, il a besoin, dans une situation idéale, d'être confronté à un candidat issu de la droite dure - Nicolas Sarkozy serait à cet égard le candidat idéal -, et d'avoir sur sa gauche un candidat de la gauche dure - dans ce contexte, Arnaud Montebourg serait le candidat idéal. Emmanuel Macron a dégainé sa candidature ce mercredi, avant la fin de la primaire de la droite et du centre, pour perturber la fin de cette compétition. Il l'a également dégainée avant la fin du bras de fer en coulisses entre Manuel Valls et François Hollande : l'un des deux sera candidat et devra se confronter à la primaire face à Arnaud Montebourg qu'il faudra battre et on voit dans les sondages que la compétition risque d'être plus serrée que ce que l'on a vu jusqu'à présent. 

Pour trouver son espace, Emmanuel Macron va devoir compter avec beaucoup d'éléments extérieurs à droite, à gauche et y compris au centre car il peut y avoir la concurrence de François Bayrou. Cela fait beaucoup de "si" et ça rend l'équation d'Emmanuel Macron compliquée mais pas forcément impossible, car il a une carte qui transcende tous les verrous : celle du renouveau d'une vie politique et d'un système politique dont on voit bien qu'ils commencent à toucher leurs limites. Nous sommes peut-être même au bout d'un cycle politique. 

Si la majorité parlementaire socialiste s'est fissurée lors de ce quinquennat, il n'est toutefois pas sûr du tout qu'elle rejoigne massivement ou même partiellement Emmanuel Macron. Sans de nombreux députés et sénateurs PS derrière lui, Emmanuel Macron peut-il vraiment espérer quoi que ce soit ?

Emmanuel Macron a bâti sa candidature hors parti, en-dehors du bipartisme classique droite-gauche. Il a fait le diagnostic très tôt que François Hollande ne pourrait pas se représenter, et qu'il serait compliqué pour Valls d'être candidat. Emmanuel Macron pense que la piste d'atterrissage, même si elle est très peu dégagée, peut se révéler plus facile qu'on ne peut l'imaginer aujourd'hui. Il compte sur les sondages de popularité, les sondages d'intentions de vote, sa capacité sur le terrain à multiplier les réunions, à remplir les salles, à séduire une partie des nombreux déçus de François Hollande et à rallier petit à petit les parlementaires en déshérence ne croyant absolument pas aux chances de François Hollande ou étant très sceptiques sur celles de Manuel Valls. C'est tout le pari d'Emmanuel Macron, de ce projet un peu fou qui consiste à vouloir remporter la présidentielle et à s'imposer par le centre deux ans à peine après être rentré dans la vie politique, quatre ans après avoir été le numéro 3 de l'Elysée, et candidat aujourd'hui, peut-être, contre le président sortant, celui qui lui a mis le pied à l'étrier.  

Ces derniers jours, la presse française s'est faite l'écho de certaines rumeurs sur la vie privée d'Emmanuel Macron. Cela peut-il le perturber selon vous dans son ambition présidentielle ?

Absolument pas. Emmanuel Macron, qui est un homme pressé, découvre les règles de la vie politique avec le bon et le mauvais côté des choses. Il dit lui-même qu'il a identifié ceux qui colportent des saloperies sur lui et qu'il a fait savoir aux équipes qui cherchent à lui nuire qu'il ne se laisserait pas faire.

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