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L'efficacité énergétique est un enjeu aussi bien industriel que social.

Futur énergétique

Energie : quels enjeux pour demain ?

Comme le rappelle Francis Demoz, l'efficacité énergétique est un enjeu aussi bien industriel que social. Extrait de "Les défis du futur : Regards croisés sur nos mutations industrielles" (1/2).

Francis Demoz

Francis Demoz

Francis Demoz est journaliste spécialiste des questions d’environnement.

Il est l'auteur de Les défis du futur: Regards croisés sur nos mutations industrielles, paru aux éditions Nouveau Monde en 2013; ainsi que de La voiture de demain : La révolution automobile a commencé, paru aux Editions Nouveau Monde en 2010.

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Efficacité énergétique : concept et enjeux

L’efficacité énergétique est votre domaine d’expertise, Marcel Torrens. Vous êtes président de Delta Dore, votre société est spécialisée dans la conception et la fabrication de solutions électroniques pour piloter et maîtriser les économies d’énergie. Que recouvre exactement ce concept d’efficacité énergétique, quels sont les enjeux ?

Marcel Torrens : Il faut entendre ce terme dans son sens le plus large, c’est-à-dire la capacité que l’on doit avoir, d’une part, à préserver notre planète, en limitant les effets du réchauffement climatique, tout en assurant, d’autre part, un niveau de vie et de confort que nous avons atteint, et si possible d’ailleurs l’élargir à tous ceux qui ne l’ont pas encore. Ce sont des enjeux éminemment politiques, des enjeux de société. Le secteur du bâtiment est gros consommateur d’énergie, il représente près de la moitié de la consommation d’énergie française, c’est donc l’un des premiers leviers pour agir et optimiser cette consommation d’énergie.

L’efficacité énergétique est donc également un enjeu industriel ?

Marcel Torrens : Effectivement, ces enjeux politiques et sociétaux se déclinent ensuite en enjeux industriels. Le défi est de pouvoir posséder, en France et en Europe, des technologies et des écosystèmes suffisamment matures pour être créateurs de croissance, et nous permettre de développer nos technologies dans le monde entier. Car derrière ce concept d’efficacité énergétique se joue une guerre technologique entre deux continents, les États-Unis et l’Europe. Les États-Unis vont-ils dominer le marché sur ce segment de l’efficacité énergétique, comme ils le font sur l’informatique et les télécoms ? Rien n’est moins sûr, nous avons un rôle déterminant à jouer.

Revenons, si vous le voulez bien, un instant sur le concept d’efficacité énergétique, qu’englobe-t-il exactement ?

Marcel Torrens : Plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Il faut d’abord entendre par « efficacité énergétique » la capacité à utiliser la pleine puissance de ce qui est produit. Il faut savoir, par exemple, qu’entre une centrale électrique et le domicile d’un utilisateur près de la moitié de l’énergie est perdue. L’efficacité énergétique consiste donc à gérer ces pertes dans la distribution, cela concerne le réseau. Ensuite, il y a l’efficacité énergétique du bâtiment proprement dit. L’efficacité énergétique dite « active » fait une large place à la technologie : systèmes intelligents de mesure et de régulation, automatismes. L’efficacité énergétique dite « passive » quant à elle concerne l’enveloppe des bâtiments, l’isolation. Enfin, un autre paramètre est à prendre en compte dans cette notion d’efficacité énergétique, il s’agit du comportement du consommateur et donc de la question de l’usage. L’enjeu pour les pouvoirs publics est évidemment de pouvoir agir sur ces différents leviers d’action. L’efficacité énergétique se présente en fait comme un écosystème complet mêlant éducation et nouvelle technologie. Au fond, à quoi sert d’isoler sa maison si on laisse les fenêtres ouvertes ?

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L’efficacité énergétique est un sujet qui est également au cœur de vos problématiques, Bertrand Lapostolet. Vous représentez ici la Fondation Abbé Pierre qui se bat pour les démunis et les mal-logés. Votre combat est celui de la précarité énergétique.

Bertrand Lapostolet : C’est le combat de 8 millions de personnes en France, d’un ménage sur six ! Nous avons, avec quelques autres associations, été précurseurs sur ce sujet dès 2005. Aujourd’hui c’est devenu une question prioritaire du « plan bâtiment » Grenelle et donc de l’agenda politique.

Que recouvre exactement l’expression « précarité énergétique » ?

Bertrand Lapostolet : Le phénomène de la précarité recouvre trois facteurs : la pauvreté, l’évolution des coûts d’énergie et la mauvaise qualité des bâtiments. Nous avons en France près de 4 millions de passoires thermiques en termes de logements. Plus de 4 millions de ménages sont touchés par la précarité énergétique, il s’agit de ceux qui dépensent plus de 10 % de leur budget dans le règlement de leur facture énergétique et qui se privent de chauffage.

À propos d’efficacité énergétique, vous parlez, vous, de « spirale de l’efficacité énergétique », pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie ?

Bertrand Lapostolet : Contrairement à ce que l’on peut penser, la précarité énergétique n’est pas qu’une question de factures impayées. Bien avant d’arriver à cette situation d’impayé, les personnes se privent, réduisent leur chauffage, ou le coupent. C’est ce que l’on appelle « la spirale de l’efficacité énergétique », on se prive de chauffage, cela entraîne des dégradations cumulatives du logement et plus grave, des problèmes de santé. Les conséquences sanitaires, liées au mal-logement, comme les maladies chroniques, sont en augmentation selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé.

Et les ménages en précarité énergétique ne sont pas forcément là où on les attend ?

Bertrand Lapostolet : Effectivement, les ménages en précarité énergétique ne sont pas, par exemple, majoritairement dans le logement social. Ils sont surtout, à 87 %, dans le parc privé et avec une majorité (55 %) de propriétaires occupants. C’est une problématique sociale mais pas forcément de logement social.

Quels sont alors pour vous les enjeux de l’efficacité énergétique ?

Bertrand Lapostolet : Nous estimons que cette question ne peut pas être traitée sans une dimension d’efficacité sociale. On ne peut pas faire une transition énergétique en laissant un ménage sur six sur le bord du chemin. Il y a un vrai enjeu sur la rénovation des bâtiments.

Le discours dominant est « consommer moins pour protéger la planète ». Le vôtre semble un peu différent, expliquez-nous.

Bertrand Lapostolet : Oui, nous portons, au moins en apparence, un discours un peu paradoxal. L’un des axes de notre combat est de dire : il faut que les gens puissent consommer plus, que les gens puissent consommer tout court. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que c’est le cumul de ressources faibles et d’habitat thermiquement déperditif qui provoque la précarité énergétique et qui entraîne une sous-consommation. J’insiste sur cet aspect. Certes, il faut consommer moins pour sauvegarder la planète, mais attention, pour un ménage sur six, la priorité, en France, est de pouvoir consommer de l’énergie.

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Extrait de "Les défis du futur : Regards croisés sur nos mutations industrielles", Nouveau Monde Editions (janvier 2013)

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