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Encore plus d’argent pour stopper les migrants : l’UE sait-elle où elle en est avec la Turquie ?
Encore plus d’argent pour stopper les migrants : l’UE sait-elle où elle en est avec la Turquie ?
©Adem ALTAN / AFP

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Encore plus d’argent pour stopper les migrants : l’UE sait-elle où elle en est avec la Turquie ?

Les dirigeants de l'Union européenne étaient en visite en Turquie, le mardi 6 avril, pour tenter d'impulser un nouveau départ dans le cadre des relations avec Ankara. Un affront a été infligé à Ursula von der Leyen, placée en retrait sur un divan lors de la réunion des présidents des institutions de l'Union européenne avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Atlantico : Ursula von der Leyen et Charles Michel ont rencontré Erdogan à Ankara. La question migratoire était au centre des discussions. Comment se fait-il que l'Union européenne (UE) ait toujours besoin de la Turquie sur ce sujet ?

Dov Zerah : Certains considèrent que le contrôle de nos frontières est facilité si des verrous sont mis en place en amont. Ce système permet aussi de ne pas être submergé par des migrants en attente d’autorisation d’entrée, et de limiter la population des camps de transit sur le territoire européen. Cette approche avait justifié, en son temps, certains accommodements avec Mouammar Kadhafi.

Doit-on continuer de sous-traiter la gestion de nos frontières avec la Turquie, ce qui signifierait mettre plus d’argent sur la table ?

Même si cela a son importance, ce n’est pas l’argent qui est en cause. Le contrôle des frontières est un des éléments fondamentaux de la souveraineté. Il est grand temps d’arrêter de s’en remettre à Erdogan pour qu’il contrôle les mouvements de personnes et nos frontières à notre place. Notre indépendance exige que nous assumions nos responsabilités !

Au-delà de la dimension politique du sujet, cette situation nous conduit à fermer les yeux sur la répression de l’opposition en Turquie, les exactions commises à l’égard des Kurdes, le retrait de la convention d’Istanbul, outil de lutte contre les violences aux femmes, les ingérences dans la vie d’États-membres de l’UE et bien d’autres agissements ! Avec une manne financière de plus de 6 Md€, l’UE encourage Erdogan.

Le retrait d’Angela Merkel de la vie politique constitue une opportunité de revenir sur cet accord européo-turc relatif au contrôle des migrants grâce à l’argent européen dont elle a été l’unique initiatrice.

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L’UE semble continuer à vouloir négocier avec la Turquie malgré les multiples attaques d’Erdogan contre l’Europe. Doit-on traiter la Turquie comme un allié ou un ennemi ? Doit-on trancher la question ou peut-on décemment rester dans un entre deux comme le fait l’Europe ? Quels sont les risques de chacune des stratégies ?

La Turquie n’est plus une alliée, mais il ne faut surtout pas la traiter comme une ennemie.

L’Europe est malmenée par l’expansionnisme d’Erdogan.

Il met à mal l’unité européenne. Il démontre l’inefficience, voire l’inutilité de l’Alliance atlantique, avec le choix du missile russe pour la défense de son territoire, et les prospections dans les eaux territoriales chypriotes et grecques. À l’exception de la France, les soutiens européens à la Grèce sont peu nombreux. Parallèlement, à l’exception de la France, peu de pays européens se sont préoccupés de l’arrivée des Turcs en Libye.

Il est grand temps que l’UE clarifie sa position vis-à-vis de son turbulent voisin.

Atlantico : Ursula von der Leyen a subi un camouflet lors de la rencontre. Aucun siège n’était prévu pour elle et elle a dû s'asseoir en retrait sur un canapé. Est-ce une nouvelle démonstration de l’estime qu’Erdogan porte aux Européens ?

Oui, après les déclarations contre la France, le Président Emmanuel Macron, la laïcité… En tout état de cause, l’UE se doit de réagir à cette gifle protocolaire, antiféministe et à nos valeurs ; Charles Michel aurait dû, au minimum, ne pas s’asseoir.

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Les Européens disposent de nombreuses mesures de rétorsion dont :

  • Reconnaître la responsabilité turque dans le génocide arménien. Compte tenu de l’importance du sujet pour les Turcs, cela constituerait un choc psychologique très fort.
  • Interrompre officiellement les discussions sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne (UE)
  • Suspendre pour une durée indéterminée le traité d'union douanière entre l'UE et la Turquie, en vigueur depuis 1996
  • Dénoncer au conseil de l’Europe les postures turques
  • Cesser les ventes d’armes à la Turquie par l’Allemagne, l’Italie et l'Espagne.

Ces mesures peuvent être utilisées graduellement sous réserve qu’il y ait une volonté politique.

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