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En deux siècles, les forêts ont doublé en France et voici pourquoi

Alors que la déforestation devient une préoccupation majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique, la superficie des forêts françaises est en augmentation. Et la France est loin d'être un cas isolé en Europe.

Thierry  Gauquelin

Thierry Gauquelin

Thierry Gauquelin est professeur à Aix Marseille Université et chercheur à l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie marine et continentale (IMBE)

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Atlantico : Avec 7% d'augmentation depuis 1990, les forêts françaises couvrent de plus en plus le territoire national. Comment expliquer une telle hausse ?

Thierry Gauquelin : L’augmentation des superficies forestières est en effet spectaculaire en France métropolitaine. Si ce phénomène n’est pas nouveau – les surfaces forestières ont doublé depuis la période 1820-1850, considéré comme le minimum forestier, passant de 9 millions d’ha à près de 17 millions (près du tiers de la superficie française) – il s’est accentué depuis plus de 30 ans, avec en moyenne 80000 ha de forêt en plus chaque année. La raison principale est la déprise agricole, c‘est à dire l’abandon définitif des activités agricoles et pastorales liée à l’exode rural et à l’évolution des techniques agricoles, particulièrement dans les zones de montagne et dans la zone méditerranéenne. Cette déprise a laissé libre des surfaces considérables qui ont été et sont aujourd’hui recolonisées naturellement par la forêt.
 
Si les reboisements par l’homme ont été au 19ème siècle et jusqu’au années 1970, particulièrement importants et ont contribués - voir le cas de la forêt landaise replantée en pins maritimes - à cette évolution spectaculaire, c’est donc un processus différent qui prévaut aujourd’hui. On assiste à une évolution des paysages où la nature reprend ses droits ; on peut même parler de re-ensauvagement des espaces, marqué à terme par une auto-régulation des espèces animales et végétales sans intervention humaine.

Alors que les campagnes de reforestation entraînent de nombreux problèmes (manque de biodiversité, risques d'incendies…), une reforestation naturelle est-elle plus avantageuse ?

Dans cette reconquête naturelle des espaces par la forêt, une dynamique naturelle, marquée par des successions de végétation, s’exprime contrairement aux reboisements artificiels. Cette dynamique naturelle va voir se succéder différentes espèces, tout d’abord des espèces pionnières, comme par exemple le pin d’Alep en Méditerranée, capable de se développer en pleine lumière, voir des espèces buissonnantes, qui laisseront ensuite la place à d’autres essences, tels les chênes ... et la forêt se mettra peu à peu en place dans toute sa complexité, du sol à la canopée.

A terme, plusieurs espèces d’arbres et plusieurs strates cohabiteront ainsi...contrairement aux reboisements généralement monospécifiques et d’une grande simplicité structurale.

Cette dynamique naturelle conduit donc dans la majorité des cas à un fonctionnement de l’écosystème plus harmonieux, plus efficace et plus résilient, qui ne peut être que favorable aux services dits écosystèmiques que nous rend la forêt, au premier rang duquel le stockage de carbone.

Dans la lutte contre le réchauffement climatique, le stockage de carbone par ces nouvelles forêts en pleine croissance peut s’avérer particulièrement efficace tant au niveau de la biomasse aérienne que, et c’est sans doute le plus important, par le sol, qui, peu à peu, par l’apport de la litière forestière, s’enrichit en carbone. Et nous avons donc là un bel exemple de solution fondée sur la nature permettant de relever – à notre échelle nationale ou européenne – les défis du changement climatique.

Et on voit bien, comme cela a été souligné dans des publications récentes, que ce ne sont pas des reboisements massifs en conifères, parfois introduits, qui seront le plus capable de stocker durablement du carbone mais bien ces forêts récentes « naturelles » …si on veut bien les laisser se développer et si le changement climatique ne vient pas trop modifier le cycle naturel de leur évolution.

Observe-t-on le même schéma ailleurs qu'en France ? Les raisons sont-elles similaires ?

L’ensemble des pays d’Europe montre à plus ou moins grande échelle la même évolution et ce sont près de 800000 ha de forêts supplémentaires par an qui sont comptabilisés à l’échelle européenne. Cette évolution est cependant variable selon les pays et leur taux de boisement initial. Certains pays comme Le Portugal ont vu leur surface forestière régresser… du fait de gigantesques incendies…ayant affecté en premier lieu des reboisements d’eucalyptus introduits ou de pins.

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