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Les associations humanitaires qui reçoivent les migrants à leur arrivée en Sicile ont confirmé ce scénario horrible qui commence souvent bien avant que les migrants embarquent à bord de ces dangereux navires.
Les associations humanitaires qui reçoivent les migrants à leur arrivée en Sicile ont confirmé ce scénario horrible qui commence souvent bien avant que les migrants embarquent à bord de ces dangereux navires.
©Reuters

THE DAILY BEAST

Empoisonnement au diesel, mutilations & trafic d'organes volés... toutes ces horreurs que les passeurs infligent aux migrants

Un rapport du magazine médical The Lancet confirme les récits des survivants des traversées : les passeurs les abrutissent en leur faisant boire du carburant pendant leurs périlleux voyages.

Barbie Latza Nadeau

Barbie Latza Nadeau

Barbie Latza Nadeau, est chef du bureau de Rome pour The Daily Beast.

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Copyright The Daily Beast — Barbie Latza Nadeau

ROME- Il n'y apparemment pas de limites aux traitements cruels que certains êtres humains choisissent d'infliger à d'autres. Même dans le monde sans foi ni loi de la contrebande humaine, où l'exploitation de la misère fait partie du business, de nouvelles révélations montrent que les trafiquants forcent les migrants à boire du carburant diesel, aggravant ainsi leur souffrance.

Selon un rapport paru dans la revue médicale britannique The Lancet du 12 novembre 2016, un certain nombre de migrants africains de sexe masculin venus se faire soigner à l'hôpital universitaire de Munich souffraient d’une grave pneumonie due aux hydrocarbures après avoir été forcés de boire du diesel pendant leur voyage entre la Libye et l’Italie.

En s’appuyant sur des analyses comparatives d'autres médecins qui traitent les migrants, sur des entretiens et sur l'étude des cas des hommes de trois pays différents qui ont voyagé à bord des navires distincts, les chercheurs ont pu confirmer dans The Lancet ce que les migrants signalent aux associations humanitaires depuis des mois : les trafiquants leur font boire du carburant et leur font des injections pour qu’ils restent calmes et tranquilles pendant leurs longues et dangereuses traversées maritimes.

"Une étude méticuleuse du cas d’une jeune Somalienne âgée de 16 ans et de ses proches a conduit à la preuve de l'ingestion forcée de combustible par des passeurs afin de calmer les réfugiés qui traversent la mer Méditerranée", écrivent les auteurs.

Les associations humanitaires qui reçoivent les migrants à leur arrivée en Sicile ont confirmé ce scénario horrible qui commence souvent bien avant que les migrants embarquent à bord de ces dangereux navires.

Selon le témoignage rapporté au Daily Beast par un migrant arrivé l'année dernière en provenance du Nigeria, les femmes enceintes sont forcées d'insérer "des cathéters de fortune" avec des tubes en plastique pendant le voyage, car certaines (à tort) croient que leur urine va empoisonner les hommes. Comme il n'y a pas de toilettes, ou même de la place pour se déplacer sur la plupart des navires, les passagers font leurs besoins là où ils sont.

Une autre femme dit que c’est une pratique courante pour les trafiquants d'affamer les migrants en les privant d'eau et de nourriture pendant les jours précédant la traversée. Il s'agit d'affaiblir les gens, afin qu'ils ne paniquent pas. "Je n'avais pas mangé depuis trois jours entiers quand ils nous ont transférés de la maison à la côte, puis à bord du navire" déclare une femme nigériane nommée Mary au Daily Beast après son arrivée en Sicile. "Les gens ne savent pas nager et garder tout le monde faible est un moyen d'empêcher les gens de paniquer."

Dans le documentaire Fire at Sea qui a reçu plusieurs prix, une séquence montre très clairement que les officiels sentent et parlent d’une odeur de carburant quand ils traitent les migrants. "Il ne faut pas craquer une allumette" dit un officier. "Ou nous allons tous brûler."

Il existe depuis longtemps des rapports de migrants qui ont survécu au voyage disant qu’ils ont reçu des injections, et qu’on leur a donné des substances censées ralentir le transit intestinal ou les rendre léthargiques pour le voyage. D'après l’étude publiée par The Lancet, un Erythréen âgé de 18 ans qui a également été empoisonné par le carburant diesel a été victime d’une grave infestation d’acariens. Malheureusement, il est mort de la défaillance de plusieurs organes pendant l'étude et n'a pas été en mesure de corroborer personnellement comment il a été infecté.

Les migrants auraient également fait l'objet d'illicites prélèvements d'organes. L'an dernier, la Global Initiative to Fight Human Trafficking a signalé que ces organes vont souvent à des gens riches qui ne veulent pas patienter sur les listes d'attente de transplantation. "Les organes qui sont couramment commercialisées sont les reins, le foie, etc… Tout organe qui peut être retiré et utilisé peut faire l'objet de ce commerce illégal."

En avril, les corps de neuf Somaliens échoués sur les rivages d'Alexandrie, en Egypte, ont été retrouvés avec des organes chirurgicalement enlevés de leurs corps mutilés.

Le rapport du Lancet confirme l'anarchie choquante qui règne sur cette contrebande d’être humains, mais il veut principalement aider les professionnels de santé qui traitent les migrants pour qu’ils envisagent l'ingestion de carburant diesel toxique quand ils posent un diagnostic sur des symptômes qui peuvent paraître dus à d’autres causes. "En conclusion", écrivent les auteurs, "pour  les réfugiés arrivés en bateau, le diagnostic d'une pneumonie due aux hydrocarbures doit être envisagée même après des semaines après leur arrivée."

Plus de 168.000 migrants et réfugiés ont atteint l'Italie depuis le début de 2016. Et plus de 4.600 personnes sont mortes pendant le voyage.

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