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Il ira loin ?

Emmanuel Macron, personnage d'Ancien Régime, monarchiste et charmant comme de la vieille dentelle…

Le début du XIXème siècle aurait été pour lui une époque de prédilection. Quand l'aristocratie commença à s'intéresser à l'or et à la finance.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Monsieur le ministre,

Par malchance pour vous, Balzac est mort. Stendhal aussi. Mais le Julien Sorel du Rouge et le Noir aurait été un personnage trop sulfureux pour vous. Et puis il a fini sur la guillotine, ce qui n'est pas dans votre tempérament. Balzac donc. S'il était encore vivant, l'auteur de la Comédie humaine aurait réécrit avec vous et pour vous La Maison Nucingen.

C'est James de Rothschild, le fondateur de la dynastie qui a servi de modèle au baron Nucingen. Autour de lui se pressent commis, boursiers, agents de change, obligés. Tous veulent s'enrichir. Et parmi eux le plus doué (le plus cynique, le plus arriviste diront les méchants) : Eugène de Rastignac. Comme lui, Monsieur le ministre, vous avez commencé dans la banque. Comme lui et comme Balzac vous êtes monarchiste. Et comme nous sommes sous la monarchie de juillet, comme Guizot à l'époque, vous avez lancé aux Français : "enrichissez-vous !".

Mais on ne peut, monsieur Macron, vous résumer à votre rapport à l'argent : c'est bon pour des pitres de caniveaux à la Jean-Luc Mélenchon ou Philippe Martinez. Car il y a chez vous un parfum séduisant d'Ancien Régime. Vous êtes parait-il moderne. Mais un moderne à l'ancienne avec l'élégance un peu surannée des salons aristocratiques du faubourg Saint-Germain.

Et vous faîtes tout ce qu'il faut – par sincérité, par calcul ? (le cumul des deux n'est pas impossible) - pour que votre portrait soit peint avec des couleurs patinées d'antan.  C'est bien vous qui vous étiez fait inviter aux fêtes de Jeanne d'Arc à Orléans chez un maire de droite ? Et là vous avez évoqué la Pucelle en des termes lyriques que n'auraient pas reniés Jacques Bainville, grand historien royaliste. "Comme une flèche, sa trajectoire est nette. Jeanne fend le système, elle brusque l'injustice qui devait l'enfermer. Jeanne se fraye un chemin jusqu'au Roi. C'est une femme mais elle prend la tête d'un groupe armé et s'oppose aux chefs de guerre. Elle était un rêve fou, elle s'impose comme une évidence".

Il paraît qu'à l'Elysée, Hollande est tombé de sa chaise en entendant ça. "Mais c'est qui ça Jeanne d'Arc ?". En revanche chez les Nucingen (pardon chez les Rothschild) qui ont le culte des belles vieilles choses on a esquissé un sourire de connivence. Mais ça ne suffisait pas à vous camper dans les habits nécessaires d'un jeune aristocrate du XIXème siècle. C'est pourquoi vous vous êtes rendu au Puy du Fou chez Philippe de Villiers. autant dire chez le diable. Et là vous avez salué en lui "un entrepreneur culturel". Ah, les Chouans… Ah le Sacré-Cœur de Jésus…

Ensuite, de Villiers vous a confié les rênes d'un char tiré par quatre chevaux. Et comme Ben Hur, vous avez été superbe et triomphant. Ebloui, le patron du Puy du Fou a lâché : "C'est la première fois que je vois un ministre conduire un char avec autant d'audace. Il a fait un premier tour qui était de bonne qualité et un deuxième tour fulgurant. Je pense qu'il y a pour M Macron, devant lui, un avenir pour conduire toutes sortes de char". "Nous sommes tous français" a-t-il ajouté. Et vous, ainsi adoubé, vous avez dit : "je ne suis pas socialiste". Mais ça on s'en doutait un petit peu…

Soyez le bienvenu parmi nous M Macron. Avec vous, nous tous amateurs de beaux livres reliés et d'anciennes gravures, nous serons comblés. Loin de la vulgarité des manants et des roturiers des primaires de la droite et de la gauche, vous allez nous chanter une mélodie qui n'existe plus que dans les livres d'Histoire. Mais vous ne serez pas seul en lice. Face à vous, et également fabriqué à l'ancienne, va se dresser le farouche républicain Manuel Valls. Vous avez vu avec quelle passion il parle de Marianne aux seins nus entraînant le peuple sur les barricades ? Voilà un duel qui aura du chien, de la classe. Je veux voir.

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