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©Thomas SAMSON / AFP

Il est temps d'enlever ses œillères...

Emmanuel Macron, l’homme qui ne voyait pas le boulevard qu’il avait à gauche

En l'espace d'un mois, Emmanuel Macron a gagné neuf points de popularité selon un dernier sondage Elabe, devançant ainsi tous les candidats de gauche, et notamment ceux participant à la primaire. Une position qui pourrait lui permettre de récupérer un nombre significatif d'électeurs PS.

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : Ce samedi a lieu le grand meeting d'Emmanuel Macron Porte de Versailles. Dans quelle mesure cet évènement pourrait-il nuire à la primaire de la gauche ? Plus généralement, par quels moyens Emmanuel Macron pourrait-il/souhaiterait-il s'inviter à cette primaire ? 

Bruno Jeudy : Il est hors de question que Macron s'incrive dans la primaire, qu'il dénonce comme le symbole de la prise d'otage de la Vème République par les partis ; il l'a d'ailleurs rappelé cette semaine. C'est une démarche similaire à celle de Jean-Luc Mélenchon. Toutefois, il veut peser sur cette primaire, par une communication proactive depuis maintenant plus d'un mois qu'il s'est déclaré candidat : presse, plateaux télé, etc. Il a récidivé au moment de l'annonce de la candidature de Manuel Valls. Le meeting de ce samedi Porte de Versailles s'inscrit dans cette logique de communication pro-active et traduit le fait qu'il dispose de fonds importants; il abat là une carte dans son dispositif présidentiel, voulant frapper un grand coup au moment où démarre la primaire de gauche, et apparaître ainsi comme le candidat qui pourrait challenger François Fillon et Marine Le Pen à la place du candidat socialiste. 

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Selon un sondage Elabe paru ce mercredi, Emmanuel Macron devance Manuel Valls, voyant ainsi sa cote de popularité grimper de neuf points en un mois. Au regard de l'avantage qu'il prend face notamment aux candidats socialistes participant à la primaire, Emmanuel Macron ne devrait-il pas s'adresser davantage aux électeurs de gauche afin d'éviter la situation de François Bayrou qui stagne dans les sondages, celui-ci faisant comme si une partie de son électorat n'était pas de droite ? 

Je pense qu'Emmanuel Macron joue clairement les sondages. C'est le seul moyen qu'il a pour peser dans la course à la présidentielle, lever des fonds, obtenir les parrainages nécessaires à sa candidature,etc. Il joue alternativement le centre-droit et le centre-gauche. Au moment de la primaire de la droite, il a voulu tendre la main aux électeurs d'Alain Juppé, mais également à ceux du centre-droit et notamment de François Bayrou après la victoire de François Fillon pour les ramener vers ses couleurs. Pour ce qui est des électeurs de centre-gauche, il a développé cette semaine des propositions économiques dignes d'une social-démocratie classique, qui ne sont en rien des rebutoirs pour cet électorat de centre-gauche. Sa stratégie pourrait ainsi constituer à faire sortir ces électeurs du processus de la primaire, faisant en sorte que celle-ci soit dominée par les candidats étant le plus à gauche, faisant ainsi se noyer Manuel Valls. 

Dans le cas où la primaire de la gauche venait à mal se passer, Emmanuel Macron ne devrait-il pas alors s'imposer vraiment comme la nouvelle force de gauche, et mettre en place ainsi un nouveau PS ? Quelles conséquences cela aurait-il sur le paysage politique français ? 

Emmanuel Macron a besoin d'une droite dure et d'une gauche dure pour élargir son espace politique et s'imposer à la présidentielle. Il a peut être déjà réussi en partie son pari avec l'election de François Fillon. Peut-être que la primaire de la gauche va lui ouvrir l'espace au centre-gauche à la faveur de la défaite de Manuel Valls et la victoire d'Arnaud Montebourg, ce qui donnerait alors l'image d'une gauche repliée sur ses valeurs traditionnelles. Tout ceci relève de calculs politiques établis depuis le printemps dernier avec la création du mouvement "En marche !". Mais rien n'est acquis. Il a déclaré vouloir continuer le combat politique après 2017. Peut-être qu'à la faveur d'une présidentielle réussie même s'il ne gagnait pas, il pourrait créer un nouveau Parti socialiste, démocrate, un peu à la façon de Matteo Renzi, ou bien un peu comme François Mitterrand l'avait fait, celui-ci se présentant en 1965, alors que la SFIO dominait, avant de mettre la main sur le parti et de fonder le PS six ans après lors du congrès d'Epinay. Toutefois, il ne faut pas exclure le scénario d'une victoire de Valls à la primaire, accompagnée de surcroît par une bonne participation. Ceci compliquerait les affaires de Macron, coincé entre Valls et Mélenchon. 

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