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Entre deux tours

Electionscope : le modèle qui trouve Nicolas Sarkozy gagnant à 50,2%...

Le site de prévisions et d'analyses économiques et politiques, Electionscope, est l'un des rares observateurs à ne pas voir François Hollande vainqueur de la présidentielle. Les fondateurs du site utilisent un modèle dont les pronostics se sont toujours révélés exacts depuis la fin des années 1990... Ils l'ont refait tourner après le premier tour.

Bruno Jérôme

Bruno Jérôme

Bruno Jérôme est économiste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

Il est le co-fondateur du site de prévisions et d'analyses politico-économiques Electionscope.

Son dernier ouvrage, La victoire électorale ne se décrète pas!, est paru en janvier 2017 chez Economica. 

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A lire aussi : Electionscope : pourquoi notre modèle qui prédisait Nicolas Sarkozy élu à 50,2% a échoué

Atlantico : Selon un article publié sur Electionscope, les instituts de sondage auraient tendance à majorer ou minorer certains candidats (écarts de prévisions par rapport à la moyenne des autres instituts). Qu’en est-il du détail ?

Bruno Jérôme : On a remarqué des instituts qui penchaient véritablement pour certains candidats ou blocs politiques.

Par exemple, on note que Jean-Luc Mélenchon a été majoré par les instituts CSA et TNS Sofres. L’IFOP ou Opinionway avaient tendance à plutôt le minorer. L’observation est plus nette pour les deux principaux candidats. On a vu que BVA et TNS avaient une véritable tendance à majorer François Hollande et que Opinionway et Harris Interactive, voire l’IFOP, avaient au contraire tendance à minorer le candidat socialiste.

Il est extrêmement délicat d’être totalement affirmatif sur le fait que ces instituts roulent pour un candidat ou un autre. Il faudrait regarder à ce moment-là les relations qui existent entre les sondeurs et leurs clients, médias et politiques.

Mais notre constat empirique montre tout de même un biais systématique de 6 instituts sur 8. On a également observé que certains instituts avaient littéralement changé de comportement en cours de route. Pendant trois mois, CSA avait tendance à majorer Nicolas Sarkozy et, au dernier moment, ils se sont mis à le minorer. TNS Sofres a eu exactement le même comportement. Il y a donc un mimétisme entre certains instituts.

L’institut qui majore le plus est BVA. Sofres et Ipsos ont également tendance à sur-majorer ou minorer des candidats. Les bons élèves seraient plutôt Opinionway, Harris Interactive ou l’Ifop.

En quoi votre méthode diffère-t-elle de celle des instituts de sondage classiques ?

Il s’agit d’un modèle statistique qui est fait sur des séries de données très longues (sur la 5ème République). Nous ne mesurons pas des intentions de vote mais des facteurs qui pourraient statistiquement impacter le vote. Nous prenons principalement en compte le taux de chômage, la variable clé en France depuis 1974. Ensuite, nous évaluons la crédibilité et la popularité de l’exécutif. La popularité, retravaillée et réinterprétée, est un indicateur qui nous permet de déterminer le socle de crédibilité  de l’exécutif. Les tests empiriques qui ont été faits sur l'indicateur de popularité montrent que l’économie à court terme représente au minimum 50% de ce dernier.

Quels résultats obtenez-vous alors pour le second tour de l’élection présidentielle ?

Nous obtenons le chiffre de 50,2% pour Nicolas Sarkozy au second tour. Il est important de noter que le modèle place la droite en tête depuis octobre 2010, date à laquelle le chômage a commencé à s’améliorer avant de se dégrader à nouveau à la fin de l’année 2011.

Cette étude a été réalisée avant le premier tour. La donne n’a-t-elle pas changé depuis ?

Nous ne toucherons pas à nos prédictions. En réalité, nous modélisons également le second tour. Nous transformons les voix du premier tour en voix de second tour mais notre formule de transformation est purement politique. Elle prend en compte les grands rapports de force sous la 5ème République, la déperdition des voix entre les blocs dans cette période, les disparités régionales et l’influence et la déperdition du Front national et du Modem sur le bloc de droite. Historiquement, il y a toujours eu une déperdition des voix pour la droite d’un tour à l’autre. Dans ce cas précis, nous avons pris en compte la déperdition moyenne encourue dans les régions à cause du FN et du centre.

L’intérêt de notre démarche est également dans son découpage régional. L’influence du Modem, par exemple, n’est pas la même selon les régions. Dans certaines régions, on retrouve un Modem de gauche qui se rapporte à gauche. Dans d’autres, on remarque l’inverse. C’est la même chose pour le Front national, les gauches « lepinistes », lorsqu’elles sont en majorité dans certaines régions, se rapportent à gauche. Le sondage typique mesurera un effet global sur un panel global.

De plus, nous fixons la situation économique quatre mois avant le premier tour. Empiriquement, c’est la mesure la plus pertinente. Cela a aussi l’avantage d’éviter les bruits de campagne, les évolutions volatiles de dernière minute qui peuvent être manipulées et les effets de campagne qui s’annulent entre eux.

Enfin, notre outil est révisable. Quand on se trompe, il est assez aisé de savoir pourquoi, d’identifier des facteurs objectifs qui ont conduit à ce que l’on s’éloigne du résultat.

Cette méthode de prédiction n’oublie-t-elle pas de prendre en compte la personnalité du président de la République qui est, si l’on en croit les sondages, à l’origine de beaucoup de ralliements de droite ou centre droit vers la gauche, le Modem et le Front national ?

Tout d’abord, il est nécessaire de préciser que notre modèle comporte une marge d’erreur de + /- 1,7%. 50,2 % est une mesure moyenne optimale. On pourrait se retrouver avec un François Hollande au dessus de 50% ou un Nicolas Sarkozy à presque 52%...

Ensuite, vous avez raison, le delta qui manque est celui de l’image. Mais ce modèle n’est pas fait pour cela. Il y a une autre chose qui peut jouer sur l’écart entre notre méthode et celle des instituts de sondage classiques, c’est ce que l’on appelle l’autoréalisation des anticipations. Parfois, quand certains électeurs observent des sondages et ne se fondent que sur eux pour voter,  il peut arriver qu’ils soient tentés par la majorité. Or, jusqu’à présent, sous la 5ème République, cela n’a pas eu vraiment d’impact. Il était impossible de dire que les sondages modifiaient quoique ce soit.

Nous sommes ici en présence d’un fait exceptionnel. La gauche au premier tour est à 43,7% et elle se retrouverait à près de 55% au second tour. Ce qui, au vu de l’histoire de la 5ème République, est du jamais vu. Jusqu’à présent, il a fallu qu'elle atteigne 49% des voix au premier tour pour l’emporter. Notre modèle ne mesure pas cela. Il mesure seulement les reports moyens et la déperdition à droite que l’on a constatés jusqu’à présent. Or cette déperdition n’est pas de l’ordre d’une perte de 10 points.

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