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Au coeur de la City, à Londres.
Au coeur de la City, à Londres.
©Tolga Akmen / AFP

Atlantico Business

Effet Brexit : depuis le 1er janvier, les financiers quittent Londres mais pourquoi ne s’installent-ils pas à Paris pour autant ?

La City a perdu de son éclat. Depuis le Brexit, des milliards de transactions ont arrêté de transiter par Londres pour s’exiler en Europe. Paris ne récupère que des miettes.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Tout se passe comme si Paris avait raté son coup. Jusqu’au dernier moment, la place parisienne a espéré profiter du Brexit et accueillir une grande partie de l’industrie financière, qui a fait la fortune de Londres et qui quitte aujourd’hui la City pour cause de Brexit... C’est raté.

Au lieu de ça, les boursiers retrouvent leur terre historique hollandaise, Amsterdam, là où les premiers échanges ont commencé au XVIIème siècle avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui fut la première société cotée de l’histoire.

Depuis le 1er janvier 2021, date effective d’entrée en application du Brexit, la capitale hollandaise retrouve la première place boursière du continent européen, en termes d’échanges boursiers. 9,2 milliards d’euros d’échanges d’actions par jour à Amsterdam, contre 8,6 milliards pour Londres en janvier, un volume divisé par deux entre l’avant et l’après Brexit. La première a vu les échanges transités par ces marchés quadrupler, quand ceux de Londres ont été divisés par deux. L’effet Brexit est donc spectaculaire et violent pour l’industrie financière britannique.

Si les Européens avaient voulu semer la pagaille dans la finance britannique, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Parce qu’en réalité, les négociations du Brexit sont loin d’être terminées. Les activités financières ont été volontairement écartées de l’accord du 24 décembre, en attente de discussions ultérieures, donc beaucoup ont espéré que rien ne changerait, comme s’il n’y avait jamais eu deal. En théorie, tout reste à faire et à discuter. L’Europe a encore les cartes en main.

Mais depuis le 1er janvier, le Royaume-Uni a complètement perdu son passeport financier, et dans les faits, ça change tout. Le passeport financier permettait aux établissements financiers d’être installés à Londres tout en ayant accès au marché de la zone euro, à leurs clients et aux actions en euros. Les établissements financiers profitaient donc des conditions fiscales et normatives assez light du Royaume-Uni, mais travaillaient pour l’essentiel au service de leur clientèle européenne.

Avec la disparition du passeport financier, en attendant des accords d’équivalences spécifiques à chaque marché d’actifs, le double jeu n’est pas possible. Les investisseurs doivent choisir. Pour l’instant, l’Union européenne n’a accordé que deux, sur des catégories très spécifiques. Mais le principal reste à négocier, ce qui fait que les investisseurs préfèrent assurer leurs transactions dans un pays de la zone euro.

Par conséquent, le trading d’actions en euros a été, dès le 1er janvier, rapatrié sur le continent. Les investisseurs avaient libre choix de choisir leur nouvelle destination puisque toutes les places européennes traitent les actions, sauf que ça n’est pas forcément le cas pour toutes les activités de marché. Certaines places sont plus spécifiques que d’autres.

La City était la première place européenne, car elle était particulièrement bien positionnée, leader dans le marché des changes, sur les produits dérivés et hébergeait aussi le marché du carbone par exemple, où s’échangent les quote-part de CO2. En début de semaine, l’opérateur qui gère ce marché des droits d’émissions de carbone, a annoncé relocaliser ses activités à Amsterdam. Pour Londres, c’est la perte d’un marché qui était amené à prendre encore plus d’importance dans la lutte contre le changement climatique.

Amsterdam a aussi été choisie pour le marché des dettes souveraines. Selon CBOE Europe, l’une des principales plateformes de négociation d’actions européennes, Amsterdam devrait garder définitivement son avantage sur les autres places européennes, grâce au lancement d’une plateforme de produits dérivés, qu’elle compte récupérer de Londres.

Le problème dans cette affaire, c’est que Paris et Francfort n’ont pas su attirer les activités qu’elles espéraient récupérer. Alors Paris peut se plaindre, mais la place parisienne n’a pas fait tous les investissements qu‘il aurait fallu pour se rendre désirable. Plus grave, aux yeux des opérateurs étrangers et notamment des investisseurs américains, Paris serait même devenue moins attractive. L’enquête de Bain Company et de la Chambre Américaine de Commerce montre que la principale critique porte sur le climat social trop aléatoire, trop incertain et d’un discours contradictoire. L’affaire Carrefour-Couche-tard a par exemple montré aux investisseurs étrangers que les contraintes politiques continuaient de peser très lourd dans les deals économiques ou financiers. D’un côté, la France du business plaide pour l’efficacité pour se faire une place dans le jeu de la mondialisation. De l’autre, la France politique impose des solutions protectionnistes quand ça arrange les intérêts électoraux.

Le dossier le plus lourd est d’ordre fiscal et normatif. Trop d’impôts et trop de règlementations qui paralysent ou ralentissent beaucoup les initiatives et les innovations en France, y compris dans les activités financières. La finance a besoin d’innovation et le pays où les livrets A de la Caisse d’épargne, l’assurance-vie et l’immobilier sont les trois premiers placements des Français a du mal à convaincre qu’il est encore un lieu où l’innovation financière serait bien accueillie.

Francfort, qui est pourtant le siège de la Banque centrale européenne, espérait bien agréger, elle aussi, une grande partie des exilés du Brexit. Francfort n’a pas réussi à séduire les personnels des banques qui déménagent, et notamment les traders qui préfèrent Amsterdam. Affaire de cadre de vie, de climat, d’habitat, de voies de communication, sans doute…. Mais en l’occurrence, Francfort paie très cher son implication forte dans un scandale d’envergure, le scandale Wirecard, qui a porté atteinte à la crédibilité financière allemande. Cette société financière était la coqueluche de la Bourse allemande. Son effondrement brutal éclabousse le gouvernement d’Angela Merkel et jette une ombre sur l’intégrité de toute la place.

Wirecard, c’était une start-up financière fondée en 1999 qui était devenue une référence pour les paiements en ligne, était entrée en 2018 dans le saint des saints du capitalisme allemand, le DAX 30. Mais cette ascension fulgurante fut construite – au moins en partie – sur du vent, monté en épingle à l’aide de tromperies comptables.

Cette affaire a éclaboussé gravement la place de Francfort et montre que le système allemand, dont l’image était fondée sur la rigueur et le sérieux, était aussi très fragile et manquait singulièrement de transparence et de contrôle.

Dans cette géopolitique de la finance mondiale, tout est une question de timing. Les événements qui ont secoué Paris - la crise des gilets jaunes, ou Francfort - le scandale Wirecard, au moment où les boursiers cherchaient une porte de sortie, sont arrivés à un très mauvais moment.

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