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Education : Plusieurs études convergent pour dire que mieux payer les enseignants est le meilleur moyen d'améliorer la situation des jeunes enfants
©Reuters

Bonne solution ?

Education : Plusieurs études convergent pour dire que mieux payer les enseignants est le meilleur moyen d'améliorer la situation des jeunes enfants

La solution pour que les enfants réussissent mieux à l'école ? Payer plus les instituteurs si l'on en croit l'OCDE.

Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Atlantico : Plusieurs études, notamment de l'OCDE, expliquent que le moyen le plus simple d'aider les jeunes enfants serait de mieux payer les instituteurs. Comment expliquer un tel impact ?

Pierre Duriot : Ce n'est pas aussi simple, justement, mais il est vrai que mieux payer les instituteurs qui sont devenus les professeurs des écoles seraient un bon début. Même mieux payé, ce métier reste une vocation, instruire de jeunes enfants est tout de même un genre de sacerdoce, mais il est vrai que l'actuelle rémunération a de quoi faire passer quelques vocations. Il se pourrait aussi, qu'à travers une meilleure rémunération, le métier puisse attirer plus d'hommes. Le taux d'encadrement féminin, chez les professeurs des écoles, tourne autour de 80% et même plus si l'on considère la maternelle. A l'époque où il est de bon ton de veiller à la mixité, on s'aperçoit que ce concept ne marche qu'à sens unique. Il est bien question de faire la promotion des femmes, dans l'armée, chez les cadres supérieurs ou le personnel politique, mais jamais de veiller à ce qu'il y ait plus d'hommes chez les infirmières ou les enseignants.

Et pourtant, la posture masculine, la transmission du savoir, la tenue de classe, par un homme, diffèrent de celles d'une collègue femme, même si cela doit faire hurler les tenants de la théorie du genre et quelques hystériques d'un féminisme mal placé. La moitié de petits garçons qui fréquente l'école primaire a besoin de modèles identificatoires masculins, de la même manière qu'un enfant a besoin d'un père. Financièrement parlant, il y a cette idée que l'homme du couple gagnerait bien sa vie et que la femme, institutrice, ramènerait un salaire d'appoint, lequel lui permettrait d'être en vacances en même temps que ses enfants et de pouvoir les récupérer à la sortie de l'école. Il y a aussi du sexisme à ce que le personnel soit trop féminin.

Mais l'argent ne fait pas tout. Même en les rémunérant mieux, les bons professeurs des écoles ne courent pas les rues. Pire, ils n'existent pas, il faut les former. On ne devient pas un bon enseignant avec les souvenirs de sa propre scolarité. Et sur la formation, il y a aurait beaucoup à dire. Cependant, un meilleur salaire permettrait de susciter des vocations chez des personnes avec de meilleurs potentiels qui s'orientent actuellement vers des filières plus rémunératrices. Également, un meilleur salaire serait de nature à revaloriser la dimension symbolique de la fonction qui s'est perdue, mais pas seulement pour des raisons salariales. Outre l'orientation financière, il faut remettre à plat les postures, les relations élèves-enseignants, le rapport aux règles, aux notes, au travail, aux contenus...

90% du cerveau d'un enfant est développé lorsqu'il arrive à l'âge de cinq ans. Il apparaît dès lors nécessaire d'investir cette tranche d'âge le plus qualitativement possible. Quelles garanties pour l'avenir assure une prise en charge qualitative dès le plus jeune âge ?

La question est récurrente, mais extrêmement glissante. Oui, la plus grande partie des aptitudes est formée à cinq ans, elle l'est même, en très grande proportion, avant trois ans, c'est à dire, avant l'entrée à l'école. Et là, vient la question dangereuse : que pourrait et devrait faire la puissance publique pour intervenir sur cette période précoce, de zéro à trois ans, afin de mieux construire, mieux solliciter et mieux développer les enfants ? Chez qui ? Pour quelle raison ? De quelle manière ? L'écueil, il y en a un de taille, est celui de se substituer aux familles. Qui décide ? Il y a derrière cette question, comme un relent de « Meilleur des mondes » dans lequel les enfants, retirés, sont séparés en castes et programmés pour des tâches sociales pré-définies, la voie est très dangereuse. Mais c'est pourtant le chemin plus ou moins pris, sous couvert de « formation à la citoyenneté ».

L'école a ostensiblement diminué ses heures d'enseignement consacrées aux matières fondamentales, lecture, écriture, calcul, l'une des raisons de la baisse générale des performances. Elle les a remplacées par, des sensibilisations au tri sélectif, à l'écologie, au code de la route, au secourisme, à la nutrition, le tri des bouchons de plastique, la « promotion » des cultures allogènes et l'apitoiement sur misères du monde, la lutte contre l'homophobie, le racisme, le sexisme et on en passe. L'école fait également intervenir, soit auprès des personnels enseignants, soit directement auprès des élèves, des personnalités ou associations hautement politisées, comme la LICRA, SOS-Racisme ou Latifa Ibn Ziaten, toutes dans le même sens, sans la moindre pluralité. Bref, l'école a pris en charge des tâches parentales et fait de la politique au quotidien, de la « bonne pensée », tente, au mépris des apprentissages nécessaires, de programmer des citoyens non « genrés », « humanistes », « mondialistes ». Ce n'est même pas la bonne méthode. On ne lutte pas contre les stéréotypes de genre avec du discours politique. On lutte contre les stéréotypes en rendant les garçons et les filles aussi instruits les uns que les autres.

Ceci dit, l'effort doit porter sur la maternelle, où finissent de se construire le sens des mathématiques, les quantités, les opérations d'ajout ou de retrait, où se finalisent le sens de l'écriture et de la parole. Il y a une marge de progrès évidente sur les trois à quatre années de maternelle où vont désormais tous les enfants. Pour cela, on en revient aux fondamentaux : la formation. La nécessité d'un arrière plan théorique solide sur le développement psycho-affectif des enfants et ses pathologies, la capacité à analyser les processus d'apprentissage et les comportements en temps réel, de soigner sa posture, son discours, sa gestuelle. La nécessité aussi de remettre de l'écrit, beaucoup d'écrit, dans cette école désormais trop axée sur la langage, si ce n'est la parlotte...

Les instituteurs français gagnent moins que la moyenne de l'OCDE, tout en travaillant trois ou quatre heures de plus par semaines. Qu'est-ce que cela révèle de notre investissement sur l'avenir ?

Ils gagnent moins, certes, que les pays de même niveau, en terme d'industrialisation et de quantités de populations, il faut comparer ce qui est comparable, au-delà des moyennes calculées en intégrant des pays d'une dizaine de millions d'habitants, ou des pays où le salaire moyen est bien plus bas qu'en France. Mais encore une fois, il y a le salaire et l'orientation politique. Les salaires des enseignants sont restés ce qu'ils sont, même si l'amélioration en fin de carrière est sensible et pourtant, les résultats ont chuté et ce, dans toutes les matières et pour toutes les catégories socio-professionnelles (voir schéma), ce sont bien les choix politiques qui sont en cause.

L'école n'est effectivement plus cet ascenseur social, par lequel de très nombreux enfants de la campagne profonde, et notamment des femmes, après-guerre, ont accédé à la profession intellectuelle d'institutrice. Elle est devenue un organe puissant de reproduction des classes sociales, dans un premier temps, puis, actuellement, un gestionnaire de la misère sociale, avec bien peu d'ambition. Illustration extraordinaire, elle se targue de servir le petit déjeuner à l'école, afin de ne pas apprendre le ventre creux et d'éduquer au goût, on rêve. Comme si ce n'était pas là un rôle parental et comme si, en cas de faillite parentale, l'école avait une quelconque obligation statutaire de se substituer à ces parents, défaillants ou démissionnaires ?

Le tout dans les quartiers « prioritaires », qui sont l'appellation politiquement correcte des quartiers ethniques, sinon communautaires. Les contribuables villageois du Morvan et leurs élus apprécient grandement la manœuvre. Eux-aussi sont déshérités et n'ont droit à rien. La gestion d'une misère que l'on fabrique et d'une inadaptation que l'on entretient, ne sont effectivement pas des investissements sur l'avenir, c'est juste la voie d'un sous-développement devenu palpable en de multiples zones..

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