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Économies d'énergie : quelles sont les nouvelles pistes ?

La France est-elle une bonne élève dans le domaine des économies énergétiques ? Les mesures prises sont-elles efficaces ?

Yves Heuillard et Myriam Maestroni

Yves Heuillard et Myriam Maestroni

Yves Heuillard est journaliste, ingénieur, passionné par l'explication des technologies, fondateur de magazines leaders de la presse informatique dont Science et Vie Micro, SVM MacIntosh, PCExpert. Il accompagne pendant 15 ans la révolution de l'ordinateur pour tous puis participe à celle de l'Internet. En 2008, convaincu de l'importance de l'information dans la révolution verte, il crée ddmagazine.com site de presse indépendant sur le développement durable.

Myriam Maestroni est Présidente d'Economie d'Energie, et a remporté le prix de La Tribune Women's Award dans la catégorie Green Business. 

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Atlantico : Quel est le bilan des différentes politiques de réduction d’énergie ces dernières années ?

Myriam Maestroni : C’est un bilan plutôt très positif. La France est le premier pays de l’Union européenne a avoir mis en place une politique structurée en terme d’efficacité énergétique, dès 2006, notamment avec les Certificats d’énergie et la loi POPE (Programme d’orientation des politiques énergétiques). Les économies réalisées sont en ligne avec les objectifs fixés. La politique d’efficacité énergétique est devenue un axe majeur de notre politique au niveau des pays membres.  

Quelles sont les pistes envisagées afin de tenir les objectifs fixés pour 2020 ?  

Yves Heuillard : Si on se borne à la France, la consommation d'énergie, pour le résidentiel et le tertiaire (les bureaux) s'élève à 44 % de la consommation d'énergie du pays, et les transports représentent 32 % : ce sont les deux principaux postes de dépense d'énergie. 

Le premier gros poste d'économies possibles c'est donc le bâtiment. La nouvelle règlementation thermique RT 2012 qui s'est mis progressivement en place pour l'ensemble des bâtiments oblige à construire des bâtiments neufs qui consomment 3 fois moins que les bâtiments neufs construits selon la réglementation thermique précédente. Mais le parc immobilier se renouvelant à hauteur d' 1 % par an, on va devoir rénover les bâtiments déjà existants.

Le plan "Bâtiment durable" prévoit une économie d'énergie de 38 % à l'horizon 2020 pour le parc de bâtiments existants. C'est un objectif difficilement tenable en raison de son coût, mais technologiquement c'est tout à fait faisable et nombre de bailleurs sociaux ont déjà largement entrepris la rénovation de leur parc. Diviser par quatre la consommation d'un logement construit dans les années 60 est chose relativement facile, reste à financer l'opération. Il faut voir la rénovation des bâtiments comme un investissement qui se paie lui même puisqu'on économise sur la facture énergétique et on génère de l'activité économique dans le pays plutôt que de payer ad vitam eternam une rente aux pays producteurs de pétrole et de gaz.

Le deuxième gros poste de réduction de consommation d'énergie est le transport, notamment le transport automobile, que ce soit le transport privé ou bien celui des marchandises. Ce poste représente 32 % de la consommation d'énergie. Là il faut raisonner de façon beaucoup plus globale, revoir nos modes de vie, la façon de construire ou d'aménager les villes, pour éviter autant que faire se peut l'usage des transports individuels.

Myriam Maestroni : Il est essentiel de veiller à la rénovation des 15 millions de logements qui sont en dessous de la catégorie B en France. Il faut expliquer à l’ensemble des Français comment gagner en efficacité énergétique dans leur logement. On a beaucoup mélangé la question du financement et la question de la sensibilisation aux travaux réalisés. Pour une grande majorité des Français, l’écoprime est de nature à fabriquer la décision de faire des travaux de rénovation : c’est un financement d’amorçage qui va jouer un rôle de sensibilisation. 

Est-ce la fin de la voiture individuelle ?

Yves Heuillard : La voiture individuelle est ruineuse pour la société toute entière sans réelle contrepartie. La vitesse moyenne d'une automobile en zone urbaine est de l’ordre de 30km/h mais si on tient compte du temps passé à travailler pour s'acheter une automobile, l'entretenir, payer les frais annexes, payer notre part d' infrastructures routières et ceux qui l'administrent, on ne va probablement pas plus vite qu'un vélo. Sans s'en apercevoir un couple modeste dépense plus dans toute son existence en automobile, carburants, assurances que le coût d'un appartement en centre-ville qui n'induirait que peu de déplacements, sans compter la perte de temps, les conséquences sur la santé... Le Danemark a bien compris ça, les automobiles y sont taxés à 200 %. L’utilisation commune de la voiture (covoiturage, autopartage, location) est une bonne amélioration déjà, mais à terme, il faut imaginer des villes sans voitures, mettre en place des politiques de transports innovantes: le téléphérique urbain, le remonte-pente pour les vélos et le vélo bien sûr. 

On nous vante beaucoup les bénéfices de la voiture électrique. Est-ce une réelle solution ? 

Yves Heuillard : La voiture électrique ne changera pas beaucoup les choses. Électrique ou pas la voiture individuelle n'est pas efficace en ville, et surtout trop coûteuse. Et puis d'un point de vue environnemental, les deux-tiers de la production électrique mondiale venant des combustibles fossiles, et 40 % du charbon, on ne fait que déplacer le problème.En Chine, premier marché automobile mondial une voiture électrique marche essentiellement au charbon. En France elle marchera au nucléaire, ce qui pose d'autres questions, et fait peser sur le monde des risques gigantesques à des coûts pharaoniques. Ceci ne condamne pas la voiture électrique, il faut simplement mettre les choses en perspectives.

Notre responsabilité, à nous Européens, c'est d'inventer les modes de vie qui permettent d'envisager la transmission d'une planète vivable, heureuse et pérenne aux générations futures. Ce faisant nous inventerons des organisations, des produits, des services, que les pays émergents nous envierons. S'il s'agit de rafistoler les modèles du XXe siècle, nous nous enfoncerons dans la crise actuelle dont ils sont l'origine. Les politiques le savent, le problème c'est la transition.

En quoi consistent les Certificats d’énergie ? Ont-ils prouvé leur efficacité ? 

Myriam Maestroni : Lorsque le programme écoprime a été créé, il y a deux ans, il avait pour vocation de rendre très simple la compréhension des travaux à réaliser et de la prime que l’on peut obtenir en matière d’économie d’énergie. Internet ne peut plus aujourd’hui ne pas faire partie de la communication de masse dont on a besoin. 

Aujourd’hui, sur plus de 1226 bénéficiaires de la prime, 62 % n’ont bénéficié d’aucune autre aide, et cela n’a rien coûté à l’État. La prime est en moyenne de 424 euros, avec 63 % des bénéficiaires qui déclarent faire plus attention à leur consommation d’énergie : il n’y a pas d’effet rebond comme certains l’avaient prévu.

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