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Donald Trump entre victoires éclatantes et sévères revers politiques

Alors que le cycle électoral est en marche aux Etats-Unis, le président américain a enregistré plusieurs victoires et défaites au cours des derniers jours.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018) ainsi que Et s’il gagnait encore ? (VA éditions). 

Son dernier livre « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama » est sorti chez VA éditions en novembre 2019.

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Atlantico : Adoption de sa réforme fiscale dans la nuit du vendredi 30 novembre, validation par la Cour suprême de son décret anti-immigration, mais également inculpation de Michael Flynn qui a choisi de plaider coupable dans le cadre de l'affaire russe : les derniers jours ont été constellés de bonnes et de mauvaises nouvelles pour Donald Trump. Derrière ces nombreuses informations, comment faire la part des choses sur la situation actuelle du président des Etats-Unis ? Entre les bonnes et les mauvaises nouvelles, quelles sont celles qui sont susceptibles de s'imposer au cours des prochaines semaines ? 

Jean-Eric BranaaCe n’est ni la première, ni la dernière fois que les nouvelles tombent « par grappe » en provenance des Etats-Unis. On en a maintenant l’habitude et il n’a échappé à personne que le pays est en suractivité depuis le 20 janvier,même si une critique récurrente était que Donald Trump n’arrive pas à faire passer le moindre texte d’importance au Congrès, en dépit de toute cette activité. Cette critique est donc caduque depuis le weekend dernier avec, effectivement, cette réforme de la fiscalité qui était très attendue.

C’est bien évidemment cette nouvelle qui va s’imposer au cours des prochaines semaines, et bien au-delà d’ailleurs : et Donald Trump a bien des raisons de s’en réjouir :

Sur le plan technique, il a réussi une prouesse en imposant cette réforme qu’il avait été le seul à porter et avec des niveaux de baisse très proches de ceux qu’il a défendu pendant la campagne.

Sur le plan politique, c’est une nouvelle preuve qu’il a dompté le parti de Lincoln, en réussissant ce tour de force de mettre tout le monde d’accord (avec la notable exception d’un membre, Bob Corker), avec une réforme qui aurait dû en rebuter plus d’un.

Sur le plan tactique, il a formidablement bien mené sa barque, faisant accorder à plusieurs membres des aménagements de dernière minute, sans assurance d’ailleurs que lesdits aménagements seront conservés lors de la négociation finale en commission mixte paritaire (dont les travaux commencent aujourd’hui).

Et au niveau du résultat, il peut désormais proclamer qu’il a conduit la plus grande réforme fiscale depuis Ronald Reagan et il ne dit rien de faux en affirmant cela.

Si ces nouvelles sont assombries par l’affaire Flynn, ce n’est pourtant qu’un mauvais moment à passer : la réforme a été votée et Donald Trump savourera sa joie lorsqu’on fêtera sa première année au pouvoir : il faudra alors le créditer de ce résultat, et il le sait bien.

En attendant, il continue aussi à se gargariser avec les très bons résultats obtenus par l’économie américaine et insiste désormais sur ses effets sur le 401-K. Là-encore il aurait tort de s’en priver. Le plan en question est un plan de retraite –le plus populaire dans son pays–queles salariés se constituent avec une cotisation définie, mais qui est indexé sur les marchés boursiers. On comprend vite que les retraités sont actuellement très heureux puisqu’avec les résultats enregistrés à Wall Street, leur pension est en hausse.

C’est pourquoi le président des Etats-Unis ne se laisse pas distraire par les mauvaises nouvelles qui sont pourtant très nombreuses autour de lui : il poursuit donc la mise en place de son programme, favorisant les acteurs économiques, les entreprises et en particuliers celles de l’énergie. La réduction drastiquedu périmètre des terres fédérales protégées, qu’il a annoncé dès lundi, en est un exemple : peu importe que cela soit impopulaire ou que cela heurte des populations, comme les Indiens : c’est bon pour l’économie et pour l’emploi et donc, suivant son axiome désormais connu, c’est bon pour les Etats-Unis.

Alors que le cycle électoral est en marche aux Etats-Unis, notamment au travers de l'élection en Alabama et du candidat Roy Moore soutenu par Donald Trump et Steve Bannon, que peut-on attendre des résultats du "mid-term" 2018 ? Avec quelles conséquences pour Donald Trump ?

Le scrutin des Mid-terms est traditionnellement plus favorable aux opposants, quels que soient les résultats qu’obtient le locataire de la Maison-Blanche. Il ne devrait pas en être autrement cette fois-ci. Pourtant, le président a tout de même un peu de chance cette année car le nombre de sortants au Sénat (le sénat sera renouvelé d’un tiers seulement) sera plus élevé chez les démocrates que chez les républicains. Double-chance, en réalité, car les sortants démocrates sont surtout issus d’Etat où Donald Trump a réalisé de beaux scores, dans le Centre ou le Sud du pays. On peut donc s’attendre à ce que plusieurs de ces sièges basculent dans son camp et que sa majorité soit au final élargie de quelques sénateurs supplémentaires.

C’est donc sur les campagnes pour le renouvellement des députés que le Parti démocrate va plus particulièrement porter son effort, ses moyens et ses forces. On ne doit certainement pas s’attendre à un tsunami, car le Parti démocrate n’est pas dans un état très reluisant en ce moment, mais il gagnera très certainement la Chambre des représentants. Il gagnera d’ailleurs aussi très certainement beaucoup de nouveaux postes de gouverneurs parmi tous ceux qui seront soumis à réélection, soit 34 d’entre eux.

Cela va donc donner une opposition plus forte et plus structurée qui tachera de compliquer l’action du président sous un angle plus politique, ce dont elle est bien incapable aujourd’hui.

Toutefois, un danger guette: plusieurs membres du Parti démocrate, un peu plus exaltés ou emportés par cette vague d’opposition systématique qui est la marque de leur action actuelle, pourraient alors vouloir profiter de leur nouvel avantage pour engager un Impeachment. Ils en auront la possibilité, et même celle de le conduire au bout, puisqu’ils auront très certainement la majorité de sièges de la Chambre. Mais ce serait un coup d’épée dans l’eau s’ils n’ont pas remporté le Sénat, ou, dansl’hypothèse ou il y arriveraient là aussi, si leur victoire n’était pas couronnée d’un succès phénoménal : car sans l’avance de 12 sénateurs qui est nécessaire pour voter une destitution, une procédure contre le président ne mènera nulle part et il n’est pas certain que les électeurs américains pardonneront à leurs élus de se distraire ainsi du rôle pour lequel ils sont élus et qui est avant tout d’améliorer leur sort.

Après cette première année au pouvoir, quelles sont les urgences pour Donald Trump ? Quelles sont les réformes qu'il faut s'attendre à voir être mises en œuvre au cours des prochains mois pour que Donald Trump puisse asseoir une popularité actuellement proche de 40% ?

On attendait très logiquement le lancement du grand plan en faveur des infrastructures, une autre annonce phare de la campagne de Donald Trump : il a largement promis que ce vaste chantier dans lequel il devait engager 1000 milliards de dollars serait la clé de voute de la relance de l’économie américaine.

Mais, alors qu’il a réussi à faire adopter la réforme fiscale, le président semble repousser ce plan à plus tard, au grand dam de la bourse qui compte beaucoup dessus, mais en cédant ainsi à la pression d’un grand nombre d’élus républicains qui souhaiteraient ne pas engager autant d’argent public, autrement dit des impôts payés par leurs électeurs à qui ils ne cessent de répéter qu’ils vont tout faire pour limiter les dépenses.

Mais, en réalité, il y a une autre raison tout aussi importante qui fait changer Donald Trump de sa route : les sénateurs ont ajouté une clause à la réforme fiscale par laquelle ils mettent techniquement fin à l’Obamacare en supprimant le mandat individuel, c’est-à-dire l’obligation de s’assurer. Donald Trump voudrait bien que l’on revienne maintenant sur cette réforme et qu’on aille plus loin qu’une mort technique : en faisant voter un nouveau texte il effacera l’échec cuisant qu’il a subit fin juillet sur cette question et consolidera sa réputation d’un homme qui ne lâche pas et va au bout des choses.

La troisième question qui dominera le début de l’année sera la question migratoire : Donald Trump a certes emporté une bataille précieuse grâce au soutien que lui a apporté la Cour suprême en reconnaissant son bon droit à émettre des décrets limitant l’immigration en provenance de certains pays, il a mal digéré le verdict dans le procès de l’immigrant clandestin qui était accusé d’avoir assassiné Katie Steinle, une affaire qui a dominé l’actualité américaine pendant toute la campagne. La société américaine, très sensible sur cette question va donc encore s’enflammer lorsque le projet de la réforme des conditions d’immigration aux Etats-Unis va être discuté (loi RAISE) ou lorsqu’il sera question de régler le sort des jeunes migrants illégaux, les Dreamers, actuellement protégés par le décret DACA signé par Barack Obama.

Enfin, s’agissant de la popularité de Donald Trump, c’est là une discussion qui est toujours sans fondement : les deux cotes sont rigoureusement stables sur toute la période de sa présence depuis le mois d’avril. Rien ne semble devoir changer cela dans une Amérique tellement polarisée que plus personne ne semble oser changer d’avis.

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