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La reine Sofia.
©Reuters

Espagne

Sofia, dernière reine de l'Histoire : les monarchies ont-elle besoin de mystique ou d'être proches du peuple ?

Son fils prête serment ce jeudi 19 juin pour accéder au trône. Sa belle-fille, comme beaucoup d'autres princesses européennes, ne vient pas d'un milieu aristocratique. La reine Sophie fait aujourd'hui figure d'exception, seule reine consort née dans une famille royale.

Carolyn Harris

Carolyn Harris

Carolyn Harris est une historienne canadienne spécialiste des monarchies européennes. Visiter son site internet ici.

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Atlantico : Quel a été l’apport de la reine Sophie à la monarchie espagnole ? A-t-elle aidé à la renforcer ?

Carolyn Harris : La reine Sophie a toujours été très populaire en Espagne. Elle est bien connue pour l’intérêt qu’elle porte aux œuvres de charité, son sens de l’élégance, et sa loyauté envers Juan Carlos, en dépit des rumeurs selon lesquelles leur mariage n’a pas toujours été des plus heureux.

Son origine royale lui a-t-elle rendu l’exercice du métier de reine plus aisé, que ce soit sous Franco ou par la suite ? Etait-elle mieux préparée à faire face à ses obligations et aux difficultés ?

Franco a rappelé à Juan Carlos qu’il n’était pas tenu d’épouser une princesse, et l’a même encouragé à se tourner plutôt vers une Espagnole. Son mariage avec Sophie fut donc un premier exemple de la capacité de prise d’initiative de Juan Carlos, plutôt que de se contenter d’obéir aveuglément au dictateur.

Le prince Felipe prête serment ce jeudi 19 juin pour devenir roi d’Espagne. Contrairement à sa mère Sophie, qui est née dans la famille royale de Grèce, son épouse Letizia n’a pas d’origines nobles, tout comme beaucoup d’autres têtes couronnées européennes. Comment expliquer qu’il ne soit plus nécessaire aujourd’hui de venir d’un milieu aristocratique ?

La tendance aux mariages entre rois et roturiers a débuté après la Première guerre mondiale et la chute des familles royales d’Allemagne, d’Autriche et, encore avant, de France. Le roi Juan Carlos et la reine Sofia sont l’un des exemples les plus récents de deux membres de deux familles royales se promettant fidélité. Il faut dire que l’existence des têtes couronnées est de nos jours beaucoup plus proche de celles de leurs sujets : ils vont à l’université, rencontrent des gens de milieux sociaux beaucoup plus variés, et ont donc la possibilité de se marier avec des profils beaucoup plus variés que par le passé.

L’origine prolétaire de nombreuses têtes couronnées rend-elle les familles royales plus proches de la population ? La nature de cette relation était-elle différente auparavant ?

Lorsque les familles royales s’unissaient uniquement avec d’autres familles royales, leur vie paraissait bien différente de celle de leurs sujets. Jusqu’à la révolution industrielle la plupart des Européens se mariaient avec des personnes de la même provenance sociale.  Il n’en allait pas différemment pour les rois, qui le plus souvent trouvaient leur épouse dans une maison royale étrangère. Jusqu’au Congrès de Vienne, ces mariages dynastiques revêtaient une dimension diplomatique ;  des territoires ou des dotes étaient transférées.

A l’époque où les rois et reines s’unissaient exclusivement avec d’autres familles royales, le peuple avait-il une perception différente de ses souverains ? La notion de sacralité était-elle plus forte ?

L’attitude du peuple vis-à-vis des mariages entre familles royales était variée. Les consorts royaux se trouvaient très souvent dans une situation compliquée. On attendait d’eux qu’ils agissent comme des ambassadeurs officieux de leur royaume d’origine, mais qu’en même temps ils s’intègrent totalement dans leur Cour d’accueil. Alors que certains réussissaient brillamment cette épreuve, d’autres étaient calomniés à cause de leurs origines étrangères. Marie-Antoinette, par exemple, le fut à cause de son extraction autrichienne.

Si l’inspiration divine n’est plus ce qui aujourd’hui fonde leur légitimité, sur quelle base les familles royales justifient-elles leur existence ?

Les monarchies constitutionnelles tirent leur origine d’un consensus sur le rôle qu’elles ont à tenir dans un Etat moderne. Le droit divin a été rejeté au Royaume-Uni au cours des guerres civiles anglaises. Même si la monarchie a été restaurée en 1660, Charles II ne pouvait plus gouverner comme le faisait son père. La monarchie constitutionnelle moderne s’est progressivement développée au fil des siècles, pour aboutir à celle que nous connaissons aujourd’hui.

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