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N'ayant plus le problème de sa réélection à gérer, François Hollande a une occasion en or pour sauver son bilan européen.
©Reuters

Mieux vaut tard que jamais

Dette grecque et Eurogroupe : François Hollande peut-il encore sauver l'honneur de son quinquennat en tapant enfin du poing sur la table face à l'Allemagne ?

Débarrassé de la contrainte de sa réélection en 2017, François Hollande dispose de quelques mois encore pour taper enfin du poing sur la table de l'Union européenne et de la zone euro, une nouvelle fois tiraillée sur le dossier grec.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

Voir la bio »Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Atlantico : Ce jeudi, la France s'est opposée à la décision de l'Eurogroupe de suspendre le programme d'allègement de la dette grecque. François Hollande peut-il avoir une position de force vis-à-vis d'Angela Merkel sur ce dossier ? Dans quelle mesure le contexte européen (vague populiste), et son contexte personnel (non-candidature à l'élection présidentielle) jouent-ils en sa faveur ?

Nicolas Goetzmann : En premier lieu, il convient de préciser que cette "décision" de l'Eurogroupe n'en est pas réellement une. Son président, Jeroen Dijsselbloem, a publié un communiqué indiquant que "les institutions ont conclu que les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec nos accords", alors que les ministres des Finances ne s'étaient pas réunis pour trancher. Dijsselbloem s'est simplement basé sur les réactions négatives du ministre allemand et de son homologue néerlandais pour comprendre que l'unanimité était brisée. Il a donc communiqué sur cette seule base, en faisant l'impasse sur les autres. L'impression d'une Europe gouvernée par Berlin devient exacerbée.

C'est sur cette base, parfaitement contestable sur le fond, que François Hollande peut trouver une brèche pour contrer la position allemande. Le Président français a ici une occasion en or, il est en effet libéré des questions de politique intérieure, suite à son forfait pour 2017, mais il peut également bénéficier du contexte. Ce qu'il a compris en déclarant à son arrivée à Bruxelles : "Je suis pour que la Grèce soit traitée dignement (…) Il ne peut pas être question de demander encore des efforts supplémentaires à la Grèce". Car Berlin ne peut pas jouer avec le feu avec une situation paradoxale. En effet, alors que la prochaine élection allemande risque de conduire à une exacerbation de la politique rigoriste du pays avec un électorat de plus en plus préoccupé par son impression de payer pour les pays du sud, le gouvernement allemand n'a aucun intérêt à voir la vague populiste prendre forme en Europe, et surtout pas en France. Or, une humiliation de François Hollande ne servirait pas ses intérêts. Ce qui fait que la ligne de crête est étroite pour Berlin. Parvenir à satisfaire son électorat épuisé par les problèmes du sud, tout en préservant l'unité européenne qui est indispensable à l'Allemagne.

Rémi Bourgeot : Les décisions relatives à la gestion de la zone euro sont centralisées à Berlin depuis 2010. Dans les cas extrêmes néanmoins, comme à l’été 2015 lorsque le gouvernement allemand envisageait d’exclure la Grèce, les gouvernements des autres grands pays de la zone, comme la France, doivent dans une certaine mesure apporter leur assentiment. En 2015, François Hollande s’était ainsi formellement opposé à l’expulsion de la Grèce.

Dans le contexte électoral allemand, Angela Merkel ne doit pas manquer une occasion d’envoyer des signaux populistes à son électorat, face à l’AfD, et de montrer qu’elle ne fait aucune concession significative sur le dossier du mauvais élève grec. Evidemment, d’un point de vue économique, cela n’a guère de sens. Avec une dette publique à plus de 175% du PIB et une économie extrêmement fragile, la Grèce est insolvable. Tout le monde le sait depuis des années, notamment le FMI qui rechigne de plus en plus à participer à cette mascarade.

Merkel et Schäuble veulent néanmoins démontrer qu’un gouvernement étranger qui fait appel au contribuable allemand abandonne automatiquement toute forme de souveraineté financière, a fortiori si l’on évoque une quelconque forme d’allègement de dette. Pour autant, ils sont en fait obligés de faire quelques concessions pour trouver un compromis non pas tant avec la Grèce ou la France qu’avec le FMI.

De son côté, le gouvernement français veut à tout prix défendre le cadre de l’euro et, à ce titre, essaie simplement d’influencer la position allemande à la marge. Paradoxalement, Hollande défend ainsi les intérêts commerciaux allemands contre le populisme allemand dont Merkel et Schäuble doivent se faire l’écho. La non-candidature de Hollande pourrait lui permettre un style plus détaché mais la situation de fond reste à peu près inchangée.

François Hollande pourrait-il s'appuyer sur la droite dans cette opération "coup de poing" ? Néanmoins, quelle est la probabilité que cette dernière le soutienne ?

Rémi Bourgeot : La question du positionnement de la droite est intéressante et complexe à la fois. Juppé aurait été exactement sur la même ligne technocratique que Hollande, c'est-à-dire une volonté de modérer Merkel pour au final mieux défendre les intérêts commerciaux allemands. La figure de Fillon est plus complexe. Il propose un programme économique d’adaptation radicale au cadre de la zone euro emmenée par l’Allemagne (ce qui serait en fait néfaste pour la croissance allemande). En même temps, Fillon est assez inquiétant pour le gouvernement allemand sur le plan culturel du fait de son passé souverainiste (bien qu’il en soit aujourd’hui éloigné), de son anglophilie sincère et de sa volonté de réalisme géopolitique. L’establishment allemand ne s’y trompe pas, en chérissant Macron, qui propose un alignement complet sur Berlin, mais, contrairement à Hollande, dans la joie et la bonne humeur du "progressisme" et de la "modernité".

Dans l’ensemble, les politiciens français de droite comme de gauche comprennent la nécessité d’une restructuration de la dette grecque, quelle que soit leur position sur l’euro. Il se peut que des responsables politiques de droite critiquent de-ci de-là Hollande sur cette question dans le contexte de la présidentielle. Mais dans le fond, le rapport au populisme allemand n’est pas, en France, une question de droite ou de gauche.

Nicolas Goetzmann : Dans un contexte de campagne électorale, la position est évidemment délicate pour la droite. Il est d'ailleurs assez évident que cette question a été prise en compte par François Hollande. L'attitude qui consiste à remettre la France au cœur de la politique européenne pourrait, bien entendu, être perçue favorablement par une part importante de l'électorat. De plus, dans un sondage datant de 2015, il apparaissait que les Français se montraient plutôt conciliants avec les Grecs, non pas en favorisant l'annulation de la dette, mais en acceptant un allongement de la durée de remboursement. Une position très rigoriste n'était soutenue que par 21% de l'électorat des Républicains. Voilà pourquoi la question est délicate. Mais François Fillon ne peut pas se laisser entraîner par François Hollande dans une telle contestation, il ne peut apparaître comme un soutien de la Grèce, ce qui serait totalement contraire à son récit programmatique. De plus, après l'épisode de la sécurité sociale, le cas grec pourrait également être une occasion de réaffirmer une position plus nette sur ses intentions économiques. L'élément qui doit être pris en compte est sans aucun doute l'opportunisme de François Hollande, qui semble se réveiller en fin de mandat sur la question européenne. Car sur le cas grec, et malgré les "confidences" faites aux journalistes du Monde, son impact est resté mineur. Il n'a fait que faciliter la mise en place du programme prévu. Rien de plus. Cette soudaine réaction ne ressemble donc aucunement à une conviction. Il s'agit plutôt d'ouvrir une occasion pour son parti, pour se réconcilier avec sa gauche.

Quelles sont les implications réelles du positionnement de la France sur ce dossier ? Cette opposition à l'Allemagne n'est-elle pas un peu tardive ? Peut-on considérer que François Hollande a manqué la véritable occasion qu'il avait de réformer l'Europe et d'infléchir les positions allemandes en refusant de se rallier à Matteo Renzi ?

Nicolas Goetzmann : François Hollande avait promis de renégocier le pacte de stabilité dès 2012, il n'en a rien fait. Il n'a pas plus bougé pour la Grèce, contrairement au récit de "sauveur" que le Président veut distiller. Et concernant l'Italie, l'image du Sommet de Bratislava restera, lorsque Matteo Renzi a déclaré "faire une conférence de presse où on ne dit rien n’est pas le rêve de ma vie", critiquant l'inconséquence européenne sur la question des migrants ou sur les recettes économiques administrées au continent. Mais François Hollande ne s'est jamais "décollé" d'Angela Merkel sur ces questions, ayant trop peur de perdre le fil du couple franco-allemand alors que celui-ci lui avait échappé dès le début du quinquennat. Les positions françaises sont restées extrêmement proches de celles de l'Allemagne. Le jeu de François Hollande comporte cependant une bonne prise de risque, car il pourrait se faire humilier si la décision annoncée était finalement prise. Mais il n'a pas grand-chose à gagner, parce que sa sincérité pourrait facilement être remise en cause.

Rémi Bourgeot : Il s’agit depuis le début de la crise de l’euro d’une volonté de modération de l’Allemagne à la marge pour éviter l’éclatement de la zone, non pas d’une véritable opposition sur la politique économique. Quiconque se frotte au monde politique allemand sait que l’idée d’une véritable coordination macroéconomique dans le cadre de l’euro est exclue. Dans le fond, les Allemands n’ont jamais vraiment aimé l’euro. Il leur a été imposé par la bureaucratie française sous l’égide de François Mitterrand en échange du soutien français à la réunification allemande. Une fois l’euro mis en place, les sociaux-démocrates alors au pouvoir n’ont pas perdu un instant pour abaisser le coût du travail et relancer l’économie allemande affaiblie par les exportations, sur le dos de l’Europe. Mais l’euro reste avant tout un totem français, bien que l’establishment hexagonal commence à comprendre que le couple franco-allemand est mort et que l’Allemagne n’acceptera jamais une structure fédérale de gestion de l’euro. A cet égard, la violence des négociations sur la dette grecque en 2015 a marqué un tournant dans les esprits. Néanmoins, aucune alternative politique sérieuse n’a encore vu le jour, ni en France ni en Italie. Hollande et Renzi ont suivi la même approche d’alignement sur Berlin tout en modérant les accès de populisme du duo Merkel-Schäuble quand cela menaçait directement la survie de l'euro.

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