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Le magazine Voici a publié des photos de paparazzi dans lesquelles apparait François Hollande en compagnie de Julie Gayet.
Le magazine Voici a publié des photos de paparazzi dans lesquelles apparait François Hollande en compagnie de Julie Gayet.
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Paparazzi's paradise

Derrière les photos de Hollande et Gayet volées au cœur de l'Elysée, le peu de cas que le président fait de sa sécurité

En seulement deux ans et demi à l’Élysée, c'est la deuxième fois que François Hollande est pris en photo par un paparazzi dans des situations de grande vulnérabilité.

Bruno Beschizza

Bruno Beschizza

Bruno Beschizza est conseiller régional d'Île-de-France, élu en mars 2010 en Seine-Saint-Denis et Secrétaire National de l'UMP à l'emploi des forces de sécurité.

Avant 2010, il était commandant fonctionnel de Police, secrétaire général du syndicat Synergie-Officiers.

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Atlantico : Le magazine Voici a publié des photos de paparazzi dans lesquelles apparait François Hollande en compagnie de Julie Gayet. Qu'est-ce que cela révèle des failles de sécurité autour du président de la République ?

Bruno Beschizza : Cette affaire est affligeante, il est ici question du chef de l'Etat français, qui est censé être protégé sous tous les aspects. Si les services de sécurité ne sont pas capables de protéger ne serait-ce que l'image du président, c'est qu'un problème se pose. La protection bâtimentaire n'est pas la seule donnée à prendre en compte, celle de l'image du président fait aussi partie du travail du service de sécurité, car l'accès à son intimité peut le mettre en position de faiblesse. C'est pourquoi je qualifie les images de Voici "d'affligeantes" : si des failles existent pour des journalistes, il peut aussi en exister pour des services étrangers en charge de collecter des informations.

D'après le paparazzi Gilbert Quinte, contacté par le journal 20 Minutes, "il devrait être assez facile de savoir d'où le cliché a été pris" grâce à une enquête "de type balistique". Une arme pourrait donc aussi bien remplacer l'appareil photo…

On peut tirer sur le président, sur la personne qui se trouve à côté de lui, certes, mais même l'accès à ce type d'image est un  scandale en soi.

Des plans de protection de l'Elysée existent, et c'est un service indépendant du ministère de l'Intérieur qui a la charge de veiller à la sécurité du président de la République. Des consignes de sécurité existent, comme celle de ne pas se mettre à certaines fenêtres ou de ne pas s'exposer dans certaines zones. A Paris, on ne peut pas murer les fenêtres, c'est bien normal.

En l'occurrence, c'est tout le panel sécuritaire qui a failli, du plus grave à cause de la possibilité d'atteindre le président physiquement, au gênant avec ces images volées, qui auraient pu être prises par un quelconque service de renseignement étranger. Il est fort possible que ce soit François Hollande qui n'écoute pas les consignes de sécurité.

Après les photos à scooter publiées par Closer, François Hollande donne l'impression de ne pas prendre les règles de sécurité très au sérieux. Le problème est-il structurel, ou vient-il du Président ?

Dans l'affaire du scooter, je ne me permettrai pas de mettre en cause les services de sécurité, l'officier de sécurité ne peut pas obliger le Président. François Hollande a l'air de considérer la sécurité comme un non-sujet, ou du moins de la prendre à la légère. Qu'il soit sur un scooter, cela veut dire qu'on peut lui tirer dessus, l'enlever, le percuter volontairement ou par accident, et le décrédibiliser par l'image comme ce fut le cas.

Une question mérite d'être posée : François Hollande écoute-t-il ses officiers de sécurité et les consignes strictes qui sont données ?

Ces photos de paparazzi révèle-t-elles un problème que la France aurait avec la protection de ses dirigeants ? Cela pourrait-il se produire dans d'autres pays ?

Aux Etats-Unis par exemple, un homme public ne se permet pas de ne pas écouter les consignes qui lui sont données par le responsable de sa sécurité. En France les personnes publiques ont du mal à comprendre qu'elles n'ont plus de vie privée.  En ma qualité d'ancien président de syndicat de police, je puis vous dire que si un Ministre veut se rendre quelque part, il y va, car les officiers ne peuvent pas lui dire non, seulement lui faire des recommandations. Il faudrait un système de règles contraignantes qui empêche le Président ou les ministres de se positionner au-dessus des consignes de sécurité. Nos services de sécurité sont d'un bon niveau, et bien souvent ce sont les procédures qui ne sont pas respectées par les personnes qui sont censées protégées par ces mêmes procédures. Le scooter en est la preuve.

Mais le cas des photos de Voici met tout de même en avant une faille qui existe depuis très longtemps, bien avant François Hollande ?

Si jusqu'ici aucune photo de ce type n'a été révélée, c'est parce que les prédécesseurs de M. Hollande se sont sans doute conformés aux consignes de sécurité. Pourquoi est-il le premier à avoir été pris en photo à cet endroit-là ? Du temps de Nicolas Sarkozy, les photographes étaient tout aussi nombreux à vouloir saisir un cliché, et curieusement aucune photo n'est sortie dans la presse. J'irai même plus loin, un ancien président de la République menant une double vie, il s'appelait François Mitterrand. Il avait un appartement rue de Bièvre, qui était protégé, et un autre où sa compagne officieuse et sa vie vivaient, qui était aussi protégé par l'Etat. Si le grand public n'en a rien su, c'est parce qu'il respectait les procédures. En 14 ans, c'est plutôt une réussite. En deux ans et demi ans, François Hollande s'est fait avoir deux fois. C'est ce qui me fait dire que le problème vient de François Hollande, et non du système de sécurité.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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