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Derrière les murs du Vatican : le vrai faux scoop du lobby gay, ce qui se cache derrière la bataille de la date du conclave, les intégristes dans l'expectative

Alors que les premiers cardinaux résidentiels arriveront à Rome ce week-end à l'approche du conclave, les rumeurs et les bruits de couloirs risquent de se multiplier.

Nicolas Diat

Nicolas Diat

Nicolas Diat est considéré comme un des meilleurs spécialistes du Vatican. 
 
"Un temps pour mourir" de Nicolas Diat
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Atlantico : Dans un article, intitulé "Sexe et carrière, les chantages au Vatican derrière la renonciation de Benoît XVI", la Repubblica établit un lien direct entre le rapport des cardinaux Juliàn Herranz, Jozef Tomko et Salvatore De Giorgi et la décision du pape de renoncer. L’article évoque également un "lobby gay" qui aurait exercé un chantage sur certains prélats du Vatican, ce qui aurait accéléré la démission du pape. Ces informations vous paraissent-elles crédibles ?

Nicolas Diat : Benoît XVI a, au printemps dernier, diligenté lui-même l’enquête dont il est question et il l’a confiée à trois cardinaux, choisis pour leur indépendance absolue car, ayant plus de 80 ans, ils ne disposent plus de leur droit de vote. La première information de la Reppublica consiste à dire que Benoît XVI aurait été, suite à cette enquête, tellement affecté et troublé, que son choc l’aurait conduit à la démission. C’est un faux scoop. S’il y a une personne qui connaît au Vatican depuis longtemps les dérives d’un certain nombre de prêtres ou d’évêques, c’est bien Benoit XVI. Joseph Ratzinger lorsqu’il était Préfet de la doctrine de la foi, avant de devenir pape, a ouvert, contre l’avis de toute la curie, y compris l’entourage le plus proche de Jean-Paul II, l’enquête sur les abus sexuels du Père Martial Maciel, le fondateur des Légionnaires du Christ. A l’époque, c’était un véritable dossier "x", il y avait une authentique omerta et une protection - avec à sa tête le cardinal Sodano lui-même - qui permettait au fondateur des Légionnaires du Christ et à son entourage de vivre dans l'impunité malgré des abus sexuels en tous genres extrêmement graves. Il est donc absolument impossible que Benoît XVI ce soit laissé impressionner par des faits qu’il a été le premier a dénoncer publiquement, de même qu'il a été le premier à ordonner la conduite d'enquêtes très poussées.

L’information portant sur le lobby gay est plus complexe parce que ce qu’indique l’article c’est que non seulement, il y aurait des cas d’homosexualité chez un certain nombre de prélats (ce qu’aucun vaticaniste sérieux ne peut nier) mais aussi que ces personnes agiraient ensemble dans une sorte de confraternité. Cela est plus difficile à établir. Mais ce n’est certainement pas cela qui a poussé Benoît XVI à la démission.

Certains cardinaux ont demandé que la date du conclave soit avancée, d’autres estiment qu’il vaut mieux prendre le temps de se connaître et discuter des grands défis de l’Eglise. Si le conclave est avancé, quelles pourraient en être les conséquences ?

Effectivement il y a très clairement deux écoles. La première école est portée par des cardinaux de curie, à commencer par le cardinal Tarcisio Bertone, actuel Secrétaire d’Etat, et le cardinal Giovanni Battista Re qui est un des personnages les plus puissants de la fin du pontificat de Jean-Paul II, tout en continuant à jouer un rôle au début du pontificat de Benoît XVI en tant que Préfet de la congrégation pour les évêques. Ces deux cardinaux sont en pointe pour avancer le conclave. Cette idée est complètement à rebours des cardinaux dits "résidentiels", c'est-à-dire sur le terrain, je pense notamment au cardinal Dolan de New-York et au Cardinal Vingt-Trois de Paris. Ces derniers estiment que l’Eglise se trouve à un tournant de son histoire, les débats à mener nombreux et qu’il est pour le moins "léger" de considérer que l’on pourrait se passer de 15 jours complets de débats. Sauf si Benoît XVI décidait lui-même de la date d’entrée en conclave, ce sont probablement les cardinaux eux-mêmes qui voteront pour déterminer cette date.

On soupçonne que certains cardinaux de curie souhaitant avancer la date du conclave, vaudraient minimiser les débats pour imposer le plus vite possible un ou deux candidats. On sait par exemple que le cardinal Re fait actuellement campagne pour le cardinal Odilo Scherrer, archevêque de Sao Paulo, né en 1949 et figure de proue du camp libéral et progressiste. Quant au cardinal Bertone, il fera tout pour empêcher l’avancée du Cardinal Scola. Cette problématique de dates révèle une vraie distension au sein du Sacré collège. Cette question n’est pas préoccupante mais sera un des premiers sujets traités lorsque les cardinaux résidentiels arriveront à Rome dès ce week-end pour les premiers.

Une fois que les cardinaux seront tous présents il y a tout lieu de croire que le poids des cardinaux de terrain va l’emporter sur les quelques cardinaux de curie qui considèrent qu’il faut avancer la date du conclave. Le scénario le plus probable est que la date soit maintenue.

L’archevêque Angelo Scola, parmi les favoris, a-t-il toutes ses chances ?

Le cardinal Scola possède un avantage et un problème très simple. Un groupe de cardinaux, plutôt européens, lui est très favorable mais un certain nombre lui est radicalement opposé. Il est donc difficile de dire dans quelle situation il se trouve réellement.

Ce qui pose in fine problème c’est que le cardinal Scola appartient à un mouvement italien qui s’appelle communion et libération. Ce mouvement divise également les cardinaux et crée des passions. Ces passions ne sont pas de très bon augure pour le résultat final.

Le pape Benoît XVI transmettra le dossier des intégristes Lefebvristes à son successeur qui sera élu par le prochain conclave, a annoncé jeudi le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège. Qu’adviendra-t-il de ce dossier ? Quelles sont les différentes possibilités ?

Le père Lombardi a été extrêmement clair, disant qu’il appartiendrait au successeur de Benoît XVI de traiter ce dossier. Benoît XVI était un des meilleurs connaisseurs de ce dossier puisque dès 1988, au moment de l’excommunication de Monseigneur Lefebvre, il était partie prenante et avait rencontré Monseigneur Lefebvre à plusieurs reprises. Il est quasiment certain que son successeur ne connaîtra pas le dossier aussi bien que lui. Benoît XVI a également toujours eu une sensibilité liturgique très développée, ce qui ne sera pas forcément le cas de son successeur.

Du point de vue des Lefebvristes, il est évident que leur attitude, leur réponse dépendra entièrement du profil du successeur. Il y a de fortes chances que les Lefebvristes attendent de connaitre le profil du nouveau pape.

La nomination par le pape démissionnaire Benoît XVI de Ernst von Freyberg à la tête de l'IOR, la banque du Vatican, soulève de nombreuses polémiques…

Cette décision est à l’image de la mauvaise gouvernance qui caractérise la dernière partie de ce pontificat. Mauvaise gouvernance qui est le fait du cardinal Bertone. Il est assez curieux de procéder à une nomination aussi importante alors que le Saint-Père a déjà fait part de sa renonciation.

L’autre problème provient du fait que le nouveau président de l’IOR avait des participations dans une société de navires de guerre. Cela a provoqué un certain trouble mais encore une fois, la seule problématique qu’il faut retenir est de savoir si cette décision était opportune alors que Benoît XVI avait déjà renoncé à sa fonction. Cette décision est à l’image du manque de sens politique du Secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone. Le nouveau président de l’IOR a bien évidemment un excellent profil pour cette fonction. Quelles que soient les polémiques sur les activités de ses différentes sociétés, il dispose de grandes compétences. Mais il aurait fallu avoir la sagesse de laisser ce dossier au successeur.

Faut-il laisser les cardinaux mis en cause dans les cas d’abus sexuel décider du futur pape ?

Vous faites référence au cardinal de Los Angeles, le cardinal Mahony, ancien archevêque de Los Angeles, mis en cause par son successeur lui-même, Mgr Jose Gomez, non pas pour une mauvaise conduite personnelle mais pour avoir très mal géré des dossiers d'abus sexuels. Mgr Gomez, proche de l'Opus Dei, avait interdit son prédécesseur de toute activité publique mais a déclaré cette semaine qu’il n’y avait pas de lien entre le fait d’avoir très mal géré un diocèse et le fait d’élire en conscience, c’est-à-dire éclairé par la prière et par l’Esprit-Saint, le successeur de Benoît XVI. D’un point de vue spirituel et ecclésial, il a donc affirmer qu'il y avait une différence entre le fait objectif de mauvaise gestion d'un diocèse et une décision à prendre dans la prière et éclairé par l’Esprit-Saint, car c’est ainsi qu’est choisi le pape dans la tradition de l’Eglise catholique.

Propos recueillis par Carole Dieterich.

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