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Derrière le mouvement social anti loi Travail, une stratégie pré-insurrectionnelle de l’extrême-gauche ?
©REUTERS/Stephane Mahe

Ca va péter

Derrière le mouvement social anti loi Travail, une stratégie pré-insurrectionnelle de l’extrême-gauche ?

Alors que la CGT multiplie les appels à la grève contre le projet de loi Travail, certaines de ses méthodes (blocages de raffineries et de l'électricité) s'apparentent au registre pré-insurrectionnel.

Hubert Landier

Hubert Landier

Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).

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Atlantico : Alors que les organisations syndicales multiplient les appels à la grève et aux manifestations, quelle est l'ampleur de la mobilisation sociale ? Peut-on vraiment parler d'un mouvement social au sens traditionnel du terme ? 

Hubert Landier : Le mouvement, si on regarde les chiffres, est assez peu suivi. Pour la journée d’action du 26 mai, la police parle, pour toute la France, de 150 000 participants, dont 20 000 environ à Paris. Or, la CGT compte environ 600 000 adhérents. Si on ajoute ceux de Force ouvrière, de Solidaires et de la FSU, on arrive à un million. Cela veut donc dire que 15% seulement de leurs adhérents se seront mobilisés. Et si on raisonne en termes de pourcentage par rapport au nombre total de salariés en France, on arrive à un pourcentage beaucoup plus faible encore, certainement inférieur à 1%. 

Si on raisonne maintenant en termes de nombre de sites en grève, bloqués ou occupés, on arrive à quelques dizaines seulement. Mais ce ne sont pas n’importe lesquels : il s’agit des raffineries, des centrales nucléaires et des imprimeries de presse. Cela suffit évidemment à perturber sérieusement le pays. En revanche, on peut constater que jusqu’à présent, la mobilisation a été très faible à la SNCF et dans les réseaux de transports urbains. Cela changera peut-être, mais en attendant, on peut constater que, jeudi 26 mai, les trains roulaient et les autobus circulaient malgré l’appel à la journée d’action.

Dès lors, comment qualifier la situation actuelle ? Dans quel registre la stratégie de la CGT (blocages de raffineries, de l'électricité, chantage auprès de la presse pour qu'elle publie une tribune de Philippe Martinez) s'inscrit-elle ? 

Les méthodes de la CGT sont très semblables à celles qui avaient été mises en œuvre à l’automne 1947. Rappelons que le socialiste Paul Ramadier venait d’exclure les ministres communistes de son gouvernement. Pour le Parti communiste, il s’agissait de prouver que le gouvernement dirigé par les socialistes ne pouvait pas gouverner en l’absence des communistes. D’où un appel à la grève insurrectionnelle. Cela n’avait pas été un succès : non seulement le ministre de l’Intérieur, Jules Moch, qui faisait partie de la SFIO, avait créé, pour l’occasion, les compagnies républicaines de sécurité (CRS), mais une partie des adhérents de la CGT avaient fait sécession pour créer la CGT-Force ouvrière.

Dans un cas comme dans l’autre, on constate que les désordres sociaux visaient à servir une cause politique. En 1947, il s’agissait de servir la cause du Parti communiste dans un contexte qui était celui du début de la Guerre Froide. Aujourd’hui, il s’agit pour la CGT d’accompagner la démarche de "la gauche de la gauche", telle qu’elle s’oppose à la démarche social-démocrate proclamée de François Hollande. Il faut savoir en effet que les trotskistes et le Parti de gauche sont influents au sein de la CGT et que leur présence explique en grande partie la ligne radicale suivie par Philippe Martinez, qui lui-même vient de la CGT Renault. Or, celle-ci, avant d’être marginalisée en raison de sa politique ringarde et jusqu’au-boutiste, n’a jamais hésité à bourrer les urnes.

Dans quelle mesure les actions menées par la CGT sont-elles comparables, toutes proportions gardées, aux méthodes des révolutionnaires communistes tels que les soviétiques de 1917 ?

Ce sont des méthodes insurrectionnelles classiques. A défaut de pouvoir mobiliser la masse, on s’en prend aux points névralgiques : les communications, les moyens d’information, bref, tout ce qui peut contribuer à paralyser un pays. Le fait que la CGT n’ait pu bloquer la SNCF ou les chaînes de radio et de télévision montre à quel point sa démarche est fragile. Philippe Martinez n’a pas beaucoup de ressources dans son bras de fer avec le gouvernement.

A cela s’ajoute la lutte d’influence en vue de capter l’opinion. Les blocages peuvent avoir pour effet, à la longue, d’exaspérer les Français. Mais le gouvernement, tout en manifestant de la fermeté, doit se garder de toute intervention qui pourrait apparaître comme de la provocation. Bien entendu, d’un côté comme de l’autre, on se réclame de la démocratie.

Comment le gouvernement pourrait-il réagir ? Que risque-t-il en ne réagissant pas ? 

Il aurait été maladroit de réagir avant la journée du 26 mai. Bien entendu, si Manuel Valls manifestait tant d’assurance verbale, c’est qu’il avait en main les pronostics de la police sur la faible ampleur de la mobilisation. Il faut maintenant qu’il sonne la fin de la récréation, mais pas trop tôt pour éviter que l’opinion ne se retourne contre lui.

Par ailleurs, il lui faut prendre en considération un deuxième front : celui des députés socialistes contestataires, sachant que le projet de loi devra repasser devant l’Assemblée nationale. Il lui faut donc montrer à quel point il s’est montré patient avant d’agir fermement. Ceci dit, on ne saurait sous-estimer la capacité de l’exécutif national à commettre des erreurs…

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