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Des soldats engagés dans le cadre de l'opération Barkhane.
Des soldats engagés dans le cadre de l'opération Barkhane.
©Michele CATTANI / AFP

Fin de l'opération Barkhane

Déploiement du G5 Sahel : le Tchad au cœur de la stratégie régionale

La fin de Barkhane oblige la France à un repositionnement stratégique dans la bande sahélienne, avec le soutien de ses partenaires européens et africains. La mise sur pied du G5 Sahel est une étape indispensable de cette transition. Avec ce groupe, le Tchad devient un pilier central de la bande-sahélienne et de la stratégie française.

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé, historien, spécialiste de l’histoire du christianisme. Il est rédacteur dans la revue de géopolitique Conflits. Dernier ouvrage paru Géopolitique du Vatican (PUF), où il analyse l'influence de la diplomatie pontificale et élabore une réflexion sur la notion de puissance.

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En annonçant en juin dernier la fin de l’opération Barkhane, Emmanuel Macron a également évoqué la mutation de cette opération en une action de développement des forces locales : « [Barkhane s’arrête] en tant qu’opération extérieure pour permettre une opération d’appui, de soutien et de coopération aux armées des pays de la région qui le souhaitent. » Cette annonce ouvre un redimensionnement de la présence française dans la zone sahélienne, d’une part par la création de la taskforce Takuba (sabre en langue touarègue), d’autre part par le déploiement du G5 Sahel qui a, à terme, vocation à assurer la sécurité et la stabilité de la région. D’autant que le Tchad, quelques mois après la mort au combat de l’ancien président Idriss Déby Etno et placé sous la houlette d’un Conseil militaire de transition, apparaît comme l’un des États les plus stables de la sous-région.

Takuba et G5 Sahel

Takuba est une force opérationnelle placée sous commandement français et composée de troupes de plusieurs pays de l’Union européenne. Si elle aide principalement les forces maliennes, avec 600 hommes déployés dans le pays, elle agit de concert avec le G5 Sahel. La France demeure la colonne vertébrale de cette force, notamment pour les actions de formation des militaires du Groupe.

Dans un futur proche, le maintien de la sécurité et de la stabilité de la zone sahélienne a vocation à être l’apanage principal du G5 Sahel. C’est la position de la France, qui ne souhaite pas demeurer indéfiniment dans la région, mais c’est aussi l’intérêt des pays africains de la zone qui doivent pouvoir gérer et réguler leurs propres problèmes sécuritaires.

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Les cinq pays composant le G5 Sahel, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad ont des capacités militaires et des ordres politiques différents. Les multiples coups d’État réalisés au Mali renforcent l’instabilité politique et sécuritaire du pays, fragilisant son positionnement. C’est à la suite du coup d’État du 3 juin dernier que le Président français a annoncé la fin de Barkhane. Même si cette décision était actée avant le coup d’État, celui-ci a accéléré l’annonce publique du désengagement français.

La zone la plus instable et dangereuse est celle dite des « Trois frontières », recoupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. C’est là qu’est regroupé l’essentiel des attentats et des attaques menés par les GAT (Groupes armés terroristes) : Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), Front de libération du Macima (FLM) et Ansar Dine sont les principaux groupes terroristes agissants dans la zone, mélangeant criminalité, rapine et l’adhésion politique et spirituelle à l’islamisme. Dans le quadrilatère formé par les villes Bamako, Gao, Niamey et Ouagadougou se concentrent l’essentiel des attaques terroristes de la région. À quoi il faut ajouter le sud Niger, frontalier du nord Nigéria, où opèrent les résidus de Boko Haram. Compte tenu des causes multiples de ces attaques et des racines tant idéologiques, économiques qu’ethniques des groupes terroristes, la mission du G5 Sahel est loin d’être simple.

L’appui stratégique du Tchad

Le Tchad est aujourd'hui le seul pays de la région à disposer d’une force militaire capable de mener à bien les opérations du G5 Sahel. C’est lui qui pourrait être le fer-de-lance opérationnel afin de mener à bien les objectifs du groupe. Au Tchad, la France dispose d’un point d’appui permanent (N’Djamena) et de deux bases avancées temporaires (Faya et Abéché) ainsi que d’une relation de confiance établie depuis près de quatre décennies, depuis l’opération Épervier de 1986. Le Tchad est, selon les propos de Philippe Chapleau, « le meilleur point d’ancrage de la France au Sahel » (Ouest-France, 20 avril 2021)

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Et maintenant, quoi pour le Sahel ?

Pour ce faire, l’armée tchadienne connait une vaste réforme qui vise à la faire monter en puissance, réforme soutenue et portée par Mahamat Idriss Déby. Il s’agit notamment de doubler les effectifs de l’armée d’ici 2022, en passant de 35 000 à 60 000 hommes. Le texte adopté à l’Assemblée le 24 septembre dernier a notamment inclus les opérations extérieures dans les missions des forces de défense et de sécurité, ce qui n’était pas le cas auparavant. Le mode de recrutement et d’avancement en grade ont eux aussi été revu, d’une part pour bénéficier d’hommes de meilleure qualité, d’autre part pour assurer une meilleure solde et une plus grande fidélisation des soldats. L’attribution des soldes, des primes et des reconversions après le départ à la retraite est également prévue par ce nouveau texte. Il revoit également le régime des peines et sanctions pour le rendre plus juste et moins dépendant des chefs tribaux et des facteurs humains. Cette réforme militaire témoigne de la volonté du Tchad de se doter d’une armée compétente, professionnelle et crédible pour atteindre les obligations fixées par le G5 Sahel. C’est la condition pour disposer de forces militaires efficaces, capables de lutter contre les GAT.

Le Tchad a également témoigné de sa fiabilité dans la lutte contre les GAT en refusant toute négociation avec les groupes armés, à l’inverse du Mali dont les positionnements politiques sont plus fluctuants. Mais cette réforme de l’armée et cette constance politique seront insuffisantes si la communauté internationale ne soutient pas le G5 Sahel. Ce qu’a rappelé le Premier ministre de transition du Tchad Albert Pahimi Padacké dans son entretien pour la revue Conflits :

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« Nos soldats prennent avec bravoure leur part du fardeau, avec nos alliés du G5 Sahel, mais nous appelons la communauté internationale à nous apporter son soutien. Car la sécurité du Sahel est aussi celle de l’Afrique et, dans une certaine mesure, celle de l’Europe vu la capacité de projection des groupes terroristes armés. Il vaut mieux éteindre ce feu à distance plutôt que d’attendre qu’il arrive à soi, ce serait trop tard. »

Les mois qui viennent seront cruciaux pour le passage de Barkhane à Takuba et au G5 Sahel. C’est un enjeu pour les pays du Sahel mais aussi du reste du continent, comme pour les pays d’Europe, qui devraient voir leurs engagements s’accroitre dans la zone. Si le Tchad est appelé à prendre le leadership africain de la sécurité dans la zone sahélienne, le pays reste sous la surveillance de la communauté internationale, qui souhaite qu’il mette en place, d’ici la fin de l’année 2022, des élections libres et démocratiques. Un pari pour le moment tenu, alors que le dialogue national inclusif, réalisé avec l’ensemble des parties prenantes politiques du pays, est en préparation.

Jean-Baptiste Noé, Docteur en histoire, Rédacteur en chef de Conflits

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