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Un campement de quelque 200 Roms, dont une soixantaine d'enfants, a été démantelé par les forces de l'ordre ce jeudi à Hellemmes, près de Lille.
©Reuters

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Démantèlement des camps de Roms : Manuel Valls pris au piège du double-discours de la gauche

Un campement de 200 Roms a été démantelé ce jeudi près de Lille. La gauche, qui avait critiqué les méthodes de Claude Guéant, aurait-elle perdu sa verve face aux réalités de la gestion d'un pays ?

Bruno Beschizza

Bruno Beschizza

Bruno Beschizza est conseiller régional d'Île-de-France, élu en mars 2010 en Seine-Saint-Denis et Secrétaire National de l'UMP à l'emploi des forces de sécurité.

Avant 2010, il était commandant fonctionnel de Police, secrétaire général du syndicat Synergie-Officiers.

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A lire aussi sur ce sujet : Évacuation des Roms : les associations s'indignent, la droite parle de "lucidité tardive", la gauche se divise

Atlantico : Un campement de quelque 200 Roms, dont une soixantaine d'enfants, a été démantelé par les forces de l'ordre ce jeudi à Hellemmes, près de Lille. La gauche, qui avait vertement critiqué le gouvernement précédent – notamment suite au discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy – semble user des mêmes méthodes. Est-elle face à ses contradictions sur ce dossier ?

Bruno Beschizza  : Effectivement, les démantèlements à Lille, Lyon, en Seine-Saint-Denis la semaine dernière, révèlent aujourd’hui la grande hypocrisie sur le sujet, des socialistes en général et de leurs élus en particulier.

Il y a deux ans, après le discours de Grenoble, tout le monde s'est ému, sans voir précisément qu'était ciblé un problème de santé et de salubrité publique. Or, dans le quotidien – et je vous parle en tant qu'élu de Seine-Saint-Denis – les grands élus continuaient à faire appel à la justice. Car quand les forces de l'ordre interviennent, c'est toujours suite à une décision de justice... qui fait forcément suite à une procédure entamée par quelqu'un. Et bien souvent, comme en Seine-Saint-Denis, ce sont des municipalités de gauche qui les entament.

Depuis deux ans, il y a eu un double discours de la gauche, qui a utilisé le dossier Roms pour enfermer Claude Guéant – et donc Nicolas Sarkozy – dans une petite boîte estampillée « racisme ». Dans la pratique, les élus de gauche continueraient à demander concrètement des évacuations de camps de Roms, car dans beaucoup de villes ils posaient un problème – j'insiste sur ces deux termes – de santé et de salubrité publique. Malheureusement, le discours de Grenoble a tellement été déformé que le message fondamental avait été rendu inaudible.

Aujourd'hui, la gauche est au pouvoir – Manuel Valls ou pas Manuel Valls d'ailleurs – et est responsable. Elle est responsable, car si une décision de justice n'est pas appliquée et que demain il y a un mort dans un campement déclaré insalubre ou non conforme aux normes de sécurité, qui sera responsable ? Celui qui n'a pas fait appliquer la décision de justice : l'Etat. De même, si un voisin est atteint d'une maladie particulière.

Manuel Valls n'a pas le choix aujourd’hui. Je ne vais donc pas le défendre, comme Eric Ciotti, ni le critiquer : il ne fait que son boulot de ministre de l'Interieur, qui est d'appliquer la loi, la loi que dit la justice quand elle déclare qu'il faut évacuer tel ou tel camp.

Aujourd'hui pour la gauche, c'est l'heure de vérité, comme sur beaucoup d'autres sujets, sur son double discours permanent ces deux dernières années, sur cette campagne présidentielle qui a été basée sur l'imposture de ne pas dire les choses « au peuple de gauche ». Ce peuple de gauche a voté en pensant que le grand soir allait arriver, mais aujourd'hui au pouvoir, la gauche applique la loi française.

Si les méthodes ne changent pas par rapport à la législature précédente, les mots ne sont pas les mêmes. Manuel Valls parle, sur les camps de Roms, de « défi du vivre-ensemble ». Cela recouvre-t-il une réalité objective ?

Les textes sont simples : si un logement est non conforme aux règles, il faut l'évacuer. Aujourd'hui, comme dans le domaine des stupéfiants, avec les sorties de Cécile Duflot ou François Rebsamen, comme sur le domaine de l'immigration, Valls se prend régulièrement les pieds dans le tapis, car il doit faire appliquer les lois, être le garant du bon ordre public. Mais il doit faire cela suite à une campagne présidentielle où la gauche a prétendu le contraire.

Donc, lorsqu'il utilise d'autres mots que ceux qui sont ceux de la loi – tranquillité publique, santé, ordre public, salubrité – c'est simplement pour gauchiser des décisions qu'il ne peut pas ne pas prendre.

François Hollande avait déclaré le 27 mars, pendant la campagne présidentielle : « je souhaite que, lorsqu’un campement insalubre est démantelé, des solutions alternatives soient proposées. » Cette promesse n'est pas tenue, selon les associations...

La droite n'a jamais menti là-dessus. Aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Là où il y a des campements, des problèmes d'ordre public naissent. Quand Manuel Valls parle du vivre-ensemble, il veut dire que le voisinage, dans les quartiers défavorisés, ne veut pas de ces campements. Ils n'acceptent pas d'avoir des taudis ou des bidonvilles à ciel ouvert. Il faut dire les choses comme elles sont : le mot campement ne veut rien dire. Les habitants des quartiers défavorisés n'ont pas forcément envie que ces bidonvilles soient chez eux.

A l'époque de la droite, d'une manière assez cynique, on ne basait pas tout sur le relogement, parce qu'il y avait aussi le problème de Schengen et des problèmes à régler avec deux Etats : la Bulgarie et la Roumanie. En outre, je ne suis pas sûr que la plupart de ces Roms veulent réellement avoir accès à un logement.

Aujourd’hui - les associations, grâce auxquelles la gauche avait fait de l'antisarkozysme primaire - vont se révéler très dures vis-à-vis d'une gauche qui n'en fera pas plus que la droite, par réalisme et par simple application de la loi.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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