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Les réseaux sociaux peuvent servir de "bourse à l’emploi" et faciliter le recrutement de nouveaux membres.
©Reuters

Partner in crime

Délinquance 2.0 : quand les réseaux sociaux jouent les assistants du crime

Facebook, Twitter, Instagram, etc. Autant d'outils qui modifient les pratiques des délinquants et peuvent faciliter les réseaux criminels à attirer de nouvelles recrues.

Christophe Soullez

Christophe Soullez

Christophe Soullez est criminologue et dirige le département de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Il est l'auteur de "Histoires criminelles de la France" chez Odile Jacob, 2012
et de "La criminologie pour les nuls" chez First éditions, 2012. 

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Atlantico : Dans les quartiers sensibles de Chicago, les violences commises par des gangs sont publicisées sur Facebook, Twitter ou encore Instagram, rapporte le site Wired (lire ici). Les médias sociaux peuvent-ils aider les réseaux de criminels à se structurer, voire à se professionnaliser ? Qu'en est-il en France ?

Christophe Soullez : Les réseaux sociaux, et plus largement Internet, sont des outils qui permettent aux groupes criminels d’étendre beaucoup plus facilement leur influence et de développer un niveau d’organisation plus élevé. Les membres des organisations criminelles peuvent maintenir un contact permanent et discret. Ils sont rapidement mobilisables. Les échanges d’information sont plus fluides et échappent pour partie à la surveillance des services répressifs. Grâce aux réseaux sociaux, aux messageries instantanées, etc. les organisations criminelles peuvent plus facilement contrôler leurs succursales basées à l’étranger mais également réagir beaucoup plus vite en cas de problème, d’interpellation, de saisie, etc. Les réseaux sociaux peuvent bien évidemment servir de "bourse à l’emploi" et faciliter le recrutement de nouveaux membres. Internet permet aussi de toucher des publics et des cibles très diverses et contribuer ainsi à la constitution d’un maillage beaucoup plus fin. Par ailleurs, certains groupes criminels sont tentés par le recrutement d’experts, comme des ingénieurs licenciés, qui vont mettre leurs talents au service de cette nouvelle économie du crime.

Cette publicité sur les réseaux sociaux Facilite-elle l’escalade de la violence et le mauvais exemple auprès des jeunes : intimidation en ligne, insultes à distance, vidéo de provocation etc. ?

D’une certaine manière ils offrent de nouvelles opportunités de commettre certains actes de délinquance et facilitent certains comportements. La discrétion qu’offre Internet, le fait que l’on soit derrière un écran, et qu’on se croit donc à l’abri, et qu’il n’y ait ni de contacts physiques ni même visuels sont sûrement des éléments qui facilitent le passage à l’acte, notamment chez les jeunes, qui n’ont pas nécessairement conscience de la gravité de l’acte qu’ils commettent, se croyant dans un monde virtuel. Il est plus facile d’insulter une personne derrière son écran que face à face. De même, avec les réseaux sociaux, lorsque un individu souhaite humilier une personne, ternir sa réputation, il dispose d’une capacité à répandre une information en quelques clics à des dizaines de personnes. Les réseaux sociaux, s’ils n’ont pas créé les insultes, les actes d’intimidation, etc. ont un effet amplificateur très important et surtout beaucoup plus ravageur. Ils simplifient à l’extrême des actes qui, auparavant, demandaient une démarche plus complexe et une certaine forme de raisonnement avant le passage à l’acte. Les réseaux sociaux, par leur simplicité, leur instantanéité et une certaine forme d’anonymat restreignent les capacités de réflexion tant sur l’acte lui-même que sur les conséquences de celui-ci.

Ces usages modifient-ils la délinquance dans le sens où elle s’opère dorénavant en ligne, autant dire au grand jour et non plus en secret ?

En fait, la criminalité sur les réseaux sociaux recouvre deux grandes catégories d'infractions : les infractions directement liées aux technologies de l'information et de la communication et celles dont la commission a été facilitée ou liée à l'utilisation de ces technologies. Dans la première catégorie on retrouve les atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données ou encore ce qu’on nomme l’ingénierie sociale c’est -à-dire l’acquisition déloyale d’informations vitales en vue de commettre des escroqueries. La seconde catégorie est plus vaste et recouvre la diffusion de contenus illicites (pédopornographie, racisme, antisémitisme, etc.), les escroqueries par utilisation frauduleuse de numéro de carte bancaire pour une transaction en ligne ou encore les contrefaçons de logiciels ou d'œuvres audiovisuelles. Dans cette deuxième catégorie on retrouve également les infractions sexuelles, et plus particulièrement pédophiles, pour lesquelles Internet permet aux agresseurs "prédateurs" de rentrer en contact avec leurs victimes et de les "séduire" : corruption de mineurs, agressions sexuelles, atteintes sexuelles sur mineur, voire viol ou proxénétisme. C’est aussi dans cette catégorie qu’on peut classer les menaces, les injures ou les actes visant à ternir votre réputation (colportage de rumeurs, diffusion de vidéo filmée à votre insu, etc.).

Je ne suis pas certain que le fait de recourir aux réseaux sociaux pour commettre certains actes de délinquance donne une plus grande visibilité à ceux-ci. Ils permettent de toucher un plus grand nombre de personnes et donc de démultiplier les cibles "victimes" ou les "spectateurs" (ceux qui, sans être à l’origine de l’acte, vont en être les réceptacles) mais l’auteur a souvent l’impression qu’il est anonyme et protégé car derrière son écran et son adresse IP se situe parfois même à l’étranger.

Les menaces par réseaux sociaux interposés sont-elles suffisamment contrôlées et réprimées/punies ?

Le contrôle ou les poursuites contre les menaces réalisées via les réseaux sociaux ne peuvent être efficaces que si les victimes déposent plainte et informent les services de police et les unités de gendarmerie. Aujourd’hui si les réseaux sociaux sont surveillés par les services spécialisés de la police et de la gendarmerie, que cela soit dans le cadre d’une activité de police judiciaire, ou de renseignement, c’est surtout pour repérer les individus et les sites qui se livrent à du prosélytisme, à de la provocation à la haine, à de la propagande en matière de terrorisme, etc. Pour les actes de nature individuelle les services répressifs ne peuvent bien entendu pas surveiller toute la toile. Il est donc indispensable de déposer plainte.

Propos recueillis par Pierre Havez

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