Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Crédits Photo: Reuters

OPA sur la droite

Déchéance de nationalité : pourquoi François Hollande sait qu’il ne prend pas grand risque en restant sourd aux protestations sur sa gauche

En affirmant vouloir aller jusqu'au bout sur le dossier de la déchéance de la nationalité, François Hollande et Manuel Valls ne luttent par contre le terrorisme mais préparent la présidentielle de 2017. Ils tentent ainsi de séduire l'électorat de la droite et du centre.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

Voir la bio »

Atlantico : Après les réactions fortes de Benoit Hamon, Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry contre la déchéance de nationalité voulue par l'exécutif, François Hollande court-il le risque de voir sa majorité exploser et ne pas le soutenir en 2017?

Christelle Bertrand : La polémique est violente, une des plus violentes que le quinquennat ait connu car, contrairement au débat autour de la loi Macron, elle touche à des valeurs fortes et chères à la gauche. C'est même deux conceptions de la gauche qui s'affrontent, celle portée par Manuel Valls qui pense que la question sociale n’est plus déterminante et qu’elle a été supplantée par la nécessaire défense de notre modèle de civilisation et celle portée, par exemple, par une Martine Aubry ou un Benoit Hamon qui pensent que la question sociale doit rester centrale. On constate même qu'il n'y a pas que des opposants naturels à François Hollande pour monter au créneau. Jean-Marc Ayrault a été assez violent en tweetant dimanche: "Si la France est “en péril de paix”, alors ne la divisons pas davantage!", Julien Dray, Jean-Pierre Mignard et Kader Arif ont aussi pris leurs distances tout comme Bruno le Roux, lui aussi proche du chef de l'Etat, qui a expliqué sur Itélé: " je préférerais que nous travaillions sur la peine d'indignité nationale qui existe aujourd'hui".

Manuel Valls, de son coté, n'a pas cherché pas à réduire la fracture naissante, lorsqu'il déclare "Une partie de la gauche s'égare au nom de grandes valeurs en oubliant le contexte, notre état de guerre, et le discours du président devant le Congrès", il ravive la fronde. François Hollande comme Manuel Valls jouent, au cours de cette séquence l'opinion contre le soutien des cadres du PS au risque, en effet, de perdre leur soutien. Mais "absence de soutien" ne signifie pas que cette gauche du PS soit en capacité de présenter un candidat qui puisse contrer la candidature de l'actuel président de la République. Au bout du bout, l'ensemble du PS soutiendra le candidat Hollande d'autant qu'il tient les clés des investitures aux législatives.

En revanche, Jean-Luc Mélenchon et EELV seraient-ils, eux, en capacité de présenter un candidat qui pourrait recueillir les voix des électeurs proches de la gauche du PS ce qui affaiblirait François Hollande et lui barrerait la route du second tour?

Techniquement c'est plus simple. Alors qu'une candidature PS serait forcément dissidente et ne bénéficierait pas du soutien financier et logistique du parti, Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon disposent d'une base militante et logistique forte. En revanche, leurs deux partis ne roulent pas sur l'or et c'est un paramètre important car les dernières élections régionales ont montré que les listes qui se sont présentées à la gauche du PS lorsqu'il y avait un risque FN ont été très violemment critiquées et ont réalisé de mauvais scores car les électeurs EELV ou Front de Gauche se sont reportés sur les listes PS. Ce fut le cas dans le Nord où Sandrine Rousseau n'a pas dépassé la barre fatidique des 5% qui lui aurait permis de voir ses frais de campagne remboursés.

En PACA, la liste d'Union Front de Gauche et EELV plafonne à 6.5%. La prochaine présidentielle se déroulera  dans le même contexte, le risque de voir le FN arriver en tête sera présent dans tous les esprits, tout candidat qui se présentera contre François Hollande devra assumer d'être le "Taubira" de 2017, celui qui aura ouvert la voie à un duel final LR/FN. Il ne faut pas oublier non plus qu' EELV va devoir négocier un accord législatif avec le PS et ne peut donc rompre totalement les ponts.

François Hollande semble donc aujourd'hui faire le pari qu'il n'y aura pas d'autre candidature que la sienne à gauche, ce qui le laisse libre de tirer des bords et d'adresser de nouveaux signaux au centre et à la droite. Avec Manuel Valls, ils poursuivent ainsi la manœuvre entamée entre les deux tours des élections régionales lorsqu'ils ont demandé aux listes PS de se retirer dans le Nord et en PACA et lorsque Manuel Valls a dit chiche à Jean-Pierre Raffarin qui proposait un pacte républicains contre le chômage.

Le Premier Ministre et le Chef de l'Etat souhaitent jouer l'union nationale, montrer qu'il y a des points de convergence avec une partie du camp d'en face afin de jeter des ponts et de préparer ainsi le ralliement d'une partie de la droite en cas de duel contre Marine Le Pen en 2017. D'ailleurs, en recyclant une idée que la présidente du FN a aussi défendue et défend encore, François Hollande installe l'idée d'une face à face dont les Républicains se trouvent exclus.

Finalement, Arnaud Montebourg n'est-il pas la seule menace inquiétante pour François Hollande?

Arnaud Montebourg incarne certes une ligne politique bien différente de celle de François Hollande, il s'oppose à la vision libérale qui prédomine au PS depuis 2012  mais l'économie n'est pas tout, surtout en France, et surtout à gauche. Or dans ce débat sur les valeurs, on ne l'entend pas. L'élection présidentielle est dans un an et demi, si Arnaud Montebourg envisageait une candidature, il se devrait de faire entendre sa voix lorsqu'il y a ainsi a presque pas entendu, à peine un tweet affirmant: "La déchéance de nationalité est contraire aux fondements de la Republique et n'a aucune efficacité contre le terrorisme. Pourquoi alors?" De plus, il n'a derrière lui ni la base militante nécessaire à soutenir une candidature, ni l'argent. Il pourrait malgré tout être tenté par un tour de piste symbolique afin de prendre date pour 2022, mais il sera confronté au même piège que tous les autres candidats de gauche: comment assumé d'être le candidat qui barre la route du second tour à la gauche?

Ce débat sur la déchéance de nationalité sera-t-il déterminant au moment du choix des électeurs en 2017? Risque-t-il de faire perdre des voix à François Hollande?

Une majorité de Français étant favorables à la déchéance de nationalité, le nombre de voix gagnées devrait être plus important que les pertes, c'est en tous cas le pari du Chef de l'Etat. En réalité, ça n'est pas si simple, les électeurs de droite favorable à la déchéance iront, de toute manière, voter à  droite car, comme on le dit pour le FN, l'original est toujours préférable à la copie. La stratégie de François Hollande ne vaut que dans la perspective d'un second tour face à Martine Le Pen afin de drainer les voix de droite vers lui ou dans la perspective d'une premier tour face à Nicolas Sarkozy. Il espère ainsi séduire les électeurs d'Alain Juppé. En tous cas, on voit bien que François Hollande se comporte désormais en futur candidat car si la déchéance de nationalité n'est d'aucune efficacité en matière de lutte contre le terrorisme, elle est un marqueur efficace pour aspirer des voix.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !