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Pour rester parmi les villes globales les plus influentes de la planète, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo ont mené une politique conduisant à faire de Paris intra-muros la ville la plus belle et la plus agréable possible à vivre.
Pour rester parmi les villes globales les plus influentes de la planète, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo ont mené une politique conduisant à faire de Paris intra-muros la ville la plus belle et la plus agréable possible à vivre.
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Paradoxal

De Calais à Paris… Quand la réaction d'Anne Hidalgo à propos de la jungle de la place Stalingrad révèle son étonnante conception du multiculturalisme

Anne Hidalgo a récemment signé une lettre, à l'adresse de Bernard Cazeneuve et d'Emmanuelle Cosse. Elle y demande le démantèlement rapide du camp de migrants installé à Stalingrad, dans la capitale.

Si, au premier abord, les déclarations d’Anne Hidalgo, dans sa lettre datée du 28 octobre dernier, adressée à Bernard Cazeneuve et Emmanuelle Cosse, concernant son souhait d’une évacuation rapide des migrants installés dans les campements sauvages de Stalingrad et Jaurès dans le nord-est de Paris, apparaissent surprenantes par rapport aux idéaux qu’elles revendiquent, d’ouverture au monde et de promotion du multiculturalisme, il n’en demeure pas moins qu’elles sont assez cohérentes avec la politique menée depuis 2001 par les dirigeants socialistes parisiens. 

En effet, dans le cadre de l’impitoyable concurrence internationale pour rester parmi les villes globales les plus influentes de la planète, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo ont mené une politique conduisant à faire de Paris intra-muros la ville la plus belle et la plus agréable possible à vivre, ce que l’on ne peut légitimement leur reprocher, quelle que soit notre opinion politique. La réalisation de cet objectif passe par des politiques qui conduisent indirectement à la poursuite de l’embourgeoisement généralisé de la capitale et à l’exclusion concomitante des populations les plus pauvres, qui doivent être le moins visible possible dans le paysage parisien pour ne pas dissuader le touriste ou le riche investisseur étranger, sources de revenus importants, de venir dans la ville-lumière. Il s’ensuit que toute activité nuisible n’a plus sa place dans la capitale, que ce soit les industries polluantes, les automobiles et donc, encore moins, les campements de migrants pauvres dans l’espace public. 

Cette politique n’est pas forcément opposée à la promotion du multiculturalisme, qui s’avère surtout être une promotion du multiculturalisme par le haut, c’est-à-dire le multiculturalisme des riches. Paris souhaite, en rival de Londres, faire émerger un cosmopolitisme d’une classe créative constituée d’intellectuels, d’artistes, de millionnaires et de milliardaires de la terre entière et non de la misère. La volonté d’ouverture est donc bien réelle, mais ne concerne pas tout le monde et surtout ne doit pas se faire n’importe comment. La municipalité veut bien accueillir des pauvres, en nombre limité cependant, et là où elle le souhaite, c’est dire dans de l’habitat en dur invisible aux touristes étrangers.

Finalement, la politique d’Anne Hidalgo, en-dehors des choix culturels indéniablement de gauche, est peu différente de la politique que mènerait une municipalité de droite. La mondialisation impose son agenda aux dirigeants parisiens qui ne peuvent accepter de voir défiler sur les petits écrans de la planète des images d’un Paris "envahi" par des migrants dormant dans les rues, ce qui viendrait abîmer sérieusement l’image, déjà bien écornée, d’une ville qui souhaite bénéficier du "miracle" du Brexit pour rattraper son retard par rapport à sa concurrente londonienne, qui la distance largement. Anne Hidalgo s’avère donc dans cette lettre beaucoup moins idéologique qu’elle voudrait nous le faire croire, s’inscrivant dans les pas de François Hollande, dont les confidences, qu’ils livrent aux journalistes dans l’ouvrage Un Président ne devrait pas dire ça, témoignent d’un rapport à l’immigration très pragmatique.

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