Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique

Entretien

David Lisnard : "A Cannes, nous nous sommes très vite inspirés des exemples étrangers pour pallier les défaillances de la bureaucratie d’Etat"

Le Maire de Cannes et conseiller départemental des Alpes-Maritimes, David Lisnard, revient pour Atlantico sur la crise sanitaire du coronavirus et sur les mesures appliquées dans sa ville pour lutter contre l'épidémie.

David Lisnard

David Lisnard

Porte-parole de François Fillon durant la campagne présidentielle 2017, David Lisnard est maire de Cannes depuis le 5 avril 2014. 

Voir la bio »

Atlantico.fr : Comment un maire peut-il faire la différence en ces temps de crise ? Qu’avez-vous mis en place pour votre ville ces trois dernières semaines ?

David Lisnard : Tout d'abord, je pense que le rôle d'un maire découle de la somme d’actions qui s’additionnent et permettent de bien protéger sa population. Pour moi, faire la différence veut dire chercher à être le plus efficace possible dans la gestion de ma mairie.  Et c'est ce que je m'efforce à faire depuis le début de cette crise du coronavirus. Je me suis entouré d'une équipe en qui j'ai une confiance aveugle et qui m'accompagne - depuis mon arrivée à la mairie de Cannes - dans chaque crise que nous traversons. Nous essayons d’analyser des situations avec différents scenarii afin d'être les plus efficaces possibles dans cette lutte contre le virus, afin d'accompagner nos professionnels sinistrés et protéger nos personnes âgées. Je me nourris sans cesse de mes expériences passées comme les crues de 2015 par exemple car nous vivons dans une région exposée à des risques majeurs. J'ai autour de moi des équipes qui travaillent sans relâche sur ces enjeux et qui font le maximum pour prévenir de ces dangers potentiels. Dans ma ville, il faut savoir que l'on avait des stocks de masques FFP2 commandés en amont pour protéger les agents publics (policiers, agents sociaux, municipaux...) de contacts avec le virus.

Depuis le début de l'épidémie, des travailleurs comme les chauffeurs de bus par exemple avaient un kit à disposition comprenant des gants et du gel hydroalcoolique. Nous avons anticipé l’épidémie, constitué un stock de masques et avons analysé ce qu’il se faisait en Italie, en Corée du Sud et à Singapour. C'est en prenant exemple sur ces pays-là que nous avons désinfecté les rampes massivement, les abribus ou les rues pour nous débarrasser du virus dans les espaces publics. J'ai également fait en sorte que l'on transfère les activités importantes de l’hôpital public vers le privé et y ai fait installé un grand espace covid-19 avec une grande zone de réanimation, loin d'être saturée ! Nous avons également lancé il y a dix jours, avec 15 couturiers, une fabrique de masques en tissu, lavables, et nous avons commencé à les distribuer. Cette mesure, plus le respect des gestes barrières mais aussi le port des masques permet de contenir la prolifération du virus. Nous avons aussi mis en place des systèmes pour apporter des repas aux aides-soignants et cela permet de lutter contre le covid-19.

Avez-vous reçu des aides économiques ? Vos entreprises souffrent-elles de cette crise?

Avec cette crise, nous avons vu que la population est victime d’une interdiction de travailler et cela n'est pas normal. La ville de Cannes est une ville extrêmement touristique et nous avons besoin de nos entreprises pour vivre et survivre.  Tout ce qui contribue le plus à la richesse de notre ville est interdit. Nous sommes des sinistrés sur ce point-là car nous dépendons de la capacité à accueillir les gens. Au niveau de l’agglomération, nous avons mis en place l'exonération des taxes de manière immédiate pendant cette période de confinement et suspendu toutes autres fiscalités afin de soutenir la trésorerie des entreprises. La BPI a été comme toujours très pro-active avec des fonds d’aide alloués ou des prêts à taux négatifs mis en place par la région avec le soutien de l’agglomération, mais malgré tout, ça va être sanglant car le tissu économique principal, c'est-à-dire les commerçants, artisans, les employés de TPE et PME sont sans revenus. Je connais bien cet univers, j'en viens. Ces travailleurs doivent bénéficier d’un pont financier et cela y compris à la fin du confinement. Il faut comprendre que l'on va vers un désastre donc il faut rapidement mettre en place des liens économiques tout en respectant les enjeux sanitaires. J’ai créé un fond de dotation d'aide et avec ce fond, nous redistribuons. Cela permet d’orienter ces dons et de soutenir l’activité locale. Les travailleurs qui fabriquent les masques en tissu ont par exemple voulu le faire bénévolement ce que j'ai refusé bien évidemment. Il faut absolument relancer l'économie.

Que pensez-vous de la gestion de cette crise par le gouvernement ? De l'attitude de l'opposition ? 

Il est trop tôt pour en parler. Nous sommes encore en phase ascendante et je ne suis pas commentateur. Je pense que tout le monde essaye de s'en sortir et ne cesse de travailler. 
Ce qui est certain, c'est que cette crise marquera au fer rouge les systèmes de bureaucratie et il faudra en tirer des leçons à la fin. Cette crise aura montré le caractère peu opérant des systèmes bureaucratisés qui apportent de la lourdeur, de la lenteur, du soviétisme, mais ça fait longtemps qu’on le dit. Pour les autres partis, chacun est dans son rôle. Le Président génère du débat et il est normal que l’opposition pose des questions. Edouard Philippe a mis en place des débats et des parlementaires font leur travail en contrant ce qui est dit ou non. Pour ma part, j’essaye de gérer de manière constructive et pour le bien des Cannois. 

Qu'en est-il des autres maires ? Sont-ils aussi actifs ? Certains ont par ailleurs mis en place des mesures liberticides...

Comprenez que chaque maire est souverain dans son territoire. Je suis pour ma part pro-actif, pragmatique et nous essayons avec mon équipe d'anticiper en permanence. Toutes les décisions prises ne sont pas parfaites, cela va de soi, mais nous nous efforçons à prendre exemple sur les pays asiatiques. 

Concernant les mesures liberticides, je suis un ardent défenseur de la liberté et il est certain qu'après la crise il faudra savoir pourquoi nous nous sommes privés de la liberté et pourquoi certaines personnes en ont appelé à cela.

Une fois que l'on a dit cela, à circonstances exceptionnelles, décisions exceptionnelles. Compte tenu de l’état sanitaire du pays, du manque d'équipement etc. le confinement est obligatoire et passe obligatoirement par des mesures coercitives. Par contre, si l'on est encore en confinement dans 6 mois on pourra s’interroger sur notre rapport à la liberté.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !