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Criminalité : ce que les statistiques révèlent du lourd défi auquel va devoir se confronter Gérard Collomb

L'éminent philosophe Clément Rosset écrivit naguère son fameux aphorisme "la réalité est insupportable, mais irrémédiable". Or ce qui à présent insupporte l'infosphère (mixture systémique médias plus politiciens) c'est le réel criminel. Durant la campagne présidentielle, nul n'a parlé du ravage criminel de la France - pas même la droite nationale, dont la sécurité fut longtemps le cheval de bataille.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Or la sécurité n'est pas la lubie de l'auteur, bien plutôt une hantise pour l'opinion : (Le Point, 19/12/16), pour les Français, les priorités de l'Etat : 1-chômage, 52% ; 2 -sécurité, 44% ; 3-éducation, 38% ; 4-santé, 36%, etc. Et que les politiciens négligent la sécurité est grave : Clausewitz (Historische Briefe) décrit ainsi ce phénomène psychologique : "Un danger qu'on ne regarde pas en face en prend d'autant plus de pouvoir sur nous ; et en général, un sentiment auquel nous avons cédé une fois nous trouve plus faible d'heure en heure".

Avant d'exposer cette criminalité du quotidien français, comparons nos chiffres à nos voisins de taille et population analogue ; ce pour les vols avec armes et/ou violence, si éprouvants pour la population. On le peut car Eurostat (l'Insee européenne) publie les chiffre du crime dans une catégorie Robberies qui recouvre nos "vols avec armes" (VAA) et "vols avec violences"(VAV). Voyons la dernière année publiée (2014) :

France : 114 093

Allemagne : 45 475

Royaume-Uni : 52 795

Italie : 58 345 

Un accident statistique ? Non, car voici les chiffres de 2012 :

France : 123 814

Allemagne : 48 711

Royaume-Uni : 68 028

Italie : 62 641 

Ainsi, pour les vols avec arme et/ou violence, la France fait d'usage deux fois pire que ses grands voisins. Sous Hollande-Cazeneuve, les chiffres des robberies en France en 2016 (VAA+VAV) ? 112 857, 309 par jour, 13 environ par heure. Silence gêné au ministère de l'Intérieur.

Selon notre Base Documentaire criminologique (Bdoc-Crim), quel est le quotidien criminel des Français en 2017 (et après, si rien ne change vraiment au ministère de l'Intérieur) ?

Braquages de proximité : toujours plus violents, ils ravagent les villes moyennes et l'espace périurbain. Malgré les "toilettages" du ministère de l'Intérieur, la métropole en subit en fait quelque 10 000 par an, plus d'un par heure, 365 jours par an. "A l'arrache", seuls ou à deux, une nuée de voyous, toxicomanes et demi-débiles attaquent des commerces pour dix à cent euros, le plus souvent. Ceux qu'on arrête - peu, car ici l'élucidation est faible - parlent souvent de "dettes" à leur dealer, ou au caïd de la cité. 

Leurs cibles au quotidien : tabacs, cafés, épiceries, pharmacies, restaurants, bureaux de poste, boulangeries, supérettes, fast-food, boutiques de téléphonie, stations d'essence. Dépassés, les élus locaux édulcorent, parlant de "faits de société" et d'"incivilités" - là ou il s'agit de crimes.

Grave pour l'avenir : l'émergence des braqueurs juvéniles de la "Génération Taubira". Grisés de l'impunité suscitée par l'ex-garde des Sceaux, des ados de 14-15 ans montent plus souvent au "braco". En avril écoulé (Bdoc-Crim), 11 mineurs de 14-15 ans ont été arrêtés de ce chef.

Braquages "spécialisés" 

- braquages de camions pour le fret, (parfums, cigarettes, etc.),

- attaques de distributeurs de billets à l'explosif ou par camions-béliers,

- braquages à domicile (home-jacking), familles ou personnes âgées, avec séquestration et tortures.

Prédations de meutes/bandes criminelles juvéniles

Ceux dont nous constatons la sérieuse augmentation :

- Passants enlevés et molestés pour leurs portables ou leur carte bancaire,

- Jeunes fugueuses enlevées, violées et prostituées,

- "Guerres" entre bandes de cités ; poignard, arme à feu - voire, arme de guerre. En avril 2017 (Bdoc-Crim) nous décomptons un mort ou blessé grave (d'usage "connu de la police") tous les deux jours, de Marseille à Roubaix et de Toulouse à l'Ile-de-France.

Prédations "spécialisées" 

En sérieuse augmentation :

- Pillage de chantiers (outils, matériels électriques, bétonnières, chaudières, radiateurs, menuiseries, etc.). Pour la Fédération française du bâtiment, le préjudice est de 1 milliard d'euros par an.

- Ciblage criminel des beaux quartiers : vols à répétition des boutiques de luxe ; pillage quotidien de riches touristes (montres, bijoux, sacs, etc.).

- Criminalité extravagante de clans nomades, sédentarisés ou non ; issus des Balkans ou pas. Rien qu'en avril passé (Bdoc-Crim), des individus ou bandes criminalisés issus de ces clans sont mis en cause pour : extorsion de fonds en bande organisée - escroqueries variées - proxénétisme et mise en esclavage de filles, de mendiants, etc. - vols avec armes - vols à la tire ou à l'étalage par mineurs - cambriolages - arnaques dans des maisons de retraite - pillage de péages ou du fret de camions.

Migrations dangereuses

Emeutes entre bandes ethniques (Afghans, Kurdes, Soudanais) dans les locaux d'accueil ou à proximité.

Tel est ici et maintenant l'état de la criminalité sur le sol français. Pour déceler, analyser et déjouer tout cela, il faudra au nouveau ministre de l'Intérieur beaucoup de force et d'énergie - et un programme qui outrepasse son aimable marotte pour la police de proximité.

 

 

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