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La centrale de Tricastin

il suffira d'une étincelle

Crash Germanwings : faut-il avoir peur pour les centrales nucléaires ?

Plusieurs cadres du Parti de gauche et d’EELV tentent de relancer le débat sur la sécurité des centrales nucléaires en France. Ils soulignent que l’itinéraire du vol Barcelone-Dusseldorf n’est passé qu’à quelques minutes de vol de plusieurs sites nucléaires.

Bertrand Barré

Bertrand Barré

Expert en industrie nucléaire, Bertrand Barré est l'ancien vice-président du conseil scientifique et technique Communauté européenne de l'énergie atomique et ancien président du Standing Advising Group on Nuclear Energy (SAGNE) à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Il est notamment l'auteur de Faut-il renoncer au nucléaire ? (Le choc des idées, Le Muscadier, 2013), Le Nucléaire - Débats et réalités (Ellipses, 2011) et L'Atlas des énergies mondiales : un développement équitable et propre est-il possible ? (Éditions Autrement, 2011).

Voir la bio »Eric Denécé

Eric Denécé

Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

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Atlantico : L'airbus A320 de GermanWings qui s'est crashé dans les Alpes est passé "à 7 minutes de sites nucléaires" selon certains élus écologistes. Depuis le 11 septembre, la sécurité des centrales nucléaires a-t-elle été renforcée ?

Bertrand Barré : Il n'existe pas de risque d'explosion en cas d'impact d'avion, sur les anciennes centrales comme sur les nouvelles. En 2009, l'Autorité de sûreté nucléaire a rendu un avis selon lequel un crash causerait des dégâts, mais n'attendrait pas les parties vitales d’une centrale. Le problème résiderait dans l'incendie causé à l'extérieur par la quantité de kérosène plus ou moins importante dans le réservoir de l’avion. Les infrastructures aux alentours pourraient être abîmées, mais pas le cœur du réacteur. Le 11 septembre 2001, ce n'est pas l'impact, mais l'incendie, qui a dévasté la structure métallique des immeubles. Les structures des centrales sont solides, il n'y a donc pas à craindre de radiations dans l'éventualité où un avion tomberait dessus.

Eric Denécé : Depuis le 11 septembre, la sécurité des centrales nucléaires a été essentiellement renforcée pour parer à des actions qui viennent du sol, comme des attaques à la voiture piégée, par exemple, car le danger vient à 99% de là.

Le discours des écologistes est totalement erroné pour défendre leur cause. Qu’est-ce qu’une centrale nucléaire ? Les grandes tours sont des aéroréfrigérants et le cœur du réacteur nucléaire n’est pas là. Il est dans un bâtiment qui fait une dizaine de mètres, situé entre les tours et difficilement atteignable par une action aérienne.

Analysons trois cas de figure :
- Soit on arrive avec un petit avion, qui est le seul qui pourrait à peu près virer et cibler le réacteur nucléaire pour faire des dégâts. Mais il faut qu’il soit bourré d’explosifs pour que ça marche : s’il ne fait que s’écraser dessus, ça ne fera rien.
- Soit on arrive avec un avion de ligne. Dans le cas d’un suicide, je suis persuadé qu’il n’y a pas 1% des pilotes qui savent comment est constituée une centrale nucléaire et qui peuvent faire la différence entre les bâtiments de contrôle, les tours aéro-réfrigérantes et l’endroit où se trouve le cœur du réacteur. Un pilote suicidaire qui voudrait propulser son avion sur une centrale a donc 99% de chances de viser ce qui est le plus gros et qu’il voit de loin : les tours. Ca ferait un gros crash mais ne déclencherait rien d’autre. Dans le cas d'un terroriste qui s’emparerait d’un avion de ligne pour s’écraser sur le cœur du réacteur, les chances de succès sont minimes car le pilote serait obligé d’effectuer des manœuvres pour « viser » sa cible. Or, un tel appareil est trop lourd pour ça : il décrocherait et s’écraserait dans les 100 ou 200 mètres qui précèdent la centrale.
- Soit l’avion est un avion de combat qui s’écraserait en kamikaze. Le contrôle aérien français est ainsi fait qu'il n'y a aucune chance que ça arrive.

Les dangers les plus préoccupants aujourd’hui pour les centrales nucléaires sont les drones, comme ceux que peuvent utiliser les armées, qui font sept mètres de long et pèsent un poids conséquent. Un tel drone, chargé d’une dizaine de kilos d’explosifs et piloté à distance vers le bâtiment du réacteur, pourrait faire des dégâts. Mais un tel drone se repère : il faut une rampe de lancement, cinq ou six personnes pour l’installer… Et il laisse des traces en vol. Quant aux petits drones repérés près des centrales, ils sont trop léger pour décoller avec ne serait-ce qu’un kilo d’explosif.

Après le 11 septembre 2001, on n’a donc pas jugé prioritaire de rehausser la défense anti-aérienne des structures sensibles comme les centrales ?

Eric Denécé : Je m’en souviens bien, j’étais dans une centrale nucléaire le 11 septembre. Si, tout a été fait dans les mois qui ont suivi. Et les études de risque ont montré que le risque aérien était tout à fait minime. Infime même.

Vous savez, la chaîne est longue : tout le monde ne peut pas s’emparer d’un avion de ligne, qui décrocherait avant d’atteindre la centrale. En conséquence, la sécurité a été renforcée sur les aérodromes pour les petits avions. Si on surveille les avions, l’explosif et l’espace aérien, et qu’on n’est pas certain qu’un impact de ces avions sur le bâtiment du réacteur créerait de gros dommages, on réduit le risque.

A l’inverse, on était beaucoup plus inquiet du risque de voir deux types entrant avec un véhicule et faisant sauter les portes ou infiltrant des gens dans la centrale. Mais les centrales sont préparées depuis longtemps à des actions de type de celles menées par Greenpeace. Des exercices sont menés régulièrement par le GIGN, qui tente d’entrer par tous les moyens dans les centrales… Et le fait qu’il y arrive une fois sur deux permet de renforcer la sécurité au niveau des "failles" découvertes

Un avion qui se crasherait sur la centrale ou à côté entraînerait-il tout de même l’arrêt de celle-ci ?

Eric Denécé : Bien sûr, un avion se crashant sur les tours entraînerait l’arrêt de la centrale. Mais il ne déclencherait pas de Tchernobyl.

Soulignons qu’il n’y a jamais eu d’attaque sur une centrale nucléaire, alors que l’hypothèse a été évoquée. En même temps, des terroristes feraient des dégâts beaucoup plus grands sur une centrale électrique, qui couperait l’électricité dans une région. Ou le pire serait de planter un avion dans un grand réservoir de pétrole, au niveau d’une raffinerie. Cela déclencherait un incendie qui brûlerait pendant des jours. Quant à un barrage, ça ne lui ferait presque rien.

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