Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
©Reuters

Coronavirus

Covid- 19 : quels outils et applications pour traverser un confinement indéterminé ?

Face au confinement, de nombreux Français s'inquiètent de voir toute leur activité professionnelle et intellectuelle réduite à néant. Pourtant il existe certains d'outils à disposition continuer à vivre presque normalement.

David Fayon

David Fayon

David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de  Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). Il vient de publier avec Michaël Tartar Transformation digitale 2.0 (Pearson, 2019).

Voir la bio »

Atlantico: Le gouvernement a décidé lundi soir la mise en quarantaine de la population française. Par quels moyens les Français peuvent-ils continuer à communiquer, travailler, sociabiliser ?

David Fayon: Il existe de nombreux outils pour interagir à distance, que ce soit pour les personnes qui travaillent avec un PC ou un smartphone (du reste les ventes de PC qui étaient en berne ont bondi avec la crise) même si pour certaines professions de service à la personne par exemple, cela ne peut s’appliquer et que du chômage technique est malheureusement à déplorer. Le confinement pour juguler la pandémie doit primer même si c’est très dur économiquement et que des situations peuvent être mises en péril. Il n’est pas anodin que le chef cuisinier Philippe Etchebest ait poussé un coup de gueule justifié massivement relayé pour insister sur le confinement alors même que les restaurateurs figurent aux premières lignes des professions touchées. 

Concrètement, ce peut être des entreprises souvent de grande taille qui mettent à disposition de leurs salariés des accès à distance sans pour autant entraver la sécurité. Des outils de partage comme Teams de Microsoft, Zoom, GoToWebinar pour les visioconférences sont utiles. Ou encore WhatsApp avec la possibilité de créer des groupes et plus largement les médias sociaux pour s’informer et interagir. Et aussi des outils collaboratifs français comme Jamespot pour les entreprises ou FromSmash (équivalent de WeTransfer mais Made in Lyon) pour transférer des fichiers volumineux.

Il existe aussi des outils comme Framatalk mais du fait de la crise certains sont en surcharge d’utilisation, Talky pour du chat vidéo gratuit, etc. 

 

 

Dans un autre registre MyCircleTV permet de regarder des vidéos ensemble. Et nous avons tout simplement le téléphone et le courrier avec une continuité de service maintenue car il s’agit de services essentiels.

Pour les élèves, le ministère a mis en ligne des ressources pédagogiques avec aussi un principe de subsidiarité selon les écoles et les universités. Suivre les leçons et faire les devoirs en ligne est un challenge surtout pour ceux qui ne sont pas habitués et d’autant plus difficile que certains foyers ne sont pas équipés en nombre suffisant de PC ou ont une connexion à Internet médiocre voire inexistante. Parfois même les parents peuvent être moins au fait que les enfants.

Travailler à distance n’est pas simple pour autant notamment pour les familles où plusieurs sont amenés à télétravailler ou à téléétudier dans un même foyer, ce qui peut conduire à acheter un amplificateur Wi-Fi pour que toute la famille puisse mieux utiliser ses moyens de travailler, communiquer sans dégradation de service. Sans compter que dans les immeubles où tous les Wi-Fi sont actifs et visibles du fait du confinement, la qualité de son propre Wi-Fi est affectée. Il peut aussi être utile de partager la connexion à Internet en 3G ou 4G de son smartphone sur son PC ou sa tablette. Ou encore acheter des casques audio pour travailler sans perturber son entourage par les conversations à distance. Sans compter des ramettes de papier ou des cartouches d’encre à acheter sur des sites marchands car les enfants ont des cours qui nécessitent des impressions massives. Mais ceci ne vaut que pour ceux qui sont déjà gros utilisateurs des moyens numériques ou ont des revenus suffisants, plutôt en zone urbaine. Nous devons penser à tous les citoyens qui sont en zone rurale avec une équité de traitement à rechercher sachant aussi que l’isolement est plus grand.

Tout ceci nécessite pour les ménages une discipline car travailler dans une espace étroit n’est pas simple. Chaque journée de confinement est intense. C’est pour cela aussi que parmi les 5 motifs dans l’attestation de déplacement dérogatoire par rapport au confinement figure des « déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelle des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive collective, et aux besoins des animaux de compagnie » pour ne pas « péter les plombs » tout en conciliant prévention et moindre contrainte sans mettre sa vie et celle des autres concitoyens en danger. Plus globalement, tout le monde doit jouer le jeu en utilisant au mieux les outils numériques pour passer ce cap difficile qui est avant tout un problème de santé publique, certainement sous-estimé au départ. Vouloir braver les interdictions est infiniment plus grave et sans commune mesure que d’être flashé à 81 ou 82 km/h lorsque la limitation est à 80. 

 

Les personnes âgées, plus vulnérables lors de cette épidémie, pour la plupart isolées physiquement et technologiquement, ont-elles des moyens adaptés à disposition pour rester en contact avec le monde extérieur ?

David Fayon: Malheureusement, les personnes âgées sont celles qui subissent en moyenne davantage la fracture numérique en matière d’équipement, de formation et d’usage. La crise est révélatrice d’un fonctionnement à plusieurs vitesses du numérique en France. Les personnes âgées qui souffrent pour beaucoup d’isolement et ne peuvent recevoir de visites de leurs proches n’ont pas toujours les moyens d’utiliser des outils de visioconférence de type Skype pour échanger avec leurs petits-enfants par exemple. Cette situation est dramatique et doit nous faire prendre conscience que le numérique doit être pour tous sans exclusion, y compris également les personnes en situation de handicap. Ce n’est pas un micro-plan avec 100 millions d’euros alloués à la lutte contre la fracture numérique (soit 15 euros par citoyen qui est victime d’illectronisme) qui affecte 1 français sur 6 que nous y arriverons. L’enveloppe est ridicule par rapport aux enjeux qui sont par ailleurs créateurs de valeur sur le moyen/long terme.

Il s’agit aussi d’avoir un lien intergénérationnel, entre les territoires, entre les catégories socio-professionnelles, etc. pour former et aider les citoyens à tirer profit des outils numériques sachant aussi qu’il existe de nombreux réfractaires qui n’en voient pas le besoin immédiat ou qui en ont peur… Comme c’était le cas pour le paiement pour les achats sur Internet qui décourageait de nombreux français au début des années 2000. Les associations et le Gouvernement ont un rôle important à jouer dans cette réduction indispensable de la fracture numérique.

 

Le gouvernement doit-il réagir et s'investir aujourd'hui d'avantage dans les outils numériques pour renforcer le maillage numérique du territoire ou doit-il déléguer cette mission aux start-up, en apparence plus réactives ?

David Fayon: Oui. Il est vital que le gouvernement prenne conscience que nous sommes dans un monde phygital (physique et digital). Votre question recouvre plusieurs aspects. Il y a certes l’aspect des outils. A ce titre, il est important de développer des outils qui ne nous rendent pas dépendants des GAFAM et à degré moindre pour l’heure des autres BATHX chinois. Car la crise est également révélatrice de notre dépendance aux outils américains alors même que nous avons besoin d’une souveraineté numérique française et européenne dans toutes les dimensions : matériel, logiciel, données et leur stockage. Mais nous avons les infrastructures (couverture du territoire en 4G ou 5G, moins de zones d’ombres où l’on ne capte pas) à développer tout en respectant les normes de sécurité et les possibles impacts sur la santé. Les opérateurs télécoms ont un rôle à jouer avec également la question de l’allocation des fréquences.

Enfin vous mentionnez les start-up qui peuvent développer de nouveaux services sachant qu’il existe des coopérations entre start-up et grands groupes et des entités innovantes au sein des entreprises. C’est plus de réaliser un terreau fertile à l’innovation qu’il convient de créer : simplicité de création et facilités administratives, accompagnement financier et fiscalité attractive et qui converge dans les pays, acceptation du risque, soutien pour passer à l’échelle et peser sur la scène internationale.

Les start-up et les TPE/PME sont plus réactives aussi parce qu’elles ont des hiérarchies plates, sont moins en mode silo ou avec des services cloisonnés. Je dirai qu’il convient plus de s’imprégner des bonnes pratiques pour les grandes entreprises pour leur permettre comme pour les start-up de « pivoter » plus facilement vers de nouveaux relais de croissance. Et c’est aussi aux administrations d’opérer leur révolution vers plus d’agilité avec et grâce au numérique. En clair d’opérer leur transformation digitale. La crise a pour effet de mettre en exergue le rattrapage à opérer dans le télétravail, la nécessaire utilisation du numérique et les plans de continuité d’activité.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !