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Menace persistante du virus

Covid-19 : pendant que la pandémie s’étend, la finance regarde un risque de récidive aux États-Unis

Jean-Paul Betbeze décrypte et analyse la situation aux Etats-Unis liée au coronavirus. Un rebond inquiétant de cas a été enregistré ces derniers jours. Ces contaminations pourraient entraîner de lourdes conséquences sur l'économie américaine.

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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1 - Plus de 11,4 millions de cas et 530 000 morts dans le monde. La pandémie poursuit son avancée et se déploie sur trois fronts

-Premier front : toujours la vague des pays touchés en premier, industrialisés, avec bientôt 2,9 millions de cas aux États-Unis sur 330 millions d’habitants, suivis de l’Espagne (298 000 cas pour 47 millions d’habitants), du Royaume-Uni (285 000, 68 millions), de l’Italie (641 000, 61 million), de l’Allemagne (197 000, 84 millions) et France (167 000, 66 millions). Maintenant, cette première vague se divise en deux :

  • la zone euro pense avoir stabilisé cette première vague. Elle pense, par ses politiques budgétaires nationales, plus monétaires et budgétaires au niveau européen, en atténuer les effets et préparer le rebond, tout en surveillant ses frontières. L’Europe les ouvre à la Chine, mais les ferme aux États-Unis !
  • c’est aux États-Unis, en effet, où il semble qu’elle repart, avec 54 000 nouveaux cas ces derniers jours. Le Dr Fauci, le spécialiste en charge des maladies infectieuses aux États-Unis a parlé de 100 000 cas journaliers possibles, si rien n’est fait pour freiner le rebond !

Résurgence ? Les nouveaux cas quotidiens aux États-Unis (Source : Wordometer)

- Deuxième front : les grands pays émergents, le Brésil avec 1,5 millions de cas (pour 212 millions d’habitants) et l’Inde avec 650 000 (1 379 millions d’habitants), en attendant le Mexique (245 000 cas, 130 millions d’habitants) et le Pakistan (225 000 cas, 221 millions d’habitants).

- Troisième front : les pays émergents de taille moyenne (Chili, Pérou) et les pays pauvres (Afrique du Sud et autres pays d’Afrique), où la pandémie, liée à la crise économique, peut faire des ravages.

Le graphique ci-dessous illustre ces différences de situations.

Le risque est donc triple : humain toujours, économique et financier de plus en plus, surtout si les inquiétudes montent aux États-Unis.

2 – Le Nasdaq, gagnant boursier d’une économie post COVID-19, rejoint par les économies qui repartent

Plus le temps passe, plus l’écart se creuse en faveur des GAFAM, au NASDAQ. Ce sont eux qui transmettent les informations, permettent les Webinaires et transportent les colis, même si une fronde semble toucher Facebook, accusé de ne pas assez surveiller les messages qu’il véhicule. Par ailleurs, les indices de reprise sont en train de bénéficier à la Chine et à l’Allemagne, cette dernière étant épaulée par son puisant plan de soutien, par ailleurs bien accueilli. En revanche, avec ses valeurs plus classiques dans la distribution, les industries, les banques et le pétrole le Cac 40 continue de souffrir, même s’il remonte.

La nouveauté est l’inquiétude qui demeure sur le Dow Jones, en dépit des trillions de dollars de déficit budgétaire, des achats sans limite de bons du trésor et considérables d’obligations privées et même des bonnes nouvelles sur le marché du travail. Les 4,8 millions de nouveaux emplois de juin et la baisse du taux de chômage à 11,1% ne parviennent pas à compenser l’inquiétude qui vient de la remontée des nouveaux cas, de 20 000 mi-juin à 60 000 actuellement. Elle fait ralentir les déconfinements et craindre une rechute économique, dont… le Nasdaq profiterait !

3 – Tout dépend toujours des Banques Centrales pour faire baisser les taux longs nominaux et lutter contre les menaces de déflation

Evidemment les Banques Centrales sont toujours là, surtout pour les pays industrialisés. Il ne s’agit pas là de préférence, car la raison est simple : derrière une banque centrale, il y a une monnaie. Derrière la Fed le dollar, la BCE l’euro, la Banque Centrale Mexicaine le Peso mexicain, la Banque Centrale Turque la livre turque, et ainsi de suite. Donc une Banque Centrale soutiendra son économie et achètera des bons du trésor aussi longtemps que la devise dont elle a la responsabilité « tiendra ».

Le quantitive easing mis en œuvre aux Etats-Unis est très important mais a fort à faire, pour soutenir le déficit public, les obligations privées, y compris risquées, donc la bourse et la croissance. Un rendement faible envoie donc le bon message d’implication de la Fed, aux États-Unis, mais il sera mauvais si ce rendement devient négatif. Mais, même avec une devise unique les effets du quantitive easing sont différents comme le montre ce qui se passe en zone euro. L’Allemagne a «en temps normal » un déficit budgétaire faible, donc des bons du trésor à rendements nominaux faibles, le quantitive easing les fait vite devenir négatifs. Mais évidemment, dans le cas italien, malgré tout ce que peuvent faire la BCE et l’Union Européenne, la croissance négative du pays y fait baisser les prix (-0,2%) ce qui amène un rendement réel élevé de la dette publique à 1,5%, ce qui ne peut que détériorer encore la situation. Le quantitive easing est l’outil anti-déflation majeur, mais on ne peut tout lui demander.

4 – L’or, encore et toujours

Face à ces risques de déflation et de reprise de la pandémie aux États-Unis, pas de surprise si l’or seul avance, tandis que les prix des matières premières sont toujours à la baisse, mais un peu moins, en liaison avec les meilleures nouvelles de la demande dans les pays industrialisés. La situation des pays émergents reste donc préoccupante, sachant leurs étroites limites budgétaires et monétaires. Les marchés se disent donc que les pays les plus puissants sortiront les premiers de crise : États-Unis et Chine, s’ils ne font pas de bêtises. 

5 – Le dollar toujours, mais l’inquiétude est là, avec le franc suisse (comme avec l’or)

Le dollar reste fort. Le franc suisse est toujours l’abri préféré, à tel point que la Banque Centrale Suisse essaie de freiner sa progression par rapport au dollar, en vendant des francs suisses et en achetant des dollars, mais sans y parvenir. La livre sterling souffre de la chute de l’activité, addition de la pandémie qui la frappe fortement et du Brexit, pour qui les nouvelles deviennent de moins en moins bonnes. Dans les pays émergents, la pandémie qui entraine une récession qui entraine des troubles politiques et sociaux fait chuter les changes. C’est le cas pour le real brésilien qui a perdu presque le tiers de sa valeur depuis janvier, moins pour la livre turque et le rouble. Pour l’Inde, très grand pays pauvre frappé, en tension avec la Chine, c’est la roupie qu’il faudra suivre.

Rien n’est donc fini avec la pandémie. Le risque majeur, qui pourrait faire replonger le monde entier, est devenu américain en cas de récidive.

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